Ce que mesure l’analyse
Les phytostérols sont l’équivalent du cholestérol chez les plantes. Les plus abondants dans le sang humain sont le sitostérol et le campestérol. L’organisme ne sait pas les fabriquer : ils viennent uniquement de l’alimentation (huiles végétales, oléagineux, céréales, produits enrichis).
L’intestin n’en absorbe qu’une petite partie. Deux transporteurs, codés par les gènes ABCG5 et ABCG8, renvoient l’essentiel des stérols végétaux vers l’intestin et favorisent leur élimination dans la bile. Les taux sanguins de phytostérols reflètent donc l’efficacité avec laquelle l’intestin absorbe les stérols, cholestérol compris. Une étude finlandaise publiée dans l’American Journal of Epidemiology a montré que le campestérol et le sitostérol suivaient l’absorption du cholestérol, tandis que le lathostérol et le desmostérol suivaient sa fabrication par l’organisme.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang suffit. Les valeurs de référence du laboratoire américain Mayo Clinic Laboratories ont été établies sur des prélèvements à jeun : le jeûne est donc préférable. Mayo accepte du plasma sur héparine, EDTA ou ACD, envoyé de préférence congelé. Le laboratoire des hôpitaux de Newcastle, au Royaume-Uni, demande de protéger l’échantillon de la lumière, qui dégrade les stérols, et de préciser tout traitement hypolipémiant. Signalez aussi la consommation d’aliments enrichis en stérols végétaux.
Comment lire le résultat
La technique de référence est la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse. Les résultats s’expriment en mg/L ou en µmol/L, et les valeurs de référence varient beaucoup d’un laboratoire à l’autre. Chez Mayo Clinic Laboratories, la limite haute est de 15,0 mg/L pour le sitostérol et de 8,0 mg/L pour le campestérol. Aux hôpitaux de Newcastle, elle est de 8,7 µmol/L pour le sitostérol et de 13,7 µmol/L pour le campestérol chez l’adulte, avec un rapport sitostérol sur cholestérol attendu entre 0,21 et 1,90 µmol/mmol. Ces écarts montrent qu’un résultat ne se lit qu’avec les références de son propre laboratoire.
Le rapport au cholestérol compte autant que la valeur brute. Une hypercholestérolémie familiale peut entraîner une hausse modérée des phytostérols. Rapporter le sitostérol au cholestérol aide à distinguer cette situation d’une vraie sitostérolémie, où les valeurs sont très élevées. Le diagnostic de sitostérolémie se confirme toujours par l’analyse génétique.
Ce que dit la science
Pour le diagnostic de la sitostérolémie, maladie génétique rare et récessive due à des mutations des deux copies d’ABCG5 ou d’ABCG8, le dosage est la méthode biochimique de référence : le niveau de preuve est courant, en milieu spécialisé. On y pense devant des xanthomes tendineux avec un cholestérol normal, ou devant une hypercholestérolémie d’allure familiale sans mutation retrouvée.
Pour le risque cardiovasculaire de la population générale, les résultats sont discordants. Une méta-analyse de 17 études, publiée dans l’European Heart Journal, n’a trouvé aucune association entre les taux sanguins de sitostérol ou de campestérol et les maladies cardiovasculaires. À l’inverse, deux grands travaux génétiques suggèrent un rôle de l’absorption. Dans le Journal of the American College of Cardiology, une forte absorption intestinale du cholestérol était associée aux maladies cardiovasculaires et à des variants d’ABCG8. Dans l’European Heart Journal, des variants rares d’ABCG5 et d’ABCG8, qui élèvent les phytostérols, doublaient le risque coronarien pour chaque hausse de 1 mmol/L du cholestérol non-HDL qu’ils provoquaient, contre une hausse de 54 % pour d’autres variants à effet égal sur ce cholestérol.
Les traitements modifient aussi ces marqueurs. Dans l’essai PROSPER, la pravastatine, qui freine la fabrication du cholestérol, s’accompagnait d’une hausse compensatoire de l’absorption : le campestérol augmentait d’environ 50 % et le sitostérol d’environ 25 %. Les aliments enrichis en stérols végétaux, utilisés pour baisser le LDL, doublent environ les taux sanguins de phytostérols. Le consensus français récent des sociétés savantes (SFE, SFD, NSFA, SFC) ne recommande pas les compléments à base de phytostérols.
Les analyses à associer
Le lathostérol et le desmostérol mesurent la fabrication du cholestérol : avec les phytostérols, ils dessinent un profil plutôt « absorbeur » ou plutôt « synthétiseur ». Le cholestérol total sert à calculer les rapports aux stérols. Le LDL cholestérol reste le marqueur de risque principal.
À retenir
- Le sitostérol et le campestérol reflètent l’absorption intestinale des stérols ;
- Le dosage sert d’abord à rechercher la sitostérolémie, maladie génétique rare ;
- Les aliments enrichis en stérols végétaux augmentent nettement les taux sanguins ;
- Les valeurs de référence diffèrent fortement d’un laboratoire à l’autre ;
- Le lien avec le risque cardiovasculaire de la population générale reste discuté.