Ce que mesure l’analyse
Le corps fabrique une grande partie de son cholestérol, surtout dans le foie, au terme d’une longue chaîne de réactions. Le lathostérol est l’un des derniers intermédiaires de cette chaîne, dans la voie dite de Kandutsch-Russell. Quand la fabrication s’accélère, le lathostérol augmente dans le sang ; quand elle ralentit, il baisse.
Le dosage sert donc de témoin indirect de la synthèse du cholestérol. Une étude néerlandaise publiée dans le Journal of Lipid Research a comparé le lathostérol sanguin au bilan de cholestérol de l’organisme, calculé à partir de ce qui est éliminé dans les selles. Le rapport lathostérol sur cholestérol suivait bien ce bilan, avec des corrélations de 0,70 et 0,74 selon le type de graisses consommées. Les auteurs le jugent préférable aux autres indicateurs de synthèse, à la fois pour sa fiabilité et sa simplicité.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang suffit, de préférence à jeun : les valeurs de référence de Mayo Clinic Laboratories ont été établies sur des prélèvements à jeun. Ce laboratoire accepte du plasma sur héparine, EDTA ou ACD, envoyé de préférence congelé. Indiquez tout traitement hypolipémiant, en particulier une statine, qui modifie fortement le résultat. Pour suivre une évolution, gardez le même laboratoire et la même méthode.
Comment lire le résultat
Le lathostérol est mesuré par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, souvent au sein d’un profil complet des stérols. Chez Mayo Clinic Laboratories, la limite haute est de 6,0 mg/L. Cette limite sert d’abord à repérer les maladies génétiques rares de la synthèse du cholestérol, comme la lathostérolose, décrite chez moins de vingt patients et associée à des malformations congénitales et à une atteinte du foie.
En recherche et en consultation spécialisée, on regarde surtout le rapport lathostérol sur cholestérol, car le lathostérol monte mécaniquement avec le cholestérol total. On le compare ensuite aux marqueurs d’absorption, comme le sitostérol et le campestérol. Un rapport lathostérol élevé avec des phytostérols bas évoque un profil plutôt « synthétiseur ». L’inverse évoque un profil plutôt « absorbeur ». Il n’existe pas de seuil consensuel pour classer une personne dans l’un ou l’autre profil.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. Dans une population d’hommes finlandais, étudiée dans l’American Journal of Epidemiology, les précurseurs du cholestérol (lathostérol, desmostérol) étaient liés à la synthèse et inversement liés à l’absorption, alors que les phytostérols suivaient l’absorption. L’insulinorésistance va de pair avec une synthèse plus élevée : chez des hommes à la glycémie normale, l’insuline à jeun restait corrélée au lathostérol même après prise en compte du poids et de la sensibilité à l’insuline (Journal of Lipid Research).
Les statines bloquent l’enzyme clé de la synthèse, l’HMG-CoA réductase. Le lathostérol baisse donc fortement sous traitement : d’environ 50 à 56 % sous pravastatine dans l’essai PROSPER, avec une hausse compensatoire des marqueurs d’absorption. L’ampleur de ces changements était la même chez les patients qui ont fait un accident coronaire et chez les autres : elle ne permettait pas de prédire le résultat du traitement. Une sous-étude de l’essai 4S, publiée dans le BMJ, suggérait que les patients au profil « absorbeur », donc à synthèse basse, tiraient moins de bénéfice de la simvastatine ; ce signal n’a pas débouché sur une recommandation.
Limites : peu de laboratoires réalisent ce dosage, les méthodes et les unités varient, et aucune recommandation ne s’en sert pour choisir un traitement.
Les analyses à associer
Les phytostérols sanguins mesurent l’absorption, le pendant du lathostérol. Le desmostérol est l’autre grand précurseur du cholestérol. Le cholestérol total permet de calculer le rapport. Le LDL cholestérol reste le marqueur de risque et de suivi.
À retenir
- Le lathostérol est un témoin indirect de la fabrication du cholestérol ;
- Il se lit de préférence rapporté au cholestérol total ;
- Les statines le font nettement baisser ;
- L’insulinorésistance s’accompagne d’une synthèse plus élevée ;
- C’est un outil de recherche et de consultation spécialisée, pas un examen de routine.