Ce que mesure l’analyse
Le mannane est un sucre complexe de la paroi des levures du genre Candida. Selon la revue de l’ECIL-3 (Mikulska et al., Critical Care, 2010), il représente jusqu’à 7 % du poids sec de la cellule et fait partie des principaux antigènes qui circulent dans le sang pendant une infection.
Ce bilan associe deux dosages complémentaires :
- l’antigène mannane, c’est-à-dire le mannane lui-même, libéré par la levure ;
- les anticorps anti-mannane, fabriqués par l’organisme contre ce sucre.
Leur association a une logique biologique. Les premières observations, rapportées dans cette revue, montraient que le mannane circule surtout quand les anticorps sont absents, et qu’à l’inverse des anticorps abondants s’accompagnent rarement de mannane libre : ils le captent. Doser les deux augmente donc les chances de repérer l’infection.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang, sur sérum : les trousses ELISA Platelia (Bio-Rad), les plus utilisées en Europe, ne sont validées que sur sérum. À l’hôpital, le dosage est souvent répété chez les patients à risque. La HAS (2017) reconnaît toutefois que la stratégie optimale, en particulier la fréquence des prélèvements, n’est pas encore établie.
Comment lire le résultat
Avec les trousses Platelia, la revue de l’ECIL-3 rapporte les seuils du fabricant :
- antigène : positif à partir de 0,5 ng/mL, indéterminé de 0,25 à 0,5 ng/mL ;
- anticorps : positifs à partir de 10 UA/mL (unités arbitraires), indéterminés de 5 à 10 UA/mL.
Le résultat le plus parlant est la combinaison : l’un ou l’autre positif chez un patient à risque doit faire discuter une candidose invasive. Plusieurs pièges existent. Une colonisation par Candida donne des anticorps chez environ 30 % des patients non infectés, selon les données citées par Mikulska et ses collègues. Dans un groupe de dix femmes avec une candidose vaginale, deux avaient un antigène positif. Enfin, la sensibilité varie selon l’espèce : elle est la plus élevée pour Candida albicans et nettement plus faible pour Candida parapsilosis ou Candida krusei, qui libèrent moins de mannane.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. La revue de l’ECIL-3 a analysé 14 études, presque toutes rétrospectives. Elle trouve :
- antigène seul : sensibilité de 58 %, spécificité de 93 % ;
- anticorps seuls : sensibilité de 59 %, spécificité de 83 % ;
- combinaison : sensibilité de 83 %, spécificité de 86 %.
Le gain de temps est réel. Chez 73 % de 45 patients avec une candidémie, au moins un des deux tests était positif avant les hémocultures, avec une avance moyenne de six jours pour l’antigène et de sept jours pour les anticorps. Dans la candidose hépatosplénique, 18 patients sur 21 avaient un test positif, en médiane 16 jours avant que l’imagerie ne montre les lésions. Les experts de l’ECIL-3 recommandent donc la combinaison plutôt que chaque test seul.
Ces auteurs proposent aussi une piste : chez un patient avec un bêta-D-glucane positif, un mannane ou des anticorps positifs orienteraient vers Candida, alors que leur absence évoquerait un autre champignon. Ils précisent que cette approche reste à évaluer. Le consensus EORTC/MSGERC (2020) note enfin que les données manquent chez l’enfant.
Les analyses à associer
- Bêta-D-glucane : un marqueur plus général des infections fongiques.
- Candida albicans sérologie : le détail des anticorps.
- Procalcitonine et polynucléaires neutrophiles : le contexte infectieux et le terrain.
À retenir
- Le mannane est un sucre de la paroi de Candida ; l’organisme produit des anticorps contre lui.
- L’antigène et les anticorps se complètent : leur combinaison est nettement plus sensible.
- Avec Platelia, l’antigène est positif à partir de 0,5 ng/mL et les anticorps à partir de 10 UA/mL.
- Une colonisation peut donner des résultats positifs sans infection invasive.
- Ces tests peuvent devancer les hémocultures de plusieurs jours.