Ce que mesure l’analyse
Le (1,3)-bêta-D-glucane est un sucre complexe, un polysaccharide, qui forme une partie de la paroi de nombreux champignons microscopiques. Quand un champignon envahit l’organisme, des fragments de cette paroi passent dans le sang, où l’on peut les doser.
Le test le plus utilisé est le Fungitell (Associates of Cape Cod). Selon Mayo Clinic Laboratories, il repose sur une modification de la cascade de coagulation du limule, un animal marin dont les cellules réagissent au bêta-D-glucane ; la réaction produit une couleur mesurée par le laboratoire. Mayo indique qu’il aide au diagnostic d’infections dues à Aspergillus, Fusarium, Candida ou Pneumocystis jirovecii, entre autres.
Certains champignons en produisent peu ou pas : Cryptococcus, les Mucorales et Blastomyces. Le test ne les détecte donc pas.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang, sur sérum. Le consensus européen et américain EORTC/MSGERC (Donnelly et al., Clinical Infectious Diseases, 2020) recommande de ne l’utiliser que sur sérum en routine. La HAS (2017) précise que ce dosage enzymatique ne nécessite pas de confirmation par une autre technique.
Plusieurs situations donnent des faux positifs, selon Mayo Clinic Laboratories : une hémodialyse récente, notamment avec des membranes en cellulose, une perfusion d’albumine ou d’immunoglobulines, une grande quantité de compresses utilisées pendant une opération, certains antibiotiques, une bactériémie, une mucite sévère ou une colonisation des muqueuses par Candida. Les valeurs se normalisent en général trois à quatre jours après ces événements : signalez-les au laboratoire.
Comment lire le résultat
Pour le test Fungitell, Theel (Mayo Clinic Laboratories) donne :
- moins de 60 pg/mL : négatif ;
- 60 à 79 pg/mL : indéterminé ; un nouveau prélèvement est conseillé chez un patient à risque ;
- 80 pg/mL ou plus : positif.
Un seul résultat positif se lit avec prudence. Mayo conseille de le contrôler sur un nouveau prélèvement trois à quatre jours plus tard. Selon Theel, la sensibilité et la spécificité d’un dosage isolé chez des patients à risque se situent en général entre 60 et 90 %, alors que deux résultats positifs consécutifs portent la spécificité à près de 99 %.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé dans son cadre d’usage. Le consensus EORTC/MSGERC de 2020 juge le dosage adapté au diagnostic d’une infection fongique invasive « probable » chez des patients bien définis : hémopathies malignes, greffes de cellules souches, certains patients de réanimation à haut risque de candidose. Il recommande un seuil unique de 80 pg/mL avec le test Fungitell, faute de données suffisantes pour les autres fabricants. Pour une candidose ou une pneumocystose probable, il demande au moins deux prélèvements consécutifs positifs, une fois les autres causes écartées.
Ce consensus souligne aussi une limite majeure : le bêta-D-glucane n’est spécifique d’aucune infection fongique en particulier. Il ne sert donc ni à identifier le champignon, ni à prouver une infection à moisissure.
La pneumocystose fait exception. Theel cite une méta-analyse de onze études qui trouve une sensibilité de 95 % et une spécificité de 86 % ; un résultat négatif permet alors raisonnablement d’écarter ce diagnostic. Pour la plupart des autres champignons, un seul résultat négatif ne suffit pas à exclure une infection.
Les analyses à associer
- Mannane et anti-mannane et Candida albicans sérologie : pour orienter vers une candidose.
- Procalcitonine : une infection bactérienne peut aussi expliquer un résultat positif.
- Polynucléaires neutrophiles : leur effondrement est un facteur de risque majeur.
À retenir
- Le bêta-D-glucane est un composant de la paroi de nombreux champignons.
- Avec le test Fungitell, il est positif à partir de 80 pg/mL et négatif sous 60 pg/mL.
- Les faux positifs sont fréquents : dialyse, perfusions, compresses, bactériémie.
- Il ne dit pas quel champignon est en cause et ne détecte ni Cryptococcus ni les Mucorales.
- Deux résultats positifs consécutifs sont beaucoup plus fiables qu’un seul.