Depuis environ un siècle, les médecins utilisent le régime cétogène (très riche en graisses, très pauvre en glucides) pour réduire les crises chez les personnes dont l’épilepsie résiste aux médicaments. Ça marche. Mais personne ne savait vraiment pourquoi.
Des chercheurs de l’université de Virginie, aux États-Unis, ont identifié une pièce clé du mécanisme chez la souris. Leur découverte ouvre une piste inattendue : obtenir certains bienfaits du régime… sans le régime. Avec une vitamine bien connue dans le rôle de candidat.
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Le régime cétogène, comment ça marche ?
Quand on mange très peu de glucides, le corps doit trouver un autre carburant. Le foie transforme alors les graisses en molécules appelées corps cétoniques : c’est la cétose. Ces molécules remplacent en partie le sucre comme source d’énergie pour le cerveau.
Le principal corps cétonique qui circule dans le sang s’appelle le bêta-hydroxybutyrate. C’est lui que l’équipe a étudié de près. Les résultats sont publiés dans la revue Annals of Neurology1.
Une serrure au cœur du mécanisme
Les chercheurs soupçonnaient le bêta-hydroxybutyrate d’agir en se fixant sur un récepteur précis, une sorte de serrure à la surface des cellules : le récepteur HCAR2.
Ils l’ont d’abord cherché dans le cerveau de souris. Ils l’ont trouvé dans l’hippocampe, la zone où démarrent souvent les crises, sur un type de neurones déjà associé aux crises. Mais aussi dans la microglie, les cellules immunitaires qui patrouillent et protègent le cerveau.
Des neurones calmés
Chez des souris normales, le bêta-hydroxybutyrate a rendu ces neurones moins excitables. Concrètement, il fallait une stimulation plus forte pour les faire « s’allumer », et ils émettaient des signaux moins souvent. La transmission des messages excitateurs entre neurones était aussi réduite.
C’est important, car des neurones trop excitables peuvent déclencher une crise d’épilepsie. Des neurones hyperactifs sont aussi observés au début de la maladie d’Alzheimer.
La preuve par la souris sans récepteur
Pour vérifier que HCAR2 était bien responsable, l’équipe a créé, grâce à l’outil d’édition génétique CRISPR, des souris dépourvues de ce récepteur.
Résultat : chez ces souris, le bêta-hydroxybutyrate n’avait plus aucun effet, ni sur les neurones ni sur les crises. Chez les souris normales, il réduisait au contraire la durée et la sévérité des crises provoquées. Les souris sans récepteur ne présentaient pas de troubles cognitifs.
Une vitamine bien connue dans la course
Pourquoi est-ce intéressant ? Parce que beaucoup de patients ne supportent pas le régime cétogène : il est très contraignant et peut provoquer des troubles digestifs. Si HCAR2 est la clé, on pourrait imaginer des médicaments qui l’activent directement, sans passer par l’assiette.
Or un candidat existe déjà : la niacine, aussi appelée vitamine B3, qui agit elle aussi sur ce récepteur. Elle est déjà utilisée comme médicament contre l’excès de cholestérol. Les premiers travaux de l’équipe chez la souris suggèrent qu’elle pourrait apporter au moins une partie du bénéfice.
Ce qu’il faut garder en tête
Ces résultats ont été obtenus chez la souris. Rien ne garantit qu’ils se vérifieront chez l’humain, et des recherches supplémentaires sont nécessaires, notamment pour la niacine.
L’équipe étudie maintenant le rôle du récepteur dans la microglie. Elle espère ouvrir des pistes contre l’épilepsie résistante, mais peut-être aussi contre la sclérose en plaques ou la maladie d’Alzheimer.
Ce qu’il faut retenir
- Le régime cétogène réduit les crises d’épilepsie résistantes aux médicaments, mais son mécanisme restait flou ;
- Chez la souris, son principal corps cétonique, le bêta-hydroxybutyrate, agit via un récepteur appelé HCAR2 ;
- En se fixant sur ce récepteur, il calme les neurones de l’hippocampe et réduit la durée et la sévérité des crises ;
- Sans ce récepteur, l’effet disparaît complètement ;
- La niacine (vitamine B3), qui active aussi ce récepteur, est une piste qui reste à confirmer chez l’humain.
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Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude






