Perdre du poids est la partie facile. Le garder, c’est là que tout se joue. Sur 10 personnes qui maigrissent grâce à un régime, 8 reprennent tout dans l’année qui suit. Ce chiffre revient dans des dizaines d’études. C’est le fameux “effet yoyo”, celui dont les pubs pour régimes ne parlent jamais.
Pourtant, une équipe de chercheurs espagnols vient peut-être de trouver un moyen de limiter cette reprise. Leur méthode : le jeûne intermittent. Et ce qu’ils ont observé 12 mois après la fin de leur programme va en surprendre plus d’un.

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Pourquoi 80 % des régimes échouent sur le long terme
Avant d’en arriver aux résultats, il faut comprendre le vrai problème.
Moins de 20 % des adultes en surpoids qui perdent du poids parviennent à le maintenir au-delà d’un an. C’est le constat que posent les chercheurs de l’Université de Grenade (Espagne) dès les premières lignes de leur étude, publiée dans la revue Clinical Nutrition(1).
En clair : le problème n’est pas de maigrir. C’est de ne pas regrossir.
Quand on perd de la masse, le corps résiste. Le métabolisme ralentit. Les hormones de la faim augmentent. La dépense énergétique diminue. Dès que l’alimentation redevient normale, les kilos reviennent. Parfois plus vite qu’ils n’étaient partis.
C’est exactement la question que cette étude a voulu trancher : le jeûne intermittent permet-il de garder les résultats une fois qu’on arrête de le pratiquer ?
Le jeûne 16:8 en 30 secondes
Le principe est simple.
On mange pendant 8 heures par jour. Les 16 heures restantes : aucune calorie. Eau, café noir et thé sans sucre sont autorisés.
En clair : premier repas à midi, dernier repas terminé avant 20h. Pas de comptage de calories. Pas d’aliment interdit. On ne change pas ce que l’on mange, mais quand on le mange.
Ce n’est pas un régime au sens classique. C’est une façon d’organiser ses repas dans le temps.
Ce que les chercheurs de Grenade ont mis en place
L’équipe a recruté 99 adultes en surpoids ou obèses : 50 % de femmes, âge moyen de 49 ans, indice de masse corporelle (IMC) moyen de 32 kg/m². Autrement dit : des profils courants, ni extrêmes ni atypiques.
Les participants ont été répartis en 4 groupes :
- Un groupe témoin qui conservait ses habitudes alimentaires (fenêtre de plus de 12 heures) ;
- Un groupe “jeûne précoce” qui commençait à manger avant 10h ;
- Un groupe “jeûne tardif” qui commençait après 13h ;
- Un groupe “jeûne libre” qui choisissait lui-même sa fenêtre de 8 heures.
Un détail important : tous les groupes, sans exception, ont reçu un programme d’éducation alimentaire basé sur le régime méditerranéen. Ce n’était pas “jeûne contre rien du tout”. C’était “jeûne + régime méditerranéen” contre “régime méditerranéen seul”.
L’intervention a duré 12 semaines. Après cela, plus aucune consigne. Les participants ont repris leur vie normale, sans suivi. Les chercheurs sont revenus les mesurer 12 mois plus tard.
Ce que la science savait déjà
Que le jeûne intermittent fait perdre du poids à court terme, ce n’est pas nouveau. Plusieurs travaux l’ont montré : les personnes qui pratiquent le 16:8 réduisent naturellement leur apport de 300 à 500 calories par jour, ce qui entraîne une perte de poids modeste (1 à 4 %).
Mais une vaste méta-analyse publiée dans le BMJ en 2025, regroupant près d’une centaine d’essais cliniques, tempère l’enthousiasme. Le jeûne intermittent n’est pas supérieur à une simple restriction calorique pour perdre du poids. En d’autres termes : manger moins et manger dans un créneau de 8 heures produisent des résultats comparables.
L’intérêt du jeûne serait ailleurs : sa simplicité. Pas de calories à compter, pas de repas à peser. Juste un créneau horaire à respecter.
La vraie question restait donc sans réponse : une fois le programme terminé, que se passe-t-il quand plus personne ne surveille ?
Un an plus tard : les résultats
12 mois après la fin de l’intervention, les chercheurs ont mesuré les participants à nouveau.
Le groupe témoin avait repris du poids. En moyenne, +0,4 kg par rapport au début de l’étude. Le scénario classique.
Les deux groupes avec un créneau fixe (précoce et tardif) ont fait mieux :
- Jeûne précoce : -2,2 kg maintenus par rapport au début de l’étude ;
- Jeûne tardif : -2,0 kg maintenus ;
- Jeûne libre : -0,7 kg (non significatif statistiquement) ;
- Groupe témoin : +0,4 kg (reprise de poids).
La masse grasse raconte la même histoire. Le groupe jeûne précoce affichait 1,5 kg de graisse en moins par rapport au début de l’étude, alors que le groupe témoin n’avait plus aucune perte. Côté tour de taille, le groupe jeûne tardif conservait une réduction de 2 cm, quand le groupe témoin avait pris 1,8 cm.
26 % ont continué sans qu’on leur demande
Un chiffre qui en dit long : plus d’un participant sur quatre a spontanément continué le jeûne intermittent après la fin de l’étude. Ce chiffre monte à 33 % dans les groupes jeûne tardif et jeûne libre.
Personne ne leur avait donné de consigne. Cela montre que la méthode est assez simple à intégrer au quotidien pour que certains l’adoptent naturellement.
Ce que ça signifie en chiffres
À la fin des 12 semaines d’intervention, les groupes jeûne avaient perdu environ 4 à 5 % de leur poids corporel. Un an plus tard, ils en avaient conservé environ la moitié.
Ce n’est pas spectaculaire. Mais dans un domaine où 80 % des gens reprennent tout, maintenir 50 % de la perte initiale sans aucun suivi reste un résultat notable.
“Le fait que le jeûne précoce comme le jeûne tardif soient tous deux efficaces offre aux patients la possibilité de choisir les horaires qui s’adaptent le mieux à leur mode de vie”, résume la Dre Alba Camacho-Cardenosa, première auteure de l’étude.
Les limites à connaître
Ces résultats sont encourageants. Mais ils ont des limites qu’il serait malhonnête de passer sous silence.
L’échantillon est petit : 99 participants au départ, 65 au suivi de 12 mois. Le groupe “jeûne libre” n’était plus que 9 personnes à la fin, ce qui explique probablement ses résultats non significatifs.
La perte de poids maintenue à un an (environ 2,5 %) est en dessous du seuil de 5 % que la plupart des recommandations médicales considèrent comme cliniquement significatif. Les auteurs nuancent toutefois en rappelant que conserver la moitié de la perte initiale, un an après sans suivi, reste un signal positif.
Autre point souvent négligé : les groupes jeûne ont aussi perdu de la masse maigre (c’est-à-dire en partie du muscle). Ce phénomène n’est pas propre au jeûne intermittent, il se produit avec quasiment tous les régimes. Mais c’est un rappel qu’il vaut mieux associer cette méthode à de l’exercice physique (en particulier de la musculation) et à un apport suffisant en protéines.
Enfin, la composition corporelle a été mesurée par impédancemétrie. C’est un appareil qui envoie un faible courant électrique dans le corps pour estimer la masse grasse et la masse maigre. Cette technique est pratique mais moins précise que l’imagerie médicale. Les résultats sont donc à considérer avec un minimum de recul.
Ce qu’il faut retenir
Le jeûne intermittent n’est pas une solution miracle. Aucun régime ne l’est.
Mais cette étude apporte une donnée qui manquait : 12 semaines de jeûne 16:8 peuvent encore produire des effets mesurables un an après, même sans aucun suivi.
L’autre point essentiel, c’est la flexibilité. Manger tôt ou manger tard, les deux fonctionnent. L’important est de se tenir à une fenêtre de 8 heures.
Pour ceux qui cherchent une méthode simple, sans comptage de calories et compatible avec leur rythme de vie, le jeûne intermittent reste une option crédible. Pas parce qu’il fait perdre plus de poids qu’un autre régime, mais parce que les kilos perdus semblent tenir un peu mieux dans le temps.
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Sources éditoriales et fact-checking
