Ce que mesure l’analyse
Ce test reprend l’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) et y ajoute un dosage de l’insuline à chaque prélèvement. On obtient deux courbes : celle du glucose et celle de l’insuline, l’hormone du pancréas qui fait baisser la glycémie. Son nom vient du médecin Joseph R. Kraft, qui a décrit en 1975 plusieurs « modèles » de réponse de l’insuline chez 3 650 patients.
L’idée est simple. Quand les tissus résistent à l’insuline, le pancréas compense en sécrétant davantage. La glycémie reste alors normale, mais au prix d’un excès d’insuline, ou hyperinsulinémie. Une HGPO classique ne regarde que le glucose ; la courbe de Kraft cherche à voir cette compensation.
Comment se passe le prélèvement
Le protocole décrit par DiNicolantonio et ses collègues (Open Heart, 2017) comprend :
- au moins deux semaines d’alimentation avec 150 g de glucides par jour ou plus ;
- un jeûne de plus de dix heures ;
- une boisson de 75 g de glucose ;
- des prélèvements de glucose et d’insuline à jeun, puis à 30, 60, 120 et 180 minutes.
Le protocole original de Kraft utilisait 100 g de glucose et durait de trois à cinq heures. Avec 75 g, les auteurs préviennent que des résultats « limites » peuvent déjà traduire une hyperinsulinémie. Comptez au moins trois heures sur place, au repos.
Comment lire le résultat
La glycémie se lit avec les critères officiels de l’HGPO. L’insuline se lit selon les modèles de Kraft, redéfinis par Catherine Crofts pour classer toutes les courbes :
- modèle I (normal) : insuline à jeun de 30 µUI/mL au plus, pic à 30 ou 60 minutes, somme des insulines de la deuxième et de la troisième heure inférieure à 60 µUI/mL ;
- modèles IIA et IIB : pic normal mais retour lent ; une somme de 100 µUI/mL ou plus définit le modèle IIB ;
- modèle III : pic retardé, à la deuxième ou à la troisième heure ;
- modèle IV : insuline à jeun supérieure à 50 µUI/mL ;
- modèle V : toutes les valeurs à 30 µUI/mL ou moins, signe d’une sécrétion faible.
En 2019, Crofts et ses collègues ont cherché un critère plus simple. Dans la base de Kraft, une insuline à deux heures supérieure à 30 µUI/mL repérait 98 % des hyperinsulinémies, avec une spécificité de 62 % : elle produit donc beaucoup de faux positifs. L’insuline à jeun seule était peu utile : au-dessus de 30 µUI/mL, elle ne repérait que 7 % des personnes hyperinsulinémiques.
Ces seuils sont des repères de recherche. Ils ne figurent dans aucune recommandation officielle et dépendent de la technique de dosage de l’insuline.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. Dans les données de Kraft rapportées par DiNicolantonio, seules 33 % des personnes à tolérance au glucose normale avaient une réponse de l’insuline normale. Crofts et ses collègues (Diabetes Research and Clinical Practice, 2016) ont réanalysé la base avec les critères de l’OMS : parmi 4 185 personnes à tolérance normale, un peu plus de la moitié avaient une hyperinsulinémie, et 93 % des personnes intolérantes au glucose ou diabétiques en avaient une aussi. Le surpoids n’y était que modestement associé.
Ces travaux ont des limites importantes. Les données sont transversales et ont été recueillies entre les années 1970 et 1990 : elles décrivent une association, sans prouver que l’hyperinsulinémie prédit la maladie. La sécrétion d’insuline est pulsatile, et la variabilité d’une insuline à jeun isolée atteint 25 à 50 %. Les résultats changent aussi selon la technique : chez les mêmes patients, Kraft trouvait 87,8 % de courbes anormales avec un dosage et 79,1 % avec un autre.
Les auteurs eux-mêmes demandent que ces outils soient testés, puis intégrés aux recommandations : ce n’est donc pas le cas aujourd’hui. Le test est long et coûteux. Il peut éclairer une démarche de prévention, pas poser un diagnostic.
Les analyses à associer
- Hyperglycémie provoquée par voie orale : la lecture officielle de la glycémie.
- Insuline à jeun : la valeur de départ.
- Indice HOMA-IR : une estimation simple de la résistance à l’insuline.
- Peptide C : la sécrétion réelle du pancréas.
À retenir
- La courbe de Kraft ajoute l’insuline à chaque temps d’une HGPO.
- Elle cherche une hyperinsulinémie cachée derrière une glycémie normale.
- Ses seuils viennent de la recherche et ne sont pas consensuels.
- Le résultat dépend de la charge en glucose, de la préparation et de la technique de dosage.