Ce que mesure l’analyse
Quand l’organisme manque de glucides ou d’insuline, le foie transforme davantage de graisses en corps cétoniques : l’acétoacétate, le bêta-hydroxybutyrate (BHB) et l’acétone. Une partie passe dans les urines. Selon la procédure du laboratoire de Beaumont Health, les cétones urinaires se répartissent en environ 78 % de BHB, 20 % d’acétoacétate et 2 % d’acétone.
La bandelette contient du nitroprussiate, un réactif qui vire du rose pâle au violet au contact de l’acétoacétate. D’après Beaumont, la bandelette Multistix 10 SG ne détecte ni l’acétone ni le BHB, pourtant majoritaire. Elle ne voit donc qu’une petite partie des cétones présentes.
Comment se passe le prélèvement
Le test se fait sur une urine fraîche, bien mélangée et non centrifugée. Beaumont recommande de la tester dans l’heure qui suit la miction. En cas de délai, l’urine est gardée au réfrigérateur dans un récipient fermé, puis ramenée à température ambiante. Les bactéries détruisent en effet l’acétoacétate et font baisser le résultat.
Les bandelettes craignent l’humidité : un flacon mal refermé donne des faux négatifs. À domicile, respectez le temps de lecture indiqué sur la notice avant de comparer la couleur à l’échelle.
Comment lire le résultat
Le résultat est semi-quantitatif : une couleur, traduite en croix ou en concentration approximative. Pour la Multistix 10 SG, Beaumont donne :
- négatif ;
- traces : environ 5 mg/dL ;
- 1+ ou faible : environ 15 mg/dL ;
- 2+ ou modéré : environ 40 mg/dL ;
- 3+ ou fort : plus de 80 mg/dL.
La valeur attendue est négative. Chez une personne diabétique, le consensus international de 2024 considère une cétonurie de 2+ ou plus comme une cétose significative. Un résultat positif chez une personne non diabétique traduit le plus souvent un jeûne, un régime pauvre en glucides, des vomissements, une grossesse ou un effort intense, causes citées par Beaumont.
Plusieurs médicaments donnent des faux positifs : captopril et méthyldopa, deux antihypertenseurs, mesna, métabolites de la L-dopa et, selon le consensus de 2024, valproate. Une urine très colorée peut aussi donner des traces trompeuses.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. La bandelette reste utile et accessible, mais le rapport de consensus de l’ADA, de l’EASD et d’autres sociétés (Umpierrez et al., Diabetes Care, 2024) lui préfère le BHB sanguin. Les deux mesures ont une sensibilité proche pour le diagnostic d’acidocétose, mais le BHB est plus spécifique. Surtout, la bandelette sous-estime la cétose au début d’une acidocétose, puis la surestime pendant la phase de résolution, quand le BHB se transforme en acétoacétate. Le consensus déconseille donc les cétones urinaires pour juger de la résolution.
Chez la personne en bonne santé, l’étude de Musa-Veloso et ses collègues (American Journal of Clinical Nutrition, 2002) éclaire les limites de la méthode. Douze adultes ont pris quatre repas cétogènes en douze heures. Les cétones du plasma et l’acétone de l’haleine ont été multipliées par 3,5, mais l’acétoacétate urinaire l’a été par 13 en dosage enzymatique et par 25 à la bandelette. Le BHB du plasma était aussi bien prédit par l’acétone de l’haleine que par l’acétoacétate urinaire, avec une corrélation modérée. Une bandelette très colorée ne dit donc pas, à elle seule, à quel point votre sang est riche en cétones.
Les analyses à associer
- Corps cétoniques sanguins : la mesure de référence.
- Glycémie à jeun : pour distinguer cétose de jeûne et diabète déséquilibré.
- Acétone dans l’air expiré : une autre mesure non invasive.
- Bicarbonates : à la recherche d’une acidose.
À retenir
- La bandelette détecte l’acétoacétate, pas le bêta-hydroxybutyrate.
- Testez une urine fraîche, dans l’heure.
- Captopril, mesna, valproate ou urine très colorée peuvent donner des faux positifs.
- Chez une personne diabétique, 2+ ou plus est une cétose significative à signaler.
- Pour diagnostiquer et suivre une acidocétose, le BHB sanguin est préférable.