Ce que mesure l’analyse
Le lactate est produit quand les cellules dégradent le glucose pour en tirer de l’énergie. Cette voie, la glycolyse, s’accélère pendant un effort intense ou quand l’oxygène manque. Le lactate passe ensuite dans le sang, où il est repris par d’autres organes. On parle souvent d’« acide lactique », mais dans le sang il circule surtout sous forme de lactate.
Goodwin et ses collègues (Journal of Diabetes Science and Technology, 2007) rappellent qu’un lactate élevé peut traduire une ischémie, c’est-à-dire un défaut d’apport de sang à un tissu, ou une hypoxémie, un manque d’oxygène dans le sang. Mais il peut aussi être une réponse normale à l’effort. Tout dépend du contexte.
Comment se passe le prélèvement
Le lactate est fragile : les globules continuent d’en produire dans le tube. Cleveland Clinic Laboratories demande :
- d’éviter la stase veineuse, en particulier un garrot serré ou prolongé ;
- un tube gris au fluorure-oxalate ;
- de placer le tube sur glace dès le prélèvement ;
- de séparer le plasma des cellules dans les 60 minutes.
Le dosage se fait sur plasma, par méthode enzymatique. En réanimation, il est souvent mesuré sur l’appareil des gaz du sang. Sur le terrain, les sportifs utilisent des lecteurs portables sur une goutte de sang capillaire. Goodwin et ses collègues insistent : ces appareils doivent être validés contre la méthode enzymatique de référence, et l’on doit savoir s’ils mesurent le sang total ou le plasma. Le lactate du sang total vaut en moyenne 70 % de celui du plasma.
Comment lire le résultat
Le lactate s’exprime en mmol/L. Cleveland Clinic Laboratories donne ces intervalles de référence :
- adulte de 18 à 99 ans : 0,5 à 2,2 mmol/L ;
- enfant de 2 à 17 ans : 1,0 à 2,4 mmol/L.
Le même laboratoire signale en urgence une valeur supérieure à 4,0 mmol/L pour la plupart des prélèvements ; pour les patients hospitalisés de son site principal et les gaz du sang, ce seuil d’alerte passe à 10,0 mmol/L.
Dans une infection grave, la définition internationale Sepsis-3 (Singer et al., JAMA, 2016) identifie le choc septique par deux critères : le besoin de médicaments vasopresseurs pour maintenir une pression artérielle moyenne d’au moins 65 mmHg, et un lactate supérieur à 2 mmol/L en l’absence d’hypovolémie, c’est-à-dire de manque de volume sanguin. Cette combinaison s’accompagne d’une mortalité à l’hôpital supérieure à 40 %.
Un lactate élevé chez une personne en forme, prélevée après un effort ou avec un garrot serré, est souvent un artefact. Refaire le dosage dans de bonnes conditions est la première étape.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé en médecine aiguë : le lactate fait partie de la définition du choc septique. Chez le sportif, il est l’un des paramètres les plus mesurés lors des tests d’effort. Goodwin et ses collègues rapportent qu’après un effort maximal de 30 à 120 secondes, le lactate atteint 15 à 25 mmol/L, 3 à 8 minutes après l’arrêt. Lors d’un effort progressif, il monte d’abord lentement, puis de façon exponentielle. La charge où se produit cette cassure, le seuil lactique, prédit mieux la performance que la consommation maximale d’oxygène et reflète mieux l’intensité de l’exercice que la fréquence cardiaque.
Chez l’enfant, Cleveland Clinic Laboratories propose un dosage spécifique pour les bilans métaboliques, différent du dosage d’urgence : les maladies métaboliques héréditaires relèvent d’un cadre spécialisé.
Les analyses à associer
- Gaz du sang : le pH.
- Bicarbonates : l’importance de l’acidose.
- Trou anionique : l’orientation vers une acidose due au lactate.
- Lactate à l’effort : la courbe du lactate pendant l’exercice.
À retenir
- Le lactate monte normalement pendant un effort intense.
- Au repos, chez l’adulte, Cleveland Clinic retient 0,5 à 2,2 mmol/L.
- Garrot, délai et absence de glace faussent le résultat.
- Dans une infection grave, un lactate supérieur à 2 mmol/L fait partie des critères du choc septique.
- Chez le sportif, le seuil lactique est un meilleur repère que la valeur isolée.