Ce que mesure l’analyse
La proinsuline est la forme de départ de l’insuline. Dans les cellules bêta du pancréas, elle est coupée en deux morceaux : l’insuline et le peptide C. Selon Mayo Clinic Laboratories, seuls 1 à 3 % passent intacts dans le sang. Mais comme elle y reste plus longtemps que l’insuline, la proinsuline peut atteindre 5 à 30 % du taux d’insuline.
Ce dosage sert surtout à comprendre une hypoglycémie, c’est-à-dire une glycémie trop basse. Normalement, quand le sucre manque, le pancréas freine sa sécrétion. S’il continue à sécréter, l’insuline, le peptide C et la proinsuline restent élevés. C’est ce qu’on observe avec un insulinome, une tumeur rare du pancréas qui fabrique de l’insuline sans tenir compte de la glycémie. Mayo précise que la proinsuline y monte encore pendant le jeûne.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est exigeant. Mayo Clinic Laboratories demande :
- un jeûne de huit heures, ou de six heures au plus chez l’enfant de moins de deux ans ;
- un tube EDTA (bouchon violet) refroidi dans la glace ;
- le sang placé sur glace au moins dix minutes, puis centrifugé au froid ;
- le plasma congelé dans un tube en plastique, où il reste stable trente jours.
Une hémolyse importante, c’est-à-dire des globules rouges abîmés dans le tube, fait refuser l’échantillon. En pratique, la proinsuline se dose souvent pendant une épreuve de jeûne surveillée : on prélève au moment où la glycémie baisse.
Comment lire le résultat
La proinsuline s’exprime en pmol/L. L’intervalle de référence à jeun de Mayo, obtenu par électrochimiluminescence (ECLIA), va de 3,6 à 22 pmol/L. Cette technique ne réagit ni avec l’insuline ni avec le peptide C.
Le résultat n’a de sens qu’avec la glycémie du même prélèvement. Pendant une hypoglycémie, avec une glycémie sous 0,60 g/L, Mayo indique :
- au-dessus de 22 pmol/L, une spécificité proche de 100 % pour un insulinome, pour une sensibilité d’environ 75 % ;
- plus de 80 % des insulinomes au-dessus de la limite haute de référence ;
- avec un seuil de 5 pmol/L, une sensibilité supérieure à 95 %, mais une spécificité d’environ 40 %.
Autrement dit, aucun seuil ne suffit seul. Le diagnostic repose sur un ensemble : glycémie, insuline, peptide C, bêta-hydroxybutyrate et recherche de sulfamides hypoglycémiants, des médicaments qui stimulent le pancréas.
Une proinsuline élevée ne signifie pas forcément une tumeur. Mayo rappelle que le diabète de type 2 et l’insuffisance rénale chronique peuvent élever la proinsuline, l’insuline et le peptide C, sans glycémie basse. Des variants génétiques de la proinsuline l’élèvent aussi, sans autre anomalie hormonale.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est bon, mais dans une indication précise. La recommandation de l’Endocrine Society (Cryer et al., Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 2009) demande d’abord de documenter la triade de Whipple : des symptômes d’hypoglycémie, une glycémie basse mesurée, et leur disparition quand la glycémie remonte. Ensuite seulement, chez une personne non diabétique chez qui l’on soupçonne un excès de sécrétion d’insuline, elle conseille de doser pendant l’épisode la glycémie, l’insuline, le peptide C, la proinsuline, le bêta-hydroxybutyrate et les hypoglycémiants oraux, puis les anticorps anti-insuline.
Hors de ce cadre, la proinsuline n’a pas d’usage validé en routine. Elle est aussi très élevée dans une maladie génétique rare, le déficit en proconvertase 1/3, du nom de l’enzyme qui coupe la proinsuline. Selon Mayo, cette maladie associe diabète, insuffisance surrénale, infertilité et obésité ; la proinsuline y monte encore après les repas, avec une insuline basse ou indétectable.
Les analyses à associer
- Glycémie à jeun : indispensable pour lire la proinsuline.
- Insuline à jeun : prélevée au même moment.
- Peptide C : la sécrétion propre du pancréas.
- Corps cétoniques sanguins : le bêta-hydroxybutyrate du bilan d’hypoglycémie.
À retenir
- La proinsuline est le précurseur de l’insuline.
- Elle se dose surtout pour explorer une hypoglycémie documentée.
- Le prélèvement se fait sur glace et le plasma est congelé.
- Aucun seuil ne suffit seul : le résultat se lit avec la glycémie, l’insuline et le peptide C.
- Diabète et insuffisance rénale peuvent l’élever sans tumeur.