Ce que mesure l’analyse
La mélatonine est l’hormone de la nuit biologique. La glande pinéale la fabrique sous le contrôle de l’horloge principale du cerveau, le noyau suprachiasmatique. Sa concentration commence à monter environ deux à trois heures avant l’heure habituelle d’endormissement, atteint son maximum au petit matin, puis retombe vers le réveil (Molina et Burgess, 2011).
Le DLMO (dim light melatonin onset, soit début de sécrétion de la mélatonine en lumière tamisée) est l’heure à laquelle la mélatonine salivaire commence à monter le soir. C’est le marqueur le plus fiable de la phase de l’horloge interne chez l’humain. Il dit à quelle heure biologique se trouve la personne, pas combien de temps elle dort.
Comment se passe le prélèvement
On recueille la salive toutes les 30 à 60 minutes dans la soirée, en lumière tamisée (moins de 30 lux), depuis au moins une heure avant et pendant toute la montée de la mélatonine (Benloucif et coll., 2008). La lumière freine la sécrétion et fausse le résultat. Il faut aussi éviter toute contamination de l’échantillon par des particules alimentaires, des colorants ou du sang. Ne prenez pas de mélatonine en complément avant le test sans l’avis du laboratoire.
Le recueil peut se faire à domicile avec des consignes précises. Dans une étude de 24 personnes se plaignant de difficultés de sommeil, le DLMO obtenu à domicile différait en moyenne de 37 minutes de celui obtenu en laboratoire avec un seuil fixe, et il était exact chez 62,5 % des participants (Sleep Med, 2012).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en pg/mL. On ne lit pas une valeur isolée mais la courbe : l’heure où la concentration dépasse un seuil et y reste. Benloucif et coll. (2008) retiennent pour la salive un seuil fixe de 3 pg/mL (le DLMO est le premier échantillon qui dépasse ce seuil et reste au-dessus). Ils retiennent aussi un seuil relatif, deux écarts-types au-dessus de la moyenne des trois premiers points de la journée. Dans le plasma, les concentrations sont environ trois fois plus élevées que dans la salive : 3 pg/mL dans la salive correspondent à environ 10 pg/mL dans le plasma.
Le choix du seuil modifie l’heure obtenue. Le seuil relatif donne un DLMO plus précoce de 22 à 24 minutes en moyenne que le seuil de 3 pg/mL. Le seuil fixe varie moins d’une personne à l’autre mais s’éloigne du début réel de la montée (Molina et Burgess, 2011). Un prélèvement toutes les heures donne en moyenne un DLMO de 6 à 8 minutes plus tôt qu’un prélèvement toutes les demi-heures, mais dans une minorité de cas, jusqu’à 19 %, l’écart dépasse 30 minutes. Certaines personnes sont de « faibles sécréteurs » : pour elles, aucun seuil ne fonctionne bien (Sleep Med, 2012).
Ce que dit la science
Le DLMO est la référence en chronobiologie pour estimer la phase circadienne, et il sert de point de départ à de nombreux travaux. En 2008, un groupe d’experts a proposé par consensus (méthode RAND modifiée) des recommandations de recueil pour les cliniciens et les chercheurs (Benloucif et coll., 2008). Son usage clinique reste spécialisé. À notre connaissance, aucune recommandation officielle française n’en fait un examen de routine.
Un DLMO très tardif ou très précoce peut documenter un décalage de l’horloge interne, mais ne suffit pas à conclure à un trouble du sommeil : l’interprétation revient à un spécialiste, avec l’histoire du sommeil et l’agenda de la personne. Niveau de preuve : émergent, au sens d’un usage surtout de recherche et d’expertise.
Les analyses à associer
Le DLMO se lit avec la 6-sulfatoxymélatonine urinaire (qui estime la mélatonine produite sur toute la nuit), le cycle du cortisol salivaire et la réponse du cortisol au réveil, deux profils qui suivent eux aussi un rythme de 24 heures.
À retenir
- Le DLMO situe l’horloge interne : il ne mesure ni la durée ni la qualité du sommeil.
- Le recueil se fait en lumière tamisée, sans contamination de la salive ni complément de mélatonine.
- Le seuil le plus utilisé dans la salive est 3 pg/mL ; le choix du seuil et de la fréquence de prélèvement modifie l’heure obtenue.
- L’interprétation revient à un spécialiste du sommeil.