Ce que mesure l’analyse
Le magnésium est un minéral indispensable au fonctionnement de très nombreuses enzymes, notamment celles qui utilisent l’ATP, la molécule énergétique des cellules. Il intervient dans la contraction musculaire, la transmission nerveuse et le rythme cardiaque. Il est stocké surtout dans l’os et les muscles : le sang n’en contient qu’environ 1 % du total corporel (Elin, 2010)1. La magnésémie mesure sa concentration dans le sérum, la partie liquide du sang après coagulation.
Dans le sérum, le magnésium existe sous trois formes : lié aux protéines (surtout l’albumine), associé à de petites molécules (complexé) et libre, dit ionisé. Seule la forme ionisée est biologiquement active (Saha et al., 1998)2. L’analyse courante dose le magnésium total, somme des trois formes. Le magnésium ionisé, mesuré par électrode spécifique, n’est pas systématiquement proposé.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse. Venez au repos et bien hydraté, sans effort intense dans les jours précédents. Signalez tous vos médicaments et compléments, en particulier les antiacides, les laxatifs et les diurétiques : ne les arrêtez pas sans avis médical.
Le tube ne doit pas contenir d’anticoagulant qui fixe le magnésium (EDTA, citrate, oxalate), faute de quoi la valeur est faussement basse. Le sérum doit être séparé des globules rouges sans trop attendre, car une hémolyse élève artificiellement la valeur. Suivez les consignes du laboratoire sur le type de tube et la conservation.
Comment lire le résultat
L’unité courante est le mmol/L, parfois le mg/dL. Les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre : lisez celui de votre compte rendu. Une revue de 2024 note que la plupart des limites basses sont nettement inférieures à 0,85 mmol/L (2,07 mg/dL), seuil proposé par des groupes d’experts parce que des valeurs plus basses sont associées à un risque accru de diabète de type 2 et de maladie cardiovasculaire (Weisser et al., 2024)3. Il s’agit d’une proposition, pas d’un consensus : c’est pourquoi ce repère est affiché comme « optimal » non consensuel et non comme valeur de référence.
Pour le biologiste Ronald Elin, la méthode traditionnelle pour fixer l’intervalle inclut beaucoup de personnes « normales » en léger déficit chronique, d’où sa recommandation d’une limite basse à 0,85 mmol/L (Elin, 2010)4. C’est un argument d’expert, à lire comme tel.
Deux facteurs modifient la lecture. Le sexe : dans une étude suisse de 755 personnes, les femmes avaient un magnésium total et un magnésium ionisé plus bas que les hommes, et l’accord global entre les deux mesures n’était que de 64 % (Gagliano et al., 2022)5. Et l’albumine : une albumine basse peut faire baisser le magnésium total sans déficit de la forme active.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est courant : la magnésémie est le test utilisé en pratique, mais son interprétation est discutée et son seuil bas n’est pas consensuel.
La limite du magnésium total apparaît nettement chez les patients de réanimation. Chez 115 patients, 51,3 % avaient un magnésium total sous l’intervalle de référence, et chez 71 % d’entre eux le magnésium ionisé était normal. Aucun patient n’avait de magnésium intracellulaire bas, et la baisse du magnésium n’était pas liée au pronostic : les auteurs y voient un épiphénomène, c’est-à-dire un marqueur associé à la maladie plutôt qu’une cause (Huijgen et al., 2000)6.
Même constat dans les maladies digestives et hépatiques : sur 150 mesures chez des patients, le magnésium total était sous l’intervalle dans 30 cas et le magnésium ionisé dans 9 seulement, soit 21 cas de magnésium total bas mais ionisé normal, ce qui fait deux tiers de faux positifs de l’hypomagnésémie. La proportion de magnésium ionisé était inversement liée à l’albumine (Saha et al., 1998)7.
Chez le sportif, la littérature est plus mince. Dans une étude de 25 athlètes masculins et de 25 étudiants sédentaires, les athlètes avaient une magnésémie de base plus basse que les sédentaires et elle baissait après un test d’effort maximal jusqu’à épuisement ; les auteurs y voient une réponse adaptative (Muñoz et al., 2020)8. Cette étude ne permet pas de conclure à une carence.
Les analyses à associer
- Albumine : indique si un magnésium total bas est en partie lié à une albumine basse.
- Magnésium érythrocytaire : reflète le contenu des globules rouges.
- Créatinine : renseigne sur la fonction rénale.
- Calcium total : un déficit en magnésium peut s’accompagner d’une calcémie basse persistante.
À retenir
- Le sang ne contient qu’environ 1 % du magnésium du corps : une valeur normale n’exclut pas un déficit tissulaire.
- Le magnésium total peut être bas alors que le magnésium ionisé, actif, est normal, surtout si l’albumine est basse.
- Le seuil de 0,85 mmol/L est une proposition d’experts, pas un consensus : suivez l’intervalle de votre laboratoire.
- Hémolyse, tube inadapté, effort récent et médicaments modifient le résultat : prélevez au repos et signalez vos traitements.
- Toute valeur inhabituelle, haute ou basse, se discute avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études