Ce que mesure l’analyse
La glutathion peroxydase (GPx) est une famille d’enzymes qui neutralisent le peroxyde d’hydrogène et certains lipides oxydés, en s’appuyant sur le glutathion, une petite molécule antioxydante fabriquée par vos cellules. Dans les globules rouges, c’est surtout la forme GPx1 qui travaille. Son site actif contient un acide aminé rare, la sélénocystéine : sans sélénium, l’enzyme n’est pas fabriquée correctement.
L’analyse ne compte pas les molécules d’enzyme : elle mesure leur activité, c’est-à-dire la vitesse à laquelle l’enzyme transforme, au laboratoire, un substrat de test. Cette activité sert de reflet fonctionnel du statut en sélénium. Elle est même au cœur des recommandations : les apports de référence en sélénium reposent sur l’apport nécessaire pour atteindre une activité GPx maximale dans le plasma ou dans les globules rouges (Hurst et al., 2013)1.
Deux termes à connaître : « érythrocytaire » signifie « dans les globules rouges » ; « sang total » désigne un dosage sur le sang entier, sans séparer les cellules du plasma. Selon les laboratoires, la GPx est mesurée de l’une ou l’autre façon, ce qui rend les comparaisons délicates.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang veineuse ordinaire. L’enzyme étant contenue dans les globules rouges, le laboratoire travaille sur le sang et non sur le sérum seul. Le type de tube, le délai d’acheminement et la conservation dépendent de la technique de chaque laboratoire : suivez les consignes remises avec l’ordonnance.
Signalez au préleveur tout ce qui peut compter pour l’interprétation : une maladie ou une hospitalisation récente, une transfusion récente, un régime particulier, la prise de compléments contenant du sélénium. Un tube hémolysé (globules rouges abîmés) peut fausser le dosage, puisque l’enzyme se trouve justement dans ces cellules.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime le plus souvent en unités d’activité par gramme d’hémoglobine (U/g Hb), parfois par litre ou par millilitre de sang. Ces unités ne sont pas interchangeables : la méthode, la température de réaction et le substrat de test varient d’un laboratoire à l’autre. Chaque laboratoire a ses propres normes ; nous n’affichons donc pas de cadran de repères pour cette analyse. Comparez votre valeur à l’intervalle imprimé sur votre compte rendu, jamais à un chiffre lu ailleurs.
Que sait-on des variations normales ? Les études ne s’accordent pas. Dans la cohorte Stanislas, qui a établi des intervalles de référence pour la GPx du sang total chez 463 sujets en bonne santé apparente, aucun des facteurs étudiés (âge, sexe, indice de masse corporelle, alcool, tabac, ménopause, médicaments, oligo-éléments) n’influençait l’activité (Habdous et al., 2003)2. À l’inverse, chez 118 adultes de 20 à 60 ans aux Açores, l’activité du sang total augmentait avec l’âge, avec une baisse chez les sujets hyperlipidémiques, et elle était environ 30 % plus basse chez les hommes hypertendus que chez les normotendus (Pavão et al., 2006)3.
Ce qui compte vraiment : la GPx se lit en face du dosage du sélénium et du contexte clinique. Un chiffre isolé, haut ou bas, ne permet pas de conclure.
Ce que dit la science
Un indicateur du statut en sélénium, lent à réagir
Chez des adolescents de 14 à 16 ans vivant dans une zone chinoise pauvre en sélénium, une supplémentation en sélénium a fait atteindre à l’activité GPx du plasma et des plaquettes son maximum après 8 semaines, alors que celle des globules rouges continuait d’augmenter jusqu’à la 16e semaine (Alfthan et al., 2000)4. Un globule rouge vit plusieurs semaines : la GPx érythrocytaire reflète donc un statut installé, pas le dernier repas.
Le marqueur a aussi des limites. Chez l’animal (dindes, poulets, rats, souris, agneaux), l’activité GPx1 des globules rouges ne forme pas de plateau net quand l’apport en sélénium augmente, et aucune activité de sélénoprotéine ne permettait de repérer un statut en excès (Sunde et al., 2016)5. Ces données animales invitent à la prudence : une GPx haute n’indique pas un excès de sélénium.
Une valeur haute n’est pas toujours rassurante
Chez 27 patients en infarctus aigu du myocarde comparés à 24 témoins du même âge, le sélénium plasmatique était plus bas (63,7 contre 82,2 µg/L) mais l’activité GPx érythrocytaire plus élevée (48,1 contre 35,3 U/g Hb) (Bor et al., 1999)6. Les auteurs y voient une possible défense antioxydante contre un stress oxydant installé de longue date. Une GPx haute peut donc refléter une réaction de l’organisme, pas seulement un « bon statut ».
En maladie aiguë
Chez 65 patients de réanimation en syndrome inflammatoire systémique, comparés à 56 volontaires sains, l’activité GPx était plus basse que chez les témoins et d’autant plus basse que la gravité était forte à l’admission. Elle est revenue à des valeurs normales après une semaine, alors que le sélénium continuait de baisser (Herrera-Quintana et al., 2022)7. Pendant une maladie grave, la GPx et le sélénium ne bougent donc pas forcément ensemble.
Niveau de preuve : b. L’analyse est utilisée en pratique et repose sur une base biologique solide, mais elle ne fait pas l’objet d’un consensus pour dépister ou suivre une carence et, à notre connaissance, aucune recommandation officielle ne l’impose.
Les analyses à associer
- Sélénium : le minéral dont dépend l’enzyme ; les deux résultats s’interprètent côte à côte.
- Superoxyde dismutase : autre enzyme antioxydante, souvent dosée dans le même bilan.
- Malondialdéhyde : marqueur de lipides oxydés, qui renseigne sur l’ampleur du stress oxydant.
- Vitamine E : antioxydant qui agit aussi sur les lipides oxydés.
À retenir
- La GPx érythrocytaire mesure l’activité d’une enzyme qui dépend du sélénium, pas le sélénium lui-même.
- Elle intègre plusieurs semaines : un apport de la veille ne change presque rien.
- Une valeur haute n’est pas toujours rassurante, une valeur basse n’est pas toujours une carence.
- Chaque laboratoire a ses normes et ses unités : comparez à l’intervalle de votre compte rendu.
- L’interprétation se fait avec le sélénium et le contexte clinique, avec votre médecin.
Sources éditoriales et fact-checking7 sources vérifiées7 études