Ce que mesure l’analyse
Les membranes de nos cellules contiennent des acides gras polyinsaturés, des graisses fragiles qui s’oxydent facilement. Quand des espèces réactives de l’oxygène, couramment appelées « radicaux libres », les attaquent, il se forme d’abord des hydroperoxydes de lipides. Ceux-ci se dégradent ensuite en aldéhydes, dont le malondialdéhyde (MDA), un petit composé à trois atomes de carbone, très réactif, qui peut se lier aux protéines et à l’ADN. On parle de peroxydation des lipides.
Le MDA n’a pas une origine unique. Il peut aussi être formé par voie enzymatique, notamment dans les plaquettes, lors de la synthèse de dérivés de l’acide arachidonique. Un taux de MDA ne reflète donc pas uniquement le stress oxydant.
Comment se passe le prélèvement
Le MDA se dose dans le sang (sérum ou plasma, selon le laboratoire) et, selon la technique, dans les urines. Le prélèvement suit les consignes du laboratoire sur le jeûne, le tube, le délai de transport et la congélation. Ces précautions comptent beaucoup : les graisses s’oxydent aussi dans le tube après le prélèvement, ce qui peut gonfler artificiellement le résultat. L’échantillon doit donc être traité rapidement, à l’abri de la lumière et de la chaleur, et tout signe d’hémolyse peut perturber la mesure.
Signalez au préleveur le tabac, les compléments antioxydants (vitamines C et E, par exemple), les médicaments et un effort intense récent.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en micromoles par litre dans le sang, ou rapporté à la créatinine dans les urines, selon le laboratoire. Les méthodes de dosage diffèrent beaucoup (réaction à l’acide thiobarbiturique, chromatographie liquide, chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse), et chaque laboratoire a ses propres normes. Nous n’affichons donc pas de cadran de repères : nous n’avons retenu aucune valeur de référence consensuelle valable pour toutes les méthodes. Comparez vos résultats uniquement avec ceux du même laboratoire, mesurés avec la même technique.
Il faut aussi distinguer le MDA du dosage dit « TBARS ». Ce dernier mesure toutes les substances qui réagissent avec l’acide thiobarbiturique, dont le MDA mais pas seulement. Selon une revue classique sur les indices de peroxydation des lipides, les indices couramment utilisés se heurtent à la non-spécificité ou à l’instabilité de la substance mesurée, à la contamination de l’échantillon après le prélèvement et à la non-spécificité des méthodes. Les techniques fondées sur la spectrométrie de masse sont plus spécifiques (Meagher et FitzGerald, 2000)1. Une valeur haute ou basse n’est pas un diagnostic : les causes possibles de la fiche sont des pistes à discuter avec un médecin.
Ce que dit la science
Le MDA est l’un des marqueurs d’oxydation les plus anciens. Dans un grand programme de validation, des rats exposés au tétrachlorure de carbone, un toxique du foie, ont présenté une élévation du MDA plasmatique (mesuré par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse) dans les deux groupes traités, à plusieurs moments. Le MDA urinaire augmentait dans trois des quatre conditions testées. Les auteurs ont conclu que le MDA du plasma et des urines était un candidat comme marqueur général de stress oxydant (Kadiiska et al., 2005)2. Ce résultat vient du rat, dans un modèle d’intoxication aiguë : il ne dit pas comment le MDA se comporte chez un humain en bonne santé.
Chez le sportif, la situation est moins nette. Une revue systématique chez des coureurs, qui a examiné entre autres le MDA et les TBARS, conclut que la course ne déclenche pas de réponse propre à un marqueur donné : les marqueurs d’oxydation des lipides et des protéines, comme les enzymes antioxydantes, varient surtout selon le niveau d’entraînement de chaque personne (Thirupathi et al., 2021)3. Un même chiffre peut donc avoir des sens très différents chez un sédentaire et chez un athlète.
Le niveau de preuve est « émergent ». Le MDA reste un outil de recherche. Aucune autorité de santé n’en recommande, à notre connaissance, l’usage courant pour décider d’une prise en charge. Méfiez-vous des offres qui promettent d’« abaisser son MDA » par un complément : ce dosage n’a pas démontré qu’agir sur lui améliore la santé.
Les analyses à associer
Le MDA se lit avec d’autres marqueurs, car aucun n’est parfait :
- F2-isoprostanes : plus spécifiques de la peroxydation des lipides, ils permettent de recouper le MDA.
- Peroxydes lipidiques et LDL oxydées : ils décrivent des étapes différentes de l’oxydation des graisses.
- 8-hydroxy-2′-désoxyguanosine : il indique si l’ADN est aussi concerné.
- Capacité antioxydante totale : elle situe le résultat dans le contexte des défenses.
À retenir
- Le MDA est un produit de dégradation des graisses oxydées, mais il peut aussi être formé par des voies enzymatiques.
- Le dosage TBARS manque de spécificité ; les techniques par spectrométrie de masse sont plus fiables.
- Le prélèvement doit être traité vite : les graisses peuvent s’oxyder dans le tube.
- Les méthodes et les normes varient : comparez seulement des résultats du même laboratoire.
- Niveau de preuve émergent : discutez toujours le résultat avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées2 études