Ce que mesure l’analyse
Les membranes des cellules contiennent de l’acide arachidonique, un acide gras polyinsaturé fragile. Quand des espèces réactives de l’oxygène, couramment appelées « radicaux libres », l’attaquent, il se forme une famille de composés appelés isoprostanes. Ceux de la série F2, les F2-isoprostanes, ressemblent aux prostaglandines F2α, mais leur formation ne passe pas par les enzymes classiques de l’inflammation, les cyclooxygénases. Le plus étudié est le 8-iso-PGF2α. Une petite part peut cependant aussi se former par la voie des cyclooxygénases, par exemple dans les plaquettes : le marqueur n’est pas parfaitement « pur ».
Ces composés sont libérés des membranes, passent dans le sang et sont éliminés dans les urines. Le dosage urinaire donne ainsi une image globale, sur plusieurs heures, de la peroxydation des lipides dans l’ensemble du corps. Selon une revue de référence, mesurer ces composés par spectrométrie de masse dans les urines reflète la peroxydation des lipides in vivo et offre une approche non invasive (Meagher et FitzGerald, 2000)1.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait dans les urines, en échantillon unique ou parfois sur 24 heures, selon le laboratoire. Pour un échantillon unique, le résultat est rapporté à la créatinine, un déchet musculaire éliminé à un rythme assez régulier, afin de corriger la dilution de l’urine. Suivez les consignes du laboratoire sur l’heure du recueil, le jeûne, l’effort physique des jours précédents, la conservation et la congélation.
Signalez le tabac, les compléments antioxydants, ainsi que l’aspirine et les anti-inflammatoires, qui agissent sur les cyclooxygénases et peuvent modifier une partie de la production de ces composés.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime le plus souvent en picogrammes par milligramme de créatinine. La technique de dosage (immunodosage, chromatographie couplée à la spectrométrie de masse) influence les valeurs, et chaque laboratoire a ses propres normes. Nous n’affichons donc pas de cadran de repères : nous n’avons retenu aucune valeur de référence consensuelle valable pour toutes les méthodes. Comparez vos résultats uniquement avec ceux du même laboratoire, mesurés avec la même technique.
Pour donner un ordre d’idée, une étude italienne a mesuré le 8-iso-PGF2α urinaire par immunodosage chez 25 sujets sains, 25 patients atteints d’hypertension essentielle et 25 patients atteints d’hypertension avec atteinte des artères rénales. Les médianes étaient de 123 pg/mg de créatinine (de 58 à 385) chez les sujets sains, de 176 (de 48 à 384) dans l’hypertension essentielle et de 305 (de 124 à 1 224) dans l’atteinte rénovasculaire (Minuz et al., 2002)2. Ces chiffres ne sont pas des valeurs de référence : ils proviennent d’un petit groupe et d’une technique précise. Ils montrent surtout que la médiane est plus élevée dans le groupe malade, mais que les plages se chevauchent largement. Une valeur isolée ne permet donc pas de conclure, et une valeur haute ou basse n’est pas un diagnostic.
Ce que dit la science
Les F2-isoprostanes sont considérés comme l’un des meilleurs marqueurs disponibles de la peroxydation des lipides in vivo, mais leur usage reste cantonné à la recherche : aucun seuil de décision clinique n’est validé, d’où le niveau de preuve « émergente ».
Dans un grand programme de validation de marqueurs d’oxydation, des rats exposés au tétrachlorure de carbone, un toxique du foie, ont présenté des isoprostanes plus élevés dans le plasma (mesurés par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse) et dans les urines (immunodosage ou chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse), dans les deux groupes traités et à plusieurs moments. Les auteurs ont conclu que ces mesures étaient des candidats comme marqueurs généraux de stress oxydant (Kadiiska et al., 2005)3. Ce résultat vient du rat et ne dit pas comment le marqueur se comporte chez un humain en bonne santé.
Les F2-isoprostanes ne bougent pas pour autant à chaque changement de mode de vie. Dans un essai chez 20 volontaires, quatre semaines de café filtré ont fait augmenter l’activité des enzymes antioxydantes des globules rouges, mais n’ont pas modifié de façon significative les marqueurs de peroxydation des lipides, dont le 8-épi-PGF2α plasmatique (Corrêa et al., 2012)4. Une intervention qui paraît « antioxydante » ne se traduit donc pas forcément par une baisse du marqueur.
Chez le sportif, l’interprétation est plus délicate encore : une revue systématique chez des coureurs conclut que la course ne déclenche pas de réponse propre à un marqueur donné, la réponse dépendant surtout du niveau d’entraînement (Thirupathi et al., 2021)5. Méfiez-vous enfin des offres qui promettent de « faire baisser ses isoprostanes » : ce dosage n’a pas démontré qu’agir sur lui améliore la santé.
Les analyses à associer
Un marqueur d’oxydation isolé est difficile à interpréter. Associez-le à :
- Malondialdéhyde et peroxydes lipidiques : ils décrivent d’autres étapes de l’oxydation des lipides.
- 8-hydroxy-2′-désoxyguanosine : il indique si l’ADN est aussi concerné.
- Créatinine : elle sert à corriger la dilution des urines.
À retenir
- Les F2-isoprostanes se forment à partir de l’acide arachidonique oxydé par les radicaux libres ; le dosage urinaire reflète la peroxydation des lipides.
- Une petite part peut aussi venir de la voie des cyclooxygénases : le marqueur n’est pas parfaitement spécifique.
- Les méthodes et les normes varient : comparez seulement des résultats du même laboratoire.
- Les plages de valeurs de sujets sains et de patients se chevauchent : une valeur isolée ne permet pas de conclure.
- Niveau de preuve émergent : discutez toujours le résultat avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées4 études