Ce que mesure l’analyse
L’ADN est sans cesse attaqué par des espèces réactives de l’oxygène, couramment appelées « radicaux libres ». L’une des bases de l’ADN, la guanine, est particulièrement sensible : quand elle est oxydée, elle devient la 8-oxoguanine. Dans la cellule, des enzymes de réparation (notamment l’enzyme OGG1) découpent la base abîmée. Le fragment retiré, le 8-hydroxy-2′-désoxyguanosine (8-OHdG, aussi écrit 8-oxodG), passe dans le sang et est éliminé dans les urines.
Le dosage urinaire donne ainsi une image globale, sur plusieurs heures, de l’ensemble du corps. Il ne dit pas dans quel organe ni dans quelle cellule l’oxydation s’est produite. Il ne dit pas non plus, à lui seul, si l’ADN a été plus oxydé ou si la réparation a été plus active. Cette distinction est au cœur du débat scientifique sur ce marqueur.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait dans les urines : soit un échantillon unique, soit un recueil sur 24 heures, selon le laboratoire. Pour un échantillon unique, le résultat est le plus souvent rapporté à la créatinine, un déchet musculaire éliminé à un rythme assez régulier, afin de corriger la dilution de l’urine. Pour un recueil de 24 heures, le résultat s’exprime en quantité éliminée par jour, par exemple en nanomoles par 24 heures.
Suivez les consignes de votre laboratoire sur l’heure de recueil, le jeûne, la conservation et l’effort physique des jours précédents. Les urines doivent être transportées et conservées selon ses instructions : l’oxydation peut se poursuivre après le recueil, ce qui fausserait le résultat. Signalez le tabac, les compléments antioxydants et les médicaments que vous prenez.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mg de créatinine ou en nmol/24 h, selon la technique et le laboratoire. Les méthodes de dosage (immunodosage, chromatographie couplée à la spectrométrie de masse) ne donnent pas toujours les mêmes valeurs, et chaque laboratoire a ses propres normes. Nous n’affichons donc pas de cadran de repères : nous n’avons retenu aucune valeur de référence consensuelle valable pour toutes les méthodes. Comparez vos résultats uniquement avec ceux du même laboratoire, mesurés avec la même technique.
Une valeur haute n’est pas un diagnostic, pas plus qu’une valeur basse n’est une garantie. Dans une étude de population au Japon portant sur 6 517 personnes de 45 à 74 ans, un niveau de stress perçu plus élevé était associé à un 8-OHdG urinaire plus élevé, avec une hausse de 2,1 % par catégorie de stress ; l’association était faible (Shimanoe et al., 2018)1. Ce type de résultat montre que de nombreux facteurs de la vie quotidienne influencent le marqueur, sans qu’une valeur isolée permette d’en déduire quelque chose d’individuel.
Ce que dit la science
Le 8-OHdG est l’un des marqueurs d’oxydation de l’ADN les plus étudiés. Dans un grand programme de validation de marqueurs d’oxydation, des rats exposés au tétrachlorure de carbone, un toxique du foie, ont présenté une élévation du 8-OHdG urinaire dans trois des quatre conditions testées. Les auteurs l’ont jugé candidat comme marqueur général de stress oxydant (Kadiiska et al., 2005)2. Ce résultat est animal et reste un argument de recherche, pas une validation chez l’humain. D’où le niveau de preuve « émergente ».
Chez le sportif, l’effort ne fait pas monter ce marqueur de façon simple. Chez 20 participants à un marathon, l’excrétion urinaire du 8-oxodG n’a pas changé juste après la course. Quatre jours plus tard, elle avait baissé de 2,9 nmol/24 h (intervalle de confiance à 95 % de −4,8 à −1,1), et elle restait abaissée sept jours après, ce qui évoque plutôt une adaptation antioxydante (Larsen et al., 2020)3. Une revue systématique chez des coureurs va dans le même sens : aucun marqueur d’oxydation ne répond de façon spécifique à la course, tout dépend du niveau d’entraînement (Thirupathi et al., 2021)4.
Le débat sur l’interprétation est réel. Dans une étude sud-africaine comparant deux groupes d’hommes, le groupe qui avait la pression artérielle la plus élevée présentait un 8-oxodG urinaire plus bas, avec une association négative entre le marqueur et la pression artérielle. Les auteurs proposent que l’oxydation, en stimulant les défenses antioxydantes et la réparation de l’ADN, puisse expliquer ce résultat inattendu (Mels et al., 2014)5. Une valeur plus basse n’est donc pas forcément synonyme de moins d’oxydation.
Les analyses à associer
Une valeur de 8-OHdG isolée est difficile à interpréter. Elle gagne à être replacée dans une vue plus large :
- F2-isoprostanes et malondialdéhyde : ils renseignent sur l’oxydation des lipides, à comparer avec celle de l’ADN.
- Capacité antioxydante totale : elle donne une vue d’ensemble des défenses.
- Créatinine : elle sert à corriger la dilution des urines.
À retenir
- Le 8-OHdG est un fragment d’ADN oxydé, éliminé dans les urines après réparation.
- Il ne dit pas, à lui seul, si l’ADN a été plus abîmé ou mieux réparé : son interprétation reste débattue.
- Après un marathon, l’excrétion n’augmente pas forcément : un prélèvement après l’effort n’est pas une preuve de dégâts.
- Les méthodes et les normes varient : comparez seulement des résultats du même laboratoire.
- Niveau de preuve émergent : discutez toujours le résultat avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées4 études