Ce que mesure l’analyse
Le glutathion est un petit peptide formé de trois acides aminés : le glutamate, la cystéine et la glycine. C’est l’un des principaux antioxydants des cellules. Son groupe thiol (SH), porté par la cystéine, peut céder un électron pour neutraliser un oxydant. Des enzymes, les glutathion peroxydases, l’utilisent pour détruire les peroxydes. Il sert aussi à éliminer certaines substances étrangères à l’organisme.
Le glutathion existe sous deux formes. Le GSH est la forme réduite, active. Quand il neutralise un oxydant, deux molécules de GSH s’unissent par un pont disulfure et forment le glutathion oxydé (GSSG). Une enzyme, la glutathion réductase, ramène le GSSG à l’état de GSH grâce à une coenzyme, le NADPH. Dans les cellules, la quasi-totalité du glutathion est normalement sous forme réduite. Les globules rouges en contiennent beaucoup, bien plus que le plasma.
Le dosage du GSH dans le sang estime donc la réserve du principal antioxydant. Selon le laboratoire, il porte sur le sang total, les globules rouges ou le plasma, avec des méthodes variées. Ce choix compte, car les valeurs ne se comparent pas d’une matrice à l’autre.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang. Le point critique n’est pas votre préparation, mais le traitement du tube. Le GSH s’oxyde facilement : en quelques minutes, une partie peut se transformer en GSSG, ce qui fausse à la fois le GSH et le GSSG. Les chercheurs qui ont travaillé sur ce problème décrivent la conversion entre les deux formes comme le principal obstacle analytique. Ils proposent de bloquer le GSH par une réaction chimique avec la N-éthylmaléimide dès le prélèvement, voire d’utiliser des tubes pré-traités (Tomin et al., 2020)1. Le laboratoire vous indiquera le protocole à suivre ; ne prélevez pas dans un tube ordinaire un examen conçu pour un tube spécial.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µmol/L, ou parfois en µmol par gramme d’hémoglobine quand le dosage porte sur les globules rouges. Aucune valeur de référence consensuelle n’existe pour ce marqueur : chaque laboratoire a ses propres normes, qui dépendent de la matrice et de la méthode. Nous n’affichons donc pas de cadran.
À titre d’illustration, dans une petite étude de 10 sujets sains et 15 patients diabétiques non compliqués, le GSH des globules rouges était de 7,1 µmol/g d’hémoglobine chez les témoins contre 6,0 chez les patients (De Mattia et al., 1998)2. Ces chiffres dépendent de la méthode de l’étude : ils ne constituent pas des normes à appliquer à votre résultat.
Plusieurs éléments rendent la lecture délicate. La valeur varie d’un individu à l’autre. Elle est sensible à l’oxydation dans le tube. Et un GSH bas peut refléter une consommation accrue comme un apport insuffisant en acides aminés précurseurs. C’est pourquoi on la lit avec le GSSG et avec le rapport GSH/GSSG.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : le GSH est une molécule centrale de la biologie redox, mais son dosage sanguin n’est pas un examen validé pour décider d’une prise en charge. Les auteurs d’un travail sur la méthode rappellent que le rapport entre les formes réduite et oxydée n’est pas encore un paramètre clinique de routine, en raison de la difficulté analytique (Tomin et al., 2020).
Des données observationnelles existent. Dans une cohorte de 1 411 patients coronariens, un taux plasmatique de glutathion inférieur à la moyenne moins un écart-type était associé à une mortalité plus élevée (risque relatif ajusté de 2,19) sur un suivi moyen de 4,7 ans (Patel et al., 2015)3. Il s’agit d’une association, mesurée dans le plasma et chez des patients malades : elle ne permet pas de conclure à un effet protecteur de la molécule, ni de transposer ce seuil à une personne en bonne santé.
La question des compléments mérite d’être posée sans détour. Dans un essai contrôlé en double aveugle de 4 semaines, mené chez 40 adultes en bonne santé, la supplémentation orale en glutathion n’a modifié ni le GSH, ni le GSSG, ni leur rapport dans les globules rouges, ni les marqueurs urinaires de stress oxydatif (Allen et Bradley, 2011)4. Ce résultat ne prouve pas l’inutilité de toute intervention, mais il invite à la prudence face aux promesses commerciales. Toute décision de complément doit se discuter avec un médecin.
Les analyses à associer
Le glutathion oxydé et le rapport GSH sur GSSG sont indissociables du GSH : ensemble, ils décrivent l’équilibre redox. La glutathion peroxydase, enzyme qui utilise le GSH, renseigne sur le fonctionnement du système. Le dosage du glutathion intracellulaire se rapproche de la réserve effectivement disponible dans les cellules.
À retenir
- Le GSH est la forme réduite et active du glutathion, principal antioxydant des cellules.
- Il s’oxyde facilement : le résultat dépend fortement du traitement du tube après le prélèvement.
- Il n’existe pas de valeur de référence consensuelle ; chaque laboratoire a ses normes.
- Dans un essai contrôlé de 4 semaines chez 40 adultes sains, un apport oral de glutathion n’a pas modifié le glutathion des globules rouges.
- Le résultat se lit avec le GSSG, le rapport GSH/GSSG et le contexte clinique, avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études