Ce que mesure l’analyse
Le glutathion circule dans les cellules sous deux formes : le glutathion réduit (GSH), actif comme antioxydant, et le glutathion oxydé (GSSG), formé de deux molécules de GSH unies par un pont disulfure. Quand le GSH neutralise un oxydant, il se transforme en GSSG. Une enzyme, la glutathion réductase, ramène ensuite le GSSG à l’état de GSH en utilisant une coenzyme, le NADPH.
Le rapport GSH sur GSSG compare ces deux formes. Plus il est élevé, plus le glutathion est majoritairement sous forme réduite, ce qui traduit un équilibre redox favorable. Plus il baisse, plus la part oxydée augmente. L’intérêt du rapport est de résumer l’équilibre en un seul chiffre, indépendamment de la quantité totale de glutathion, qui varie d’une personne à l’autre.
Attention au sens. Certains laboratoires rendent l’inverse (GSSG/GSH), d’autres la part de GSSG en pourcentage du glutathion total. Un chiffre « haut » peut donc vouloir dire le contraire selon la présentation : vérifiez le sens du rapport sur votre compte rendu.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, mais le traitement du tube est décisif. Une partie du GSH s’oxyde en GSSG après le prélèvement si rien n’est fait : le rapport s’en trouve artificiellement abaissé. Des chercheurs décrivent cette interconversion comme l’obstacle analytique principal et proposent de bloquer le GSH par une réaction avec la N-éthylmaléimide dès le recueil, et même d’utiliser des tubes pré-traités, pour faire entrer ce rapport dans la routine clinique (Tomin et al., 2020)1. Suivez les consignes du laboratoire : tube, délai et conservation.
Comment lire le résultat
Le rapport est un nombre sans unité. Il n’existe pas de valeur de référence consensuelle : les normes dépendent du laboratoire, de la matrice (sang total, globules rouges, plasma) et de la méthode de dosage. Nous n’affichons donc pas de cadran.
À titre d’illustration seulement, dans une étude de 10 sujets sains et de 15 patients diabétiques non compliqués, le rapport GSH/GSSG des globules rouges était d’environ 20,2 chez les témoins et de 10,9 chez les patients (De Mattia et al., 1998)2. Ces valeurs sont propres à une méthode et à un très petit effectif : elles ne constituent pas des normes. D’autres équipes ont aussi observé un rapport plus bas chez des patients diabétiques que chez des témoins (Bravi et al., 1997)3.
Un rapport bas est une piste : stress oxydatif réel, consommation accrue de GSH, recyclage insuffisant, mais aussi oxydation du GSH dans le tube. Un rapport « normal » ne garantit pas l’absence de stress oxydatif ailleurs dans l’organisme, car le sang n’est qu’un compartiment.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. Les auteurs d’un travail sur la méthode rappellent que ce rapport n’est pas encore un paramètre clinique de routine, en raison de la difficulté analytique (Tomin et al., 2020).
Plusieurs études décrivent un rapport plus bas dans des maladies à composante oxydative, comme on vient de le voir dans le diabète. Ce sont des associations observées chez des patients malades : elles ne prouvent pas que le rapport soit une cause, ni qu’il faille chercher à l’élever en soi.
Il faut distinguer ce rapport d’autres marqueurs redox. Dans une cohorte de 1 411 patients coronariens suivis en moyenne 4,7 ans, c’est le rapport entre la cystine (forme oxydée de la cystéine) et le glutathion, dosés dans le plasma, qui était associé à la mortalité (risque relatif ajusté de 1,92) (Patel et al., 2015)4. Ce n’est pas le rapport GSH/GSSG : il montre l’intérêt des marqueurs redox à base de thiols, pas la validité de celui-ci.
Enfin, un apport oral de glutathion n’a pas modifié le GSH, le GSSG ni leur rapport dans les globules rouges d’adultes en bonne santé dans un essai contrôlé de 4 semaines portant sur 40 personnes (Allen et Bradley, 2011)5. Ce résultat appelle à la prudence devant les promesses commerciales. Toute décision de complément se discute avec un médecin.
Les analyses à associer
Le glutathion réduit et le glutathion oxydé expliquent d’où vient une variation du rapport. La glutathion peroxydase, enzyme qui consomme le GSH, renseigne sur le fonctionnement du système. La capacité antioxydante totale donne une vue plus globale du pouvoir antioxydant du sang.
À retenir
- Le rapport GSH/GSSG compare la forme active du glutathion à sa forme oxydée pour estimer l’équilibre redox.
- Le sens du rapport varie selon les laboratoires : vérifiez-le sur votre compte rendu.
- Il n’existe pas de norme consensuelle ; chaque laboratoire a ses valeurs, qui dépendent de la méthode.
- L’oxydation du GSH dans le tube peut abaisser artificiellement le rapport.
- Il reste un marqueur de recherche et de contexte, à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études