Ce qui se passe dans le corps
Une coupure. Quelques gouttes de sang. Puis, en silence, un chantier de plusieurs mois commence.
La cicatrisation suit trois étapes qui se chevauchent. D’abord l’inflammation : le sang coagule, les cellules de défense nettoient la plaie. Puis la prolifération : de nouveaux vaisseaux et du collagène, la protéine de soutien de la peau, comblent la brèche. Enfin le remodelage, qui réorganise ces fibres pendant des mois.
Une cicatrice reste rose, parfois épaisse, avant de s’éclaircir. Chez certaines personnes, elle déborde : on parle de cicatrice hypertrophique, ou de chéloïde quand elle dépasse les limites de la plaie.
Les causes les plus fréquentes
Une plaie qui tarde à se fermer a souvent une explication :
- Le tabac : selon une méta-analyse de 140 études publiée dans Archives of Surgery, les fumeurs ont deux fois plus de retards de cicatrisation après une chirurgie ;
- Le diabète, qui perturbe l’apport de sang et la formation de nouveaux vaisseaux, selon une revue publiée dans The Lancet ;
- L’infection, ou une pression et des frottements répétés sur la plaie ;
- Une carence profonde, comme le manque de vitamine C du scorbut, devenu rare.
Le soleil, lui, marque les cicatrices jeunes. Dans un essai publié dans Acta Dermato-Venereologica, des cicatrices exposées aux UV pendant leur formation sont devenues plus pigmentées et plus visibles.
Ce qui aide, selon les études
Premier geste : nettoyer. Une revue Cochrane ne trouve aucune preuve que le sérum physiologique fasse mieux que l’eau du robinet potable pour éviter l’infection, même si ces preuves restent de très faible certitude.
Ensuite, couvrir. Dans un essai publié dans JAMA, sur plus de 1 200 plaies chirurgicales, la vaseline n’a pas donné significativement plus d’infections qu’une pommade antibiotique, et n’a provoqué aucune allergie. Une revue Cochrane rappelle toutefois que les antibiotiques locaux réduisent un peu le risque d’infection.
Dernier réflexe : le tétanos. Selon le Haut Conseil de la santé publique, vous êtes à jour si votre dernière injection date de moins de 20 ans avant 65 ans, de moins de 10 ans ensuite.
Pour la cicatrice elle-même, les recommandations d’experts placent le silicone, en plaque ou en gel, au premier rang pour prévenir les cicatrices épaisses. La revue Cochrane juge pourtant les preuves faibles et exposées aux biais.
Le miel mérite une précision. Selon une revue Cochrane, les pansements au miel raccourcissent de près de cinq jours la cicatrisation des brûlures du deuxième degré, par rapport aux pansements classiques. Pour les autres plaies, les preuves restent faibles.
Plusieurs remèdes populaires échouent en revanche :
- La vitamine E en application : aucun bénéfice, voire une cicatrice moins belle, et un eczéma de contact chez un tiers des patients ;
- Le gel à l’extrait d’oignon : pas mieux que la vaseline dans un essai en double aveugle ;
- Le zinc par la bouche : aucun effet démontré sur les ulcères de jambe.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, sépare deux temps. Juste après la blessure, elle cherche à arrêter le saignement et à disperser la stase de sang, l’ecchymose. Pour une plaie ancienne qui tarde à se fermer, elle emploie des plantes dites « qui font naître la chair ».
La racine de notoginseng (san qi) est citée pour les coups et les saignements. L’astragale (huang qi) et le rhizome de bletilla (bai ji) sont réputés aider à refermer les plaies anciennes. La racine de grémil (zi cao) entre dans une pommade traditionnelle contre les brûlures, le Zi Yun Gao. Aucune de ces plantes n’a fait l’objet d’essais solides sur les plaies, à l’exception d’un essai iranien sur une pommade de grémil dans les brûlures.
La prudence s’impose : une plante au nom proche du notoginseng, le tu san qi, est une cause majeure, en Chine, d’une grave atteinte des petits vaisseaux du foie, et certaines variétés vendues comme grémil contiennent des substances toxiques pour le foie.
Quand consulter
Certaines plaies ne relèvent pas des soins à la maison :
- Une plaie profonde, étendue, qui saigne encore après dix minutes de compression ;
- Une morsure, une plaie souillée ou située au visage, à la main ou sur une articulation ;
- Une vaccination contre le tétanos qui n’est pas à jour ;
- Une rougeur qui s’étend, du pus, une fièvre ou une douleur qui augmente.
Une plaie qui ne se referme pas en plusieurs semaines justifie aussi un avis médical. Votre médecin pourra rechercher un diabète par une glycémie et une hémoglobine glyquée.
À retenir
- Rien ne prouve que le sérum physiologique nettoie mieux qu’une eau du robinet potable ;
- Avant 65 ans, une injection contre le tétanos dans les 20 dernières années suffit ;
- Le tabac double le risque de retard de cicatrisation ;
- La vitamine E en crème n’améliore pas les cicatrices.