Ce qui se passe dans le corps
Les joues s’empourprent sans raison apparente. Un verre de vin, une pièce surchauffée, et le visage s’enflamme. Puis la rougeur finit par s’installer.
Ce tableau correspond souvent à la rosacée, une maladie inflammatoire chronique de la peau du visage. Elle débute fréquemment par des flushs, des rougeurs passagères du centre du visage. Avec le temps, de petits vaisseaux dilatés deviennent visibles : c’est la couperose, que les médecins appellent télangiectasies.
Les gènes y tiennent une part importante. Dans une étude de 275 paires de jumeaux publiée dans JAMA Dermatology, environ la moitié de la sévérité de la rosacée relevait de l’hérédité. L’exposition au soleil sur la vie entière y était aussi associée.
Les causes les plus fréquentes
Toutes les rougeurs ne sont pas une rosacée. Une irritation par un cosmétique, un eczéma, une allergie ou une infection peuvent aussi colorer le visage.
Dans la rosacée, la Société française de dermatologie liste des facteurs déclenchants bien identifiés :
- Le soleil, la chaleur et les changements brusques de température ;
- Les boissons chaudes ou alcoolisées et les plats épicés ;
- Le vent, surtout froid ;
- L’effort intense, les émotions fortes et le stress.
Le café, lui, n’est en cause que par sa température. Dans une cohorte de plus de 80 000 infirmières américaines, publiée dans JAMA Dermatology, les plus grandes consommatrices de café caféiné avaient même un risque de rosacée plus faible. Dans la même cohorte, une autre analyse publiée dans le Journal of the American Academy of Dermatology associe à l’inverse l’alcool à un risque plus élevé, qui croît avec la consommation.
Ce qui aide, selon les études
Le socle repose sur des gestes quotidiens. La Société française de dermatologie juge indispensable une protection solaire systématique. Elle conseille des nettoyants doux, sans alcool ni gommage, et des soins fluides plutôt que des crèmes très riches, qui peuvent brûler ou démanger.
La recommandation germano-suisse sur la rosacée ajoute l’éviction des facteurs déclenchants, puis des traitements adaptés à chaque forme.
Pour la rougeur installée, des gels vasoconstricteurs comme la brimonidine resserrent les vaisseaux pour un temps. Ils ne font pas disparaître la couperose. Les petits vaisseaux visibles relèvent du laser ou de la lumière pulsée, avec des preuves de certitude faible à modérée selon une revue systématique publiée dans le British Journal of Dermatology. Quand des boutons s’ajoutent, l’ivermectine et l’acide azélaïque en crème ont fait la preuve de leur efficacité avec une certitude élevée.
Et l’alimentation ? Une revue publiée dans l’American Journal of Lifestyle Medicine ne trouve aucune preuve de qualité qu’un régime d’éviction améliore la rosacée. Les brumisateurs d’eau thermale, souvent conseillés, ne figurent pas parmi les recommandations de la Société française de dermatologie, et aucun essai contrôlé ne les a évalués seuls, à notre connaissance.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, nomme la rosacée jiu zha bi, le « nez lie-de-vin ». Elle y voit surtout une chaleur du Poumon et de l’Estomac qui monte au visage, ou une chaleur du Sang.
Les plantes associées sont réputées « rafraîchir » : la racine de scutellaire du Baïkal (huang qin), l’écorce de pivoine arbustive (mu dan pi) ou la feuille de néflier du Japon (pi pa ye). Aucune n’a été évaluée seule dans la rosacée. La scutellaire a été associée à de rares atteintes du foie, selon la base LiverTox des instituts de santé américains.
Quand consulter
Certains signes imposent un avis médical sans attendre :
- Une rougeur qui s’étend vite, chaude et douloureuse, avec fièvre ou frissons : une infection de la peau est possible ;
- Un œil rouge et douloureux, ou une vision qui baisse ;
- Un gonflement des lèvres ou des paupières avec gêne pour respirer : appelez le 15.
Hors urgence, des rougeurs qui persistent plusieurs semaines méritent un avis médical, ne serait-ce que pour distinguer une rosacée d’un eczéma ou d’une autre maladie de peau.
À retenir
- Protection solaire quotidienne et soins doux forment la base ;
- Le café n’aggrave la rosacée que par sa chaleur, l’alcool l’aggrave vraiment ;
- Les gels vasoconstricteurs atténuent la rougeur pour un temps, le laser traite la couperose ;
- Une rougeur qui s’étend avec de la fièvre impose une consultation rapide.

