Ce qui se passe dans le corps
La peau tiraille après la douche. Elle gratte, pèle, se fendille au bout des doigts. En hiver, tout s’aggrave.
En cause, la barrière cutanée. La couche la plus superficielle de la peau, la couche cornée, fonctionne comme un mur de briques : des cellules mortes jointes par un ciment de lipides. Quand ce ciment s’appauvrit, l’eau s’évapore et les irritants pénètrent. Les dermatologues parlent alors de xérose.
Le froid et l’air sec affaiblissent cette barrière, selon une revue publiée dans le Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology. Le chauffage intérieur fait le reste.
Les causes les plus fréquentes
- L’âge : la peau âgée se renouvelle et produit ses lipides différemment, sans que la sécheresse soit pour autant « normale » ;
- Les lavages trop fréquents, trop chauds ou au savon ;
- Le climat : froid, vent, air sec, chauffage ;
- Une maladie ou un médicament : eczéma atopique, psoriasis, hypothyroïdie, maladie des reins, diurétiques.
L’hypothyroïdie mérite une mention. La sécheresse de la peau figure parmi ses symptômes les plus fréquents, selon une synthèse publiée dans The Lancet, aux côtés de la fatigue, de la frilosité et de la prise de poids.
Ce qui aide, selon les études
L’essentiel se joue dans la salle de bains. L’Académie américaine de dermatologie recommande :
- Des douches de 5 à 10 minutes, à l’eau tiède ;
- Une crème appliquée dans les minutes qui suivent, sur peau encore humide ;
- Des produits sans parfum ;
- Des gants pour la vaisselle et par temps froid.
Le choix du produit compte aussi. Une prise de position de dermatologues allemands recommande des soins qui associent agents hydratants et lipides, d’autant plus gras que la peau est sèche. L’urée y dispose, de loin, des meilleures preuves. Chez les plus de 50 ans, une revue publiée dans l’International Journal of Nursing Studies confirme l’intérêt des nettoyants doux par rapport au savon.
En cas d’eczéma, la revue Cochrane est nette : les hydratants réduisent la sévérité et espacent les poussées.
Plusieurs idées reçues résistent mal à l’examen. Boire davantage d’eau n’a qu’un effet possible et faible sur l’hydratation de la peau, surtout chez les petits buveurs, selon une revue publiée dans Skin Research and Technology. L’effet des compléments de collagène disparaît dans les études indépendantes de l’industrie, selon une méta-analyse publiée dans The American Journal of Medicine. Et les huiles d’onagre et de bourrache, prises par la bouche, n’ont pas fait mieux qu’un placebo dans l’eczéma (Cochrane).
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, relie la peau au Poumon. Elle décrit la peau sèche comme un vide de Sang qui engendre vent et sécheresse (xue xu feng zao), ou comme un vide de yin, le principe humide et rafraîchissant du corps.
Elle y associe des plantes et des aliments réputés « humidifier la sécheresse » : la racine d’ophiopogon (mai men dong), les graines de sésame noir (hei zhi ma) et la mûre du mûrier blanc (sang shen). Aucun n’a été évalué contre la peau sèche. Le sésame est, en outre, un allergène alimentaire fréquent.
Quand consulter
Une peau sèche relève le plus souvent de soins simples. Consultez sans tarder si :
- Les démangeaisons empêchent de dormir ou des plaques rouges suintent ;
- Des crevasses saignent ou s’infectent ;
- La sécheresse s’accompagne de fatigue, de frilosité et d’une prise de poids inhabituelles ;
- Elle apparaît brutalement après un nouveau médicament.
Selon le contexte, votre médecin pourra demander un dosage de la TSH, l’hormone qui pilote la thyroïde, ou de la créatinine, qui reflète le fonctionnement des reins.
À retenir
- Douche courte à l’eau tiède, crème juste après ;
- L’urée dispose des meilleures preuves parmi les ingrédients hydratants ;
- Boire davantage d’eau n’hydrate guère la peau ;
- Une sécheresse avec fatigue et frilosité justifie un bilan de la thyroïde.