Ce que mesure l’analyse
Le NLR (de l’anglais neutrophil-to-lymphocyte ratio) n’est pas un dosage. C’est un calcul : le nombre de polynucléaires neutrophiles divisé par le nombre de lymphocytes, tous deux issus de la même NFS.
Les neutrophiles forment la première ligne de défense : ils arrivent vite sur un foyer d’infection ou d’inflammation. Les lymphocytes portent la défense dite adaptative, plus lente et ciblée. Le stress et ses hormones, comme le cortisol et l’adrénaline, font monter les neutrophiles et baisser les lymphocytes. Le rapport amplifie donc ces deux mouvements de sens opposé (Zahorec, 2021).
Exemple : 3,0 G/L de neutrophiles et 2,0 G/L de lymphocytes donnent un NLR de 1,5. Le NLR n’a pas d’unité.
Comment se passe le prélèvement
Aucun prélèvement spécifique n’est nécessaire : le NLR se calcule sur une NFS standard, prélevée sur tube EDTA (bouchon violet). Si votre compte rendu ne l’affiche pas, faites le calcul avec les valeurs absolues. Le rapport des pourcentages donne d’ailleurs le même résultat.
Le NLR est très sensible aux conditions du prélèvement :
- l’heure : les neutrophiles culminent en fin d’après-midi et les lymphocytes vers minuit (ANAES, 1997) ;
- l’effort : après un exercice intense et prolongé, les neutrophiles montent et les lymphocytes baissent pendant la récupération (Peake et al., 2017) ;
- le stress aigu, une infection récente, les corticoïdes.
Le délai d’analyse pèse peu : dans l’étude de Forget et al., le NLR est resté stable pendant 48 heures.
Pour suivre votre NLR dans le temps, faites vos prises de sang à la même heure, de préférence le matin, au repos et à distance de toute infection.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence officielle. Deux études de population servent de repère :
- chez 413 adultes actifs en bonne santé de 21 à 66 ans, le NLR moyen était de 1,65, et 95 % des valeurs se situaient entre 0,78 et 3,53 (Forget et al., 2017) ;
- chez 8 711 personnes de 45 ans et plus de l’étude de Rotterdam, aux Pays-Bas, le NLR moyen était de 1,76, avec 95 % des valeurs entre 0,83 et 3,92 (Fest et al., 2018).
Le NLR augmente avec l’âge : 1,63 en moyenne entre 45 et 54 ans, 2,13 après 85 ans. Il est un peu plus élevé chez l’homme (1,88 en moyenne) que chez la femme (1,68). Il atteignait en moyenne 2,24 chez les personnes dont la CRP dépassait 10 mg/L, signe probable d’une infection en cours (Fest et al., 2018).
Vous lirez aussi qu’un NLR « normal » se situe entre 1 et 2, avec une « zone grise » entre 2,3 et 3. Ces seuils viennent d’une revue rédigée par le médecin qui a popularisé ce rapport (Zahorec, 2021). Ce sont des propositions d’auteur, pas un consensus. Ils classeraient hors norme une partie des adultes en bonne santé de l’étude de Forget.
Ce qui compte vraiment :
- la tendance chez vous, mesurée dans des conditions identiques, plus qu’une valeur isolée ;
- les deux composantes : un NLR élevé peut venir de neutrophiles hauts ou de lymphocytes bas, deux situations différentes ;
- le contexte : un NLR élevé au lendemain d’une compétition ou d’un rhume n’a pas le même sens qu’au repos.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent (c). Le NLR est l’un des marqueurs sanguins les plus étudiés, mais aucune autorité de santé ne recommande de l’utiliser seul pour décider d’un diagnostic ou d’un traitement.
Ce qui est démontré :
- en cancérologie, une méta-analyse de 100 études (40 559 patients) associe un NLR élevé à une survie plus courte dans de nombreux cancers solides ; le seuil médian utilisé était de 4 (Templeton et al., 2014) ;
- dans la population générale âgée, un NLR plus élevé est associé, de façon indépendante, à la mortalité toutes causes et cardiovasculaire, mais pas à la mortalité par cancer (Fest et al., 2019) ;
- le NLR monte nettement lors des infections sévères et du sepsis (Zahorec, 2021).
Ce qui ne l’est pas :
- un seuil validé pour décider chez une personne en bonne santé ;
- un bénéfice démontré à chercher à faire baisser son NLR par une intervention précise ;
- la spécificité : le NLR est sensible mais peu spécifique, il monte dans des situations très variées (Zahorec, 2021).
Les seuils publiés varient beaucoup d’une étude à l’autre, car la plupart ont été choisis dans des populations de malades. C’est pour cette raison que des équipes ont cherché des valeurs chez des personnes en bonne santé (Forget et al., 2017 ; Fest et al., 2018).
Les analyses à associer
- Polynucléaires neutrophiles et lymphocytes : ils indiquent quelle composante fait varier le rapport.
- Protéine C réactive ultrasensible : un autre marqueur de l’inflammation, mesuré par une voie différente.
- Globules blancs : replace le rapport dans le nombre total de leucocytes.
À retenir
- Le NLR se calcule sur une NFS : neutrophiles divisés par lymphocytes.
- Chez l’adulte en bonne santé, il se situe le plus souvent entre 0,78 et 3,53.
- Effort, stress, infection, corticoïdes et heure du prélèvement le font varier fortement.
- Les seuils « optimaux » qui circulent ne sont pas un consensus.
- C’est un indicateur de tendance, à interpréter avec un médecin, jamais un diagnostic.