Ce que mesure l’analyse
L’albumine est la principale protéine du sang. Un rein en bonne santé n’en laisse presque pas passer : la barrière du glomérule, formée de la paroi des capillaires, d’une membrane et de cellules appelées podocytes, la retient, et les tubules réabsorbent le peu qui filtre.
Quand cette barrière s’abîme, de l’albumine fuit dans les urines. C’est souvent le premier signe d’une atteinte rénale, avant toute baisse du débit de filtration glomérulaire (DFG). Le diabète et l’hypertension en sont les causes les plus fréquentes.
Doser l’albumine seule dans un échantillon d’urine pose un problème : sa concentration dépend de la quantité d’eau bue. Le rapport albumine sur créatinine urinaire, ou RAC, corrige ce biais. La créatinine urinaire, éliminée à un rythme assez régulier, sert d’étalon de dilution.
Comment se passe le prélèvement
Un simple échantillon d’urine suffit, de préférence les premières urines du matin, recueillies en milieu de jet dans un flacon propre. Pas besoin de recueil sur 24 heures.
- Évitez un effort intense la veille ;
- Reportez le recueil en cas de fièvre, d’infection urinaire ou pendant les règles ;
- Signalez un diabète très déséquilibré au moment du prélèvement.
Ces situations augmentent l’albumine urinaire de façon passagère, d’après les recommandations internationales KDIGO.
Comment lire le résultat
En France, le RAC s’exprime le plus souvent en mg/mmol, parfois en mg/g : 3 mg/mmol correspondent à environ 30 mg/g. La HAS demande aux laboratoires de rendre le résultat selon les trois catégories de KDIGO :
- A1, moins de 3 mg/mmol : normal à légèrement augmenté ;
- A2, de 3 à 30 mg/mmol : modérément augmenté ;
- A3, plus de 30 mg/mmol : sévèrement augmenté.
À l’intérieur de A1, KDIGO précise qu’un RAC inférieur à 1 mg/mmol est considéré comme normal et qu’une valeur de 1 à 3 mg/mmol est dite « normale haute ». Au-delà de 220 mg/mmol, on entre dans la zone dite néphrotique.
Le mot « microalbuminurie », encore présent sur certains comptes rendus, correspond à la catégorie A2. KDIGO recommande de ne plus l’utiliser.
Un résultat anormal doit être confirmé. La HAS demande de répéter les examens dans les trois mois et de rechercher d’autres marqueurs d’atteinte rénale. On ne parle de maladie rénale chronique que si l’anomalie persiste plus de trois mois.
Enfin, le RAC se lit avec le DFG. Ensemble, ils classent la maladie rénale et son risque d’évolution : un DFG normal avec un RAC en A3 n’a pas le même pronostic qu’avec un RAC en A1 (KDIGO).
Ce que dit la science
Niveau de preuve : validé. La HAS a fait du couple créatinine et RAC le socle du dépistage de la maladie rénale chronique chez les personnes à risque : diabète, hypertension, maladie cardiovasculaire athéromateuse, insuffisance cardiaque, notamment. Son premier message aux professionnels tient en une phrase : associer l’albuminurie à la créatininémie.
Les recommandations KDIGO font de l’albuminurie un critère de classement à part entière. Les grandes méta-analyses de cohortes qu’elles synthétisent montrent que le risque d’insuffisance rénale, d’événement cardiovasculaire et de décès augmente avec la catégorie d’albuminurie, à chaque niveau de DFG.
Le RAC est préféré à la bandelette urinaire, dont la réponse dépend de la concentration des urines et qui repère mal une albuminurie modérée (KDIGO). Une bandelette négative ne permet donc pas d’écarter une catégorie A2.
Les analyses à associer
La créatinine et le débit de filtration glomérulaire complètent la classification KDIGO. L’hémoglobine glyquée situe l’équilibre du diabète, principale cause d’albuminurie. L’examen cytobactériologique des urines écarte une infection qui fausserait le résultat.
À retenir
- Le RAC détecte une fuite d’albumine, souvent le premier signe d’une atteinte rénale ;
- Moins de 3 mg/mmol (A1) correspond à la catégorie normale ;
- Un résultat élevé se confirme à distance d’un effort, d’une fièvre ou d’une infection ;
- Il se lit toujours avec le DFG estimé.