Ce que mesure l’analyse
L’acide urique est le produit final de la dégradation des purines. Ces molécules entrent dans la composition de l’ADN et de l’ARN de vos cellules, et de nombreux aliments en contiennent. Une enzyme, la xanthine oxydase, assure la dernière étape de leur transformation en acide urique.
Contrairement à la plupart des mammifères, l’être humain ne possède pas d’enzyme capable de le dégrader davantage. Il doit donc l’éliminer tel quel, surtout par les reins, le reste par l’intestin. Dans le rein, des transporteurs réabsorbent une grande partie de l’acide urique filtré : c’est l’un des réglages de son taux sanguin.
Le dosage mesure sa concentration dans le sang, sous forme d’urate. Un détail physique change tout : au-delà d’un certain niveau, l’urate de sodium peut cristalliser dans les articulations. C’est le mécanisme de la goutte.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude, dosée le plus souvent par une méthode enzymatique à l’uricase. Le contexte des derniers jours compte davantage que l’heure du prélèvement.
- Évitez un effort très long ou intense juste avant ;
- Signalez un jeûne, un régime cétogène ou une déshydratation ;
- Mentionnez vos médicaments, en particulier diurétiques et aspirine ;
- Signalez la prise de N-acétylcystéine, qui peut fausser certaines méthodes.
Chez une personne traitée par rasburicase, un médicament utilisé en cancérologie, le résultat peut être faussement bas (University Hospitals Birmingham) : le laboratoire doit être prévenu pour adapter la prise en charge du tube.
Comment lire le résultat
En France, l’uricémie s’exprime en µmol/L ou en mg/L : 60 mg/L correspondent à 360 µmol/L et 50 mg/L à 300 µmol/L. Les publications américaines utilisent les mg/dL : 6 mg/dL valent 360 µmol/L.
Au laboratoire de biochimie des hôpitaux universitaires d’Oxford (méthode à l’uricase), les valeurs de référence à partir de 9 ans vont de 200 à 430 µmol/L chez l’homme et de 140 à 360 µmol/L chez la femme. Ces bornes, harmonisées au Royaume-Uni, peuvent différer un peu de celles de votre laboratoire.
Une uricémie haute, à elle seule, ne fait pas le diagnostic de goutte. La très grande majorité des personnes hyperuricémiques ne feront jamais de crise (Le Quotidien du médecin, d’après les recommandations de la Société française de rhumatologie). Un traitement hypo-uricémiant n’est d’ailleurs pas indiqué en cas d’hyperuricémie isolée, sans crise de goutte (Vidal).
Chez la personne goutteuse
Le chiffre change de statut : il devient une cible. La Société française de rhumatologie recommande d’abaisser l’uricémie sous 300 µmol/L chez toutes les personnes goutteuses, ou au moins sous 360 µmol/L si la première cible ne peut pas être atteinte, et de la maintenir à vie (Joint Bone Spine). L’objectif : dissoudre les cristaux. Les recommandations européennes de l’EULAR visent 360 µmol/L pour tous et 300 µmol/L dans les formes sévères (Annals of the Rheumatic Diseases).
Ce que dit la science
Le dosage est au cœur des recommandations françaises et européennes sur la goutte : son niveau de preuve est validé pour cet usage.
Ses déterminants sont bien connus. L’alimentation riche en purines, l’alcool, les boissons sucrées, le surpoids, la fonction rénale et les médicaments pèsent lourd. Les diurétiques thiazidiques et de l’anse ainsi que l’aspirine l’augmentent (Le Quotidien du médecin) ; le losartan et la metformine contribuent au contraire à la faire baisser (Vidal).
La Société française de rhumatologie recommande aussi de rechercher et de prendre en charge, chez les personnes goutteuses, les facteurs de risque cardiovasculaire, le syndrome métabolique et la maladie rénale chronique (Joint Bone Spine). L’uricémie est donc souvent l’entrée d’un bilan plus large.
À l’inverse, une uricémie très basse n’est pas toujours anodine. L’hypo-uricémie rénale héréditaire, liée à une fuite d’acide urique par le rein, expose à des insuffisances rénales aiguës après un effort intense. Dans une enquête japonaise portant sur 54 patients, surtout des hommes jeunes, les épisodes survenaient le plus souvent après un effort bref et violent, comme une course de vitesse (Nephrology Dialysis Transplantation).
Les analyses à associer
Le débit de filtration glomérulaire vérifie l’élimination rénale. L’uricurie, dosée dans les urines, aide à distinguer une production excessive d’un défaut d’élimination. La glycémie à jeun et les triglycérides situent le terrain métabolique, fréquemment associé.
À retenir
- L’acide urique provient de la dégradation des purines et s’élimine surtout par les reins ;
- Une valeur haute n’est pas une goutte : la plupart des personnes hyperuricémiques n’en feront jamais ;
- Chez la personne goutteuse, la SFR vise moins de 300 µmol/L, ou au moins moins de 360 ;
- Une valeur très basse chez un sportif mérite aussi d’en parler à un médecin.