Ce que mesure l’analyse
La bandelette urinaire est une languette portant plusieurs petites plages imprégnées de réactifs. Trempée dans l’urine, chaque plage change de couleur selon une réaction chimique précise. La lecture se fait à l’œil, en comparant à une échelle de couleurs, ou avec un petit lecteur automatique.
Les plages les plus utiles :
- Leucocytes : une enzyme des globules blancs, l’estérase leucocytaire, signale une inflammation des voies urinaires ;
- Nitrites : certaines bactéries, surtout les entérobactéries comme Escherichia coli, transforment les nitrates des urines en nitrites ;
- Sang : la plage réagit à l’hémoglobine, mais aussi à la myoglobine, une protéine des muscles ;
- Protéines : elle détecte surtout l’albumine ;
- Glucose et corps cétoniques : ils signalent un sucre trop élevé dans le sang ou un organisme qui brûle beaucoup de graisses ;
- pH et densité : ils renseignent sur l’acidité et la concentration des urines.
La bandelette ne mesure rien précisément. Elle donne un résultat semi-quantitatif : négatif, traces, une à plusieurs croix.
Comment se passe le prélèvement
De préférence sur les premières urines du matin, recueillies en milieu de jet dans un récipient propre, après une toilette locale. Le temps de lecture indiqué par le fabricant doit être respecté.
- Les urines doivent avoir séjourné au moins 4 heures dans la vessie pour que les nitrites apparaissent ;
- Évitez le test pendant les règles, qui rendent la plage sang positive ;
- Signalez une prise de vitamine C, qui peut masquer le sang et le glucose ;
- Utilisez des bandelettes non périmées, conservées dans leur flacon fermé.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur chiffrée : chaque plage se lit négative ou positive, avec un degré de positivité. Ce qui compte, c’est la combinaison des plages et le contexte.
Leucocytes et nitrites
C’est l’usage principal. Selon les recommandations françaises de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF), la plage nitrites vire quand les entérobactéries atteignent environ 100 000 bactéries par millilitre. Les autres bactéries fréquentes des infections urinaires ne produisent pas de nitrites.
La lecture dépend du sexe. Chez la femme qui a des symptômes, une bandelette négative pour les leucocytes et les nitrites a une valeur prédictive négative de plus de 95 %, en dehors d’une immunodépression grave : elle doit faire chercher un autre diagnostic. Chez l’homme, une bandelette positive a une valeur prédictive positive de plus de 90 %, mais une bandelette négative n’écarte pas l’infection (SPILF).
Pour une cystite simple de la femme, la bandelette est le seul examen recommandé. Dans les autres situations, un examen cytobactériologique des urines (ECBU) reste indispensable (SPILF, HAS).
Sang, protéines, glucose et cétones
Une plage sang positive se confirme par un examen au microscope au laboratoire. Des protéines à la bandelette se quantifient par un rapport sur échantillon, car la réponse de la plage dépend de la concentration des urines (KDIGO). Un glucose positif se rapproche de la glycémie. Les corps cétoniques sont attendus lors d’un jeûne ou d’un régime cétogène ; associés à du glucose chez une personne diabétique, ils justifient un avis médical rapide.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : validé pour ses indications. La SPILF et la HAS en font l’outil de diagnostic de la cystite simple de la femme. La SPILF le recommande aussi pour dépister chaque mois une colonisation urinaire chez la femme enceinte à partir du 4e mois, sauf chez les femmes à haut risque d’infection, qui ont d’emblée un ECBU.
Ses limites sont bien connues. Dans une étude publiée dans Clinical Chemistry, près d’un échantillon d’urine de routine sur quatre contenait assez de vitamine C pour interférer, et même de faibles doses de vitamine C ou de jus de fruits suffisaient à rendre faussement négatives les plages sang et glucose.
Pour dépister une maladie rénale chronique, la HAS et KDIGO préfèrent le rapport albumine sur créatinine urinaire, plus fiable que la plage protéines pour repérer une fuite modérée d’albumine.
Les analyses à associer
L’examen cytobactériologique des urines confirme une infection et identifie la bactérie. Le rapport albumine sur créatinine urinaire quantifie une fuite de protéines. La glycémie à jeun explore un glucose positif. La myoglobine, dosée dans le sang, aide à interpréter une plage sang positive après un effort intense.
À retenir
- La bandelette oriente, elle ne mesure pas ;
- Chez la femme, une bandelette négative rend une cystite peu probable ;
- Chez l’homme, une bandelette négative n’écarte pas une infection ;
- Vitamine C, règles et urines trop récentes faussent le résultat.