Ce que mesure la citraturie
La citraturie est la quantité de citrate éliminée dans les urines en 24 heures. Le citrate est un intermédiaire du métabolisme énergétique des cellules. Le rein le filtre, puis en récupère la plus grande partie dans le tubule proximal, la première portion du tubule rénal.
Cette récupération dépend de l’équilibre acido-basique. Quand l’organisme doit éliminer beaucoup d’acides, le rein retient davantage de citrate, qu’il transforme en bicarbonate, un tampon. Le citrate urinaire baisse alors. À l’inverse, un apport de bases, comme les fruits et les légumes, fait monter le citrate urinaire.
Dans l’urine, le citrate joue un rôle protecteur. Il se lie au calcium et freine la formation et l’agrégation des cristaux d’oxalate et de phosphate de calcium. Une hypocitraturie, c’est-à-dire un citrate urinaire trop bas, est donc un facteur de risque de calculs.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage se fait sur les urines de 24 heures. L’Association européenne d’urologie (EAU) recommande deux recueils de 24 heures consécutifs pour un bilan métabolique, car les valeurs varient d’un jour à l’autre.
- Au réveil, urinez dans les toilettes et notez l’heure : c’est le début du recueil ;
- Recueillez ensuite toutes les urines du jour et de la nuit, y compris celles du lendemain à la même heure ;
- Conservez le flacon au frais ou avec le conservateur fourni, selon les consignes du laboratoire.
L’EAU conseille de faire ce bilan au moins 20 jours après une colique néphrétique, idéalement vers 3 mois, chez une personne stable, sans infection, qui a repris son alimentation et ses boissons habituelles. Le laboratoire mesure aussi la créatinine urinaire. Celle-ci étant produite à un rythme assez stable, elle permet de vérifier que le recueil est complet.
Comment lire le résultat
Selon l’EAU, on parle d’hypocitraturie en dessous de 1,7 mmol par 24 heures chez l’homme et de 1,9 mmol par 24 heures chez la femme. Certains laboratoires expriment le résultat en milligrammes : vérifiez l’unité de votre compte rendu.
Un citrate bas n’est pas une maladie en soi. C’est un élément du profil de risque, à lire avec le volume d’urine, le pH, le calcium, l’oxalate et l’acide urique. L’EAU rappelle qu’une hypocitraturie peut être sans cause retrouvée, ou secondaire à une acidose métabolique ou à une baisse du potassium sanguin. Chez les personnes qui font des calculs de calcium, elle est retrouvée dans 5 à 29 % des cas selon les séries citées par l’EAU.
Ce que dit la science
Le dosage du citrate urinaire fait partie du bilan métabolique recommandé par l’EAU chez les personnes à haut risque de récidive : son niveau de preuve est « a ». Les recommandations prévoient une prise en charge spécifique quand une hypocitraturie est confirmée ; elle relève de votre médecin.
L’alimentation pèse lourd. Selon l’EAU, un excès de protéines animales abaisse le citrate urinaire et acidifie les urines, et un excès de sel réduit aussi le citrate. Une étude publiée dans l’American Journal of Kidney Diseases l’illustre : chez dix volontaires, deux semaines de régime très pauvre en glucides et riche en protéines ont fait passer la citraturie moyenne de 3,98 à 2,34 mmol par jour. Elle est un peu remontée ensuite, sans revenir à sa valeur de départ.
Les maladies digestives avec diarrhée chronique entraînent une perte de bases et abaissent souvent le citrate. L’EAU cite aussi les diurétiques thiazidiques parmi les médicaments qui peuvent le faire baisser.
Les analyses à associer
Le pH urinaire, la calciurie et l’oxalurie complètent le profil de risque de calculs de calcium. L’analyse du calcul, quand il a pu être récupéré, oriente toute l’interprétation.
À retenir
- Le citrate urinaire freine la cristallisation du calcium ;
- L’EAU parle d’hypocitraturie sous 1,7 mmol/24 h chez l’homme et 1,9 mmol/24 h chez la femme ;
- Une charge acide élevée, notamment un régime riche en protéines animales, le fait baisser ;
- Le dosage se fait sur des urines de 24 heures complètes, à distance d’une crise.