Ce que mesure l’ECBU
L’examen cytobactériologique des urines (ECBU) se déroule en deux temps. L’examen cytologique compte les cellules présentes dans l’urine, au microscope ou avec un automate : leucocytes (globules blancs), hématies (globules rouges), cellules de la paroi urinaire et cristaux. L’examen bactériologique met ensuite l’urine en culture. Il dénombre les bactéries en unités formant colonies par millilitre (UFC/mL), c’est-à-dire en nombre de bactéries vivantes capables de se multiplier, puis il les identifie.
Quand une bactérie pousse en quantité significative, le laboratoire réalise un antibiogramme : il teste sa sensibilité à plusieurs antibiotiques. Le médecin peut ainsi choisir la molécule la plus ciblée possible, ce qui limite l’apparition de résistances.
La présence de globules blancs dans l’urine s’appelle la leucocyturie. Elle traduit une réaction inflammatoire de l’appareil urinaire. La présence de bactéries s’appelle la bactériurie. Une infection associe en général les deux, avec des symptômes.
Comment se passe le prélèvement
La qualité du recueil fait la fiabilité du résultat. Selon les consignes du laboratoire Synlab, l’urine doit idéalement avoir séjourné au moins 4 heures dans la vessie, et le recueil se fait avant toute prise d’antibiotique. Les urines du réveil conviennent bien.
- Lavez-vous les mains, puis faites une toilette soigneuse avec la lingette ou l’antiseptique fourni ;
- Éliminez le premier jet dans les toilettes, puis recueillez la suite, appelée milieu de jet, dans le flacon stérile, sans toucher son bord ;
- Refermez, identifiez le flacon et notez l’heure du recueil.
Le flacon doit arriver au laboratoire dans les 2 heures. Sinon, il se garde au réfrigérateur, entre +2 et +8 °C, 24 heures au maximum. À température ambiante, les bactéries se multiplient et faussent le comptage. Certains flacons contiennent un conservateur qui modifie ces délais : suivez les consignes de votre laboratoire.
Comment lire le résultat
Les seuils viennent des recommandations de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Pour la leucocyturie, le seuil retenu est de 10 000 globules blancs par mL en microscopie classique. Il peut varier un peu avec les automates : fiez-vous aux valeurs de référence imprimées sur votre compte rendu. Chez l’homme, la mise à jour la plus récente des recommandations retient une leucocyturie d’au moins 30 000 par mL.
Pour la bactériurie, le seuil dépend de l’espèce et du sexe :
- Escherichia coli et Staphylococcus saprophyticus : 1 000 UFC/mL chez la femme comme chez l’homme ;
- Autres entérobactéries, entérocoque, Pseudomonas aeruginosa, Staphylococcus aureus : 10 000 UFC/mL chez la femme et 1 000 UFC/mL chez l’homme ;
- Femme enceinte sans symptôme : la colonisation se définit par une seule espèce à au moins 100 000 UFC/mL.
Ces seuils restent des repères. La SPILF rappelle que les signes cliniques priment : une infection évidente avec une bactériurie un peu sous le seuil reste une infection. À l’inverse, des bactéries sans aucun symptôme correspondent le plus souvent à une colonisation urinaire, autrefois appelée bactériurie asymptomatique. Elle ne se traite pas, sauf pendant la grossesse et avant un geste urologique programmé.
Plusieurs espèces différentes dans la culture évoquent plutôt une contamination du flacon. Des globules blancs sans bactérie doivent faire penser à un antibiotique déjà pris, à un germe qui ne pousse pas sur les milieux de culture usuels, ou à une inflammation sans infection.
Ce que dit la science
L’ECBU a un niveau de preuve élevé : il occupe une place centrale dans les recommandations françaises. Il est indiqué devant toute suspicion d’infection urinaire, sauf la cystite simple de la femme. Dans ce cas, la bandelette urinaire suffit, car sa valeur prédictive négative dépasse 95 % : une bandelette négative rend une infection très peu probable. Chez l’homme, la bandelette a une bonne valeur prédictive positive, mais elle ne permet pas d’écarter une infection. Les recommandations les plus récentes demandent donc un ECBU avant tout antibiotique, cystite comprise.
Un ECBU de contrôle est inutile après une infection qui évolue bien. Il risquerait de découvrir une colonisation sans conséquence et d’entraîner un traitement inutile.
Chez le sportif, une revue publiée dans European Urology Focus montre que l’effort augmente la perméabilité des glomérules, les filtres du rein. Il en résulte souvent une hématurie microscopique, proportionnelle à l’intensité de l’exercice. Cette hématurie d’effort n’est pas une infection. Les auteurs rappellent toutefois qu’un sang dans les urines qui persiste ou qui suit un choc doit être exploré.
Les analyses à associer
La bandelette urinaire oriente avant l’ECBU en détectant les globules blancs et les nitrites, produits par les entérobactéries. En cas de pyélonéphrite à risque de complication, la SPILF conseille aussi une numération des globules blancs, une protéine C réactive et une créatinine, pour juger de l’inflammation et du fonctionnement des reins.
À retenir
- L’ECBU associe un comptage des cellules et une culture suivie d’un antibiogramme ;
- Un recueil en milieu de jet, après toilette et avant tout antibiotique, conditionne la fiabilité ;
- Les seuils de bactériurie dépendent du germe et du sexe ;
- Les symptômes priment toujours sur les chiffres ;
- Des bactéries sans symptôme ne justifient en général aucun traitement, sauf pendant la grossesse.