Ce que mesure l’analyse
La cystatine C est une petite protéine fabriquée en continu par toutes les cellules qui possèdent un noyau. Elle freine certaines enzymes qui dégradent les protéines, les cystéine protéases.
Sa production est stable. Le glomérule, le filtre du rein, la laisse passer librement ; les cellules des tubules la réabsorbent ensuite et la détruisent, si bien qu’elle ne retourne pas dans le sang. Son taux sanguin dépend donc surtout de la filtration rénale. Quand le débit de filtration glomérulaire (DFG) baisse, elle s’accumule.
Son atout tient en une phrase : contrairement à la créatinine, elle dépend peu de la masse musculaire et de l’alimentation.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude. Le dosage utilise des anticorps fixés sur de fines particules : en se liant à la cystatine C, ils forment des agrégats qui troublent l’échantillon, et l’appareil mesure ce trouble (immunoturbidimétrie ou néphélométrie).
Un progrès a rendu les résultats comparables : un matériau de référence international, l’ERM-DA471/IFCC, sert désormais à étalonner les méthodes (Clinical Chemistry and Laboratory Medicine). L’enjeu est concret : dans un hôpital de l’AP-HP, le passage à cet étalonnage a relevé les résultats d’environ 11 % sur un automate. Pour suivre votre évolution, restez si possible dans le même laboratoire.
- Signalez un traitement par corticoïdes ;
- Mentionnez une maladie de la thyroïde connue ;
- Évitez si possible un prélèvement pendant une infection aiguë.
Comment lire le résultat
La cystatine C s’exprime en mg/L. Au laboratoire Risch, avec la méthode immunoturbidimétrique de Roche, les valeurs de référence de l’adulte vont de 0,61 à 0,95 mg/L. Les bornes varient selon la méthode : fiez-vous à celles de votre compte rendu.
Seule, elle sert rarement. Le laboratoire la combine le plus souvent à la créatinine pour calculer un DFG estimé par l’équation CKD-EPI créatinine et cystatine C.
En France, ce dosage plus coûteux est réservé à des situations de deuxième intention : affiner un DFG modérément diminué, contourner une interférence sur la créatinine, évaluer les reins quand la masse musculaire est réduite (enfant, cirrhose, personne âgée ou dénutrie), selon le manuel de prélèvement de l’hôpital Bichat (AP-HP).
Ce qui la fait varier en dehors des reins
Une grande analyse publiée dans Kidney International a montré qu’à DFG égal, la cystatine C est un peu plus basse chez la femme et chez les personnes plus âgées, et plus haute en cas de diabète, d’inflammation (CRP et globules blancs élevés) ou d’albumine sanguine basse. Les recommandations KDIGO ajoutent les troubles de la thyroïde, les corticoïdes, l’obésité et le tabac. L’hyperthyroïdie l’augmente ; l’hypothyroïdie la diminue.
Ce que dit la science
Son niveau de preuve est élevé pour un usage en complément de la créatinine. Dans le New England Journal of Medicine, l’équation associant créatinine et cystatine C s’est montrée plus précise que celles fondées sur un seul des deux marqueurs. Un travail plus récent, dans la même revue, a confirmé cet avantage avec des équations sans coefficient ethnique.
Les recommandations internationales KDIGO en tirent une règle simple : quand le DFG estimé par la créatinine est moins fiable et qu’une décision en dépend, utiliser l’estimation associée. Elles suggèrent aussi la cystatine C pour confirmer une maladie rénale chez un adulte classé entre 45 et 59 mL/min/1,73 m² sans autre signe d’atteinte rénale.
Ses limites existent. Thyroïde, corticoïdes, inflammation et tabac la modifient indépendamment des reins. Aucun marqueur n’est parfait : c’est justement pourquoi l’association des deux fait mieux que chacun.
Les analyses à associer
La créatinine et le débit de filtration glomérulaire sont ses compagnons naturels. Le rapport albumine sur créatinine urinaire complète l’évaluation du rein. La TSH vérifie que la thyroïde ne fausse pas le résultat.
À retenir
- La cystatine C reflète la filtration rénale et dépend peu des muscles ;
- Elle complète la créatinine chez le sportif très musclé, la personne âgée ou dénutrie ;
- Thyroïde, corticoïdes, inflammation et tabac peuvent la fausser ;
- Associée à la créatinine, elle donne le DFG estimé le plus précis.