Ce que mesure le pH urinaire
Le pH mesure l’acidité d’une solution sur une échelle logarithmique : plus il est bas, plus l’urine est acide. Le pH urinaire reflète le travail du rein sur l’équilibre acido-basique. Chaque jour, l’alimentation et le métabolisme produisent des acides. Le rein les élimine sous forme d’ions hydrogène, liés surtout à l’ammonium et aux phosphates, et il récupère le bicarbonate, principal tampon du sang. C’est grâce à ce travail que le pH du sang reste stable, alors que celui des urines varie beaucoup.
Le pH urinaire compte pour les calculs, car la solubilité de plusieurs substances en dépend. L’acide urique cristallise surtout en urine acide. À l’inverse, le phosphate de calcium sous forme de carbonate apatite commence à cristalliser vers un pH de 6,8, et la struvite, typique des calculs d’infection, au-delà de 7,2, selon l’Association européenne d’urologie (EAU). La cystine devient plus soluble quand l’urine est alcaline.
Comment se passe le prélèvement
Le pH se mesure sur un échantillon frais, par bandelette ou au pH-mètre. La bandelette est rapide mais moins précise. Pour un bilan de calculs, l’EAU s’appuie sur les urines du matin et sur les urines de 24 heures. Elle conseille d’analyser l’urine rapidement après le recueil pour limiter les erreurs. Si le flacon de 24 heures contient de l’acide borique comme conservateur, le pH ne peut plus être mesuré correctement : le choix du flacon se fait avec le laboratoire.
Mangez comme d’habitude les jours précédents. Signalez vos traitements : acétazolamide, chlorure d’ammonium, citrate de potassium, bicarbonate de sodium, diurétiques thiazidiques ou méthénamine modifient le résultat. N’arrêtez rien sans avis médical.
Comment lire le résultat
MedlinePlus, le site de la Bibliothèque nationale de médecine américaine, situe les valeurs habituelles entre 4,6 et 8,0. Cet intervalle large montre qu’un pH isolé a peu de sens. Ce qui compte, c’est un pH qui reste dans une zone donnée sur plusieurs mesures. L’EAU retient ces seuils d’alerte dans le bilan des calculs :
- Moins de 5,5 de façon répétée, le matin et sur 24 heures : arrêt acide, qui favorise l’acide urique ;
- Plus de 5,8 le matin à jeun et plus de 6,2 sur 24 heures, de façon répétée : acidose tubulaire rénale à évoquer, une fois une infection écartée ;
- Plus de 7,0 de façon répétée : infection urinaire à rechercher.
Entre ces seuils, le pH reflète surtout votre alimentation. Les fruits, les légumes et les laitages non fromagers l’élèvent ; la viande, le poisson et le fromage l’abaissent.
Ce que dit la science
Dans le bilan des calculs rénaux et des troubles de l’acidification, la mesure du pH urinaire fait partie des recommandations de l’EAU : son niveau de preuve est « a » dans cette indication. Une étude publiée dans l’American Journal of Kidney Diseases a montré l’effet de l’alimentation. Chez dix volontaires, deux semaines de régime très pauvre en glucides et riche en protéines ont fait passer le pH urinaire moyen de 6,09 à 5,56. Le régime a aussi abaissé le citrate urinaire, augmenté le calcium urinaire et plus que doublé la saturation des urines en acide urique non dissocié.
Le pH urinaire est souvent présenté comme un moyen de vérifier qu’un régime « alcalinisant » rendrait l’organisme moins « acide ». Cet usage n’est pas validé. Le pH urinaire montre ce que le rein élimine, pas l’état acide ou basique de vos tissus : le pH du sang, lui, reste maintenu dans une fourchette étroite. Le suivre à la maison n’a d’intérêt que dans un cadre médical, par exemple pendant une alcalinisation prescrite pour des calculs d’acide urique ou de cystine.
Les analyses à associer
Le bicarbonate sanguin indique une acidose ou une alcalose. La citraturie et l’uricurie complètent le profil de risque de calculs. L’analyse d’un calcul expulsé dit quel pH est en cause.
À retenir
- Le pH urinaire reflète l’alimentation et le travail du rein sur les acides ;
- Une mesure isolée compte peu : seule une tendance répétée a une valeur ;
- Sous 5,5 de façon durable, il favorise les calculs d’acide urique ;
- Au-dessus de 7,0 de façon durable, il doit faire rechercher une infection ;
- Il ne mesure pas l’« acidité » de l’organisme.