Ce que mesure l’uricurie
L’uricurie est la quantité d’acide urique éliminée dans les urines en 24 heures. L’acide urique est le produit final de la dégradation des purines, des composants de l’ADN et de l’ARN. Il provient de deux sources : les purines de l’alimentation, abondantes dans les abats, certaines viandes et certains poissons, et celles libérées par le renouvellement de nos propres cellules. L’être humain ne possède pas l’enzyme qui dégrade l’acide urique : le rein en élimine la plus grande partie.
Dans l’urine, l’acide urique existe sous deux formes. En urine acide, il reste sous forme peu soluble et cristallise facilement. En urine moins acide, il passe sous forme d’urate, beaucoup plus soluble. C’est pourquoi le pH urinaire compte autant que la quantité d’acide urique pour le risque de calcul.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage se fait sur les urines de 24 heures. L’Association européenne d’urologie (EAU) recommande deux recueils consécutifs pour un bilan métabolique.
- Faites le bilan au moins 20 jours après une colique néphrétique, idéalement vers 3 mois, sans infection en cours ;
- Gardez votre alimentation habituelle : un repas très riche en purines ou un jeûne changent le résultat ;
- Signalez vos traitements, notamment ceux qui agissent sur l’acide urique ;
- Suivez les consignes du laboratoire pour la conservation du flacon.
Comment lire le résultat
L’EAU définit l’hyperuricosurie, c’est-à-dire un excès d’acide urique urinaire, ainsi :
- Plus de 4 mmol/24 h chez la femme adulte ;
- Plus de 5 mmol/24 h chez l’homme adulte ;
- Plus de 0,12 mmol par kilo et par 24 heures chez l’enfant.
Le même texte de l’EAU cite aussi, à propos des calculs d’oxalate de calcium, des valeurs de 4,5 et 4,7 mmol/24 h à partir desquelles l’acide urique favoriserait la cristallisation. Ces seuils proches montrent qu’il s’agit de repères, pas de frontières nettes. Certains laboratoires expriment le résultat en milligrammes : vérifiez l’unité.
L’uricurie se lit toujours avec le pH urinaire. Selon l’EAU, un pH habituellement sous 5,5 oriente vers des calculs d’acide urique, souvent même sans hyperuricosurie. Un pH au-dessus de 5,5 avec une hyperuricosurie oriente plutôt vers des calculs d’oxalate de calcium favorisés par l’acide urique.
Ce que dit la science
L’uricurie fait partie du bilan métabolique recommandé par l’EAU : son niveau de preuve est « a ». Selon les séries citées par l’EAU, une hyperuricosurie est retrouvée chez 15 à 46 % des adultes qui font des calculs de calcium. Les calculs d’acide urique représentent environ 10 % des calculs rénaux. Ils sont liés à une hyperuricosurie ou, très souvent, à des urines trop acides. L’EAU cite parmi les causes d’urines trop acides la résistance à l’insuline, le syndrome métabolique, la goutte, l’acidose lactique d’effort, les apports élevés en protéines animales et la diarrhée chronique.
L’EAU juge en revanche faible le lien entre un acide urique sanguin élevé et les calculs. Un acide urique sanguin élevé ne suffit donc pas à prédire un calcul : c’est le couple uricurie et pH urinaire qui compte.
L’alimentation modifie fortement ce couple. Une étude publiée dans l’American Journal of Kidney Diseases a montré qu’un régime très pauvre en glucides et riche en protéines faisait plus que doubler la saturation des urines en acide urique peu soluble, en partie parce qu’il acidifiait les urines.
Les analyses à associer
L’acide urique sanguin, le pH urinaire et l’analyse du calcul forment le trio de base. La créatinine urinaire vérifie que le recueil est complet.
À retenir
- L’acide urique vient des purines de l’alimentation et du renouvellement des cellules ;
- L’EAU parle d’hyperuricosurie au-delà de 4 mmol/24 h chez la femme et 5 mmol/24 h chez l’homme ;
- Le pH urinaire compte autant que la quantité d’acide urique ;
- Un régime riche en protéines animales augmente l’uricurie et acidifie les urines.