Ce que mesure l’analyse
La protéinurie des 24 heures mesure la quantité totale de protéines éliminées dans les urines en une journée. Un rein sain en laisse passer très peu : moins de 150 mg par jour, selon les recommandations internationales KDIGO.
Ces protéines n’ont pas toutes la même origine. Quand le filtre du rein, le glomérule, est abîmé, c’est surtout l’albumine qui fuit : on parle de protéinurie glomérulaire. Quand les tubules réabsorbent mal, de petites protéines apparaissent : c’est la protéinurie tubulaire. Enfin, l’excès de certaines protéines dans le sang, comme les chaînes légères d’immunoglobulines dans un myélome, peut déborder dans les urines.
Mesurer les protéines totales capte ces trois mécanismes, là où le dosage de l’albumine ne voit que le premier.
Comment se passe le prélèvement
Tout repose sur un recueil complet des urines pendant exactement 24 heures, dans le récipient fourni par le laboratoire.
- Au lever, urinez dans les toilettes et notez l’heure : c’est le départ ;
- Recueillez ensuite toutes les urines du jour et de la nuit ;
- Le lendemain, à la même heure, urinez une dernière fois dans le récipient ;
- Gardez le récipient au frais pendant le recueil et apportez-le rapidement au laboratoire.
Un oubli suffit à fausser le résultat. Le laboratoire dose souvent la créatinine des 24 heures pour vérifier que le recueil est complet. Choisissez une journée calme : un effort intense, une fièvre, une infection urinaire ou les règles peuvent augmenter les protéines urinaires de façon passagère.
Comment lire le résultat
En France, le résultat s’exprime en g/24 h. Les recommandations KDIGO distinguent trois niveaux :
- Moins de 0,15 g/24 h : normal à légèrement augmenté ;
- De 0,15 à 0,5 g/24 h : modérément augmenté ;
- Plus de 0,5 g/24 h : sévèrement augmenté.
Au-delà de 3 g/24 h, la protéinurie est dite de niveau néphrotique. Associée à une albumine sanguine inférieure à 30 g/L, elle définit le syndrome néphrotique, selon le protocole national de diagnostic et de soins publié par la HAS sur la glomérulonéphrite extramembraneuse. Le même document admet un équivalent sur échantillon : un rapport protéines sur créatinine urinaire supérieur à 300 mg/mmol.
Un résultat élevé ne dit pas d’où viennent les protéines. Le médecin s’appuie sur le contexte, l’albumine urinaire, la présence de sang dans les urines et parfois une électrophorèse des protéines urinaires.
Une alternative plus simple
Le recueil de 24 heures est contraignant et souvent incomplet. Pour le dépistage et le suivi, KDIGO privilégie un rapport mesuré sur un simple échantillon : le rapport albumine sur créatinine, ou à défaut le rapport protéines sur créatinine, normal en dessous de 15 mg/mmol. La protéinurie des 24 heures garde sa place quand une quantification précise est nécessaire, par exemple dans les maladies glomérulaires.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : validé. La protéinurie est un marqueur d’atteinte rénale reconnu par la HAS et par KDIGO, et un facteur de pronostic : plus elle est abondante, plus le risque d’évolution de la maladie rénale est élevé.
La méthode a toutefois ses limites pratiques. Les erreurs de recueil sont fréquentes, et le résultat dépend de l’activité de la journée. Chez l’adolescent et le jeune adulte, la station debout prolongée peut provoquer une protéinurie dite orthostatique, sans gravité, absente des urines de la nuit : un recueil séparé du jour et de la nuit permet de la reconnaître.
Enfin, la bandelette urinaire ne remplace pas ce dosage. Sa réponse dépend de la concentration des urines (KDIGO), et elle détecte surtout l’albumine.
Les analyses à associer
Le rapport albumine sur créatinine urinaire précise la part d’albumine. L’albumine sanguine, avec la protéinurie, permet de parler de syndrome néphrotique. Le débit de filtration glomérulaire situe la fonction rénale. L’électrophorèse des protéines sériques recherche une protéine anormale, comme dans le myélome.
À retenir
- Un rein sain élimine moins de 0,15 g de protéines par 24 heures ;
- Le recueil doit être complet et fait sur une journée calme ;
- Au-delà de 3 g/24 h, on parle de niveau néphrotique ;
- Un rapport sur échantillon d’urine est souvent plus simple pour le suivi.