Ce que mesure l’analyse
Les produits de glycation avancée, ou AGE (de l’anglais advanced glycation end products), se forment quand des sucres se fixent aux protéines sans intervention d’une enzyme. Ce processus est lent. Il touche surtout les protéines qui vivent longtemps, comme le collagène de la peau et des vaisseaux. Les AGE s’accumulent donc au fil des années, plus vite quand la glycémie reste haute.
Selon Meerwaldt et ses collègues (Diabetologia, 2004), cette accumulation jouerait un rôle dans les complications chroniques du diabète et de l’insuffisance rénale. Jusque-là, la mesurer exigeait un prélèvement invasif, comme une biopsie de peau. Or plusieurs AGE émettent une fluorescence propre quand on les éclaire. Les chercheurs en ont tiré un appareil qui mesure l’autofluorescence cutanée, sans prélèvement.
La fiche est classée parmi les analyses de sang, mais la mesure la plus utilisée se fait sur la peau. Les dosages d’AGE précis restent des outils de laboratoire de recherche.
Comment se passe la mesure
Vous posez l’avant-bras sur l’appareil quelques instants. Une lumière d’une longueur d’onde de 300 à 420 nanomètres éclaire la peau ; l’appareil mesure la lumière renvoyée entre 420 et 600 nanomètres. Le résultat est un rapport entre ces deux lumières, exprimé en unités arbitraires (UA).
La couleur de la peau compte : Meerwaldt précise que la méthode a d’abord été validée sur des peaux peu pigmentées. L’appareil utilisé pour les valeurs de référence publiées est l’AGE Reader de DiagnOptics, une société de Groningue, aux Pays-Bas.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de seuil consensuel ; nous ne donnons donc pas de repère chiffré. Koetsier et ses collègues (Diabetes Technology and Therapeutics, 2010) ont établi des valeurs de référence chez 428 adultes caucasiens en bonne santé. L’autofluorescence augmente d’environ 0,023 UA par an jusqu’à 70 ans. Le tabac l’élève d’environ 0,16 UA. Le sexe ne change rien chez les non-fumeurs ; chez les fumeurs, les femmes ont environ 0,2 UA de plus que les hommes.
Une valeur se lit donc toujours par rapport à votre âge et à votre statut tabagique, avec l’appareil qui a servi aux références.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. La méthode est validée sur le plan technique : chez 46 personnes diabétiques et 46 témoins, l’autofluorescence était corrélée aux AGE dosés sur biopsie de peau, comme la pentosidine et la carboxyméthyl-lysine (corrélations de 0,47 à 0,62). Elle dépassait les valeurs des témoins chez 70 % des personnes diabétiques et suivait l’âge, la durée du diabète, l’hémoglobine glyquée et la créatinine.
Lutgers et ses collègues (Diabetes Care, 2006) l’ont mesurée chez 973 personnes ayant un diabète de type 2 et 231 témoins. Elle était plus élevée chez les diabétiques à chaque âge, et plus encore chez ceux qui avaient des complications à la fois micro et macrovasculaires.
Dans la population générale néerlandaise, l’étude Lifelines (van Waateringe et al., Diabetologia, 2019) a suivi 72 880 personnes sans diabète ni maladie cardiovasculaire pendant quatre ans en médiane. Une autofluorescence élevée au départ prédisait l’apparition d’un diabète de type 2, d’une maladie cardiovasculaire et le décès, indépendamment de la glycémie et de l’hémoglobine glyquée.
Ces résultats décrivent un risque à l’échelle d’une population. Elles ne définissent pas de conduite à tenir pour une valeur individuelle.
Les analyses à associer
- Hémoglobine glyquée : la glycation des derniers mois.
- Glycémie à jeun : l’équilibre du moment.
- Fructosamine : la glycation des dernières semaines.
- Créatinine : la fonction rénale.
À retenir
- Les AGE s’accumulent lentement quand des sucres se fixent aux protéines.
- La mesure courante éclaire la peau de l’avant-bras, sans prise de sang.
- L’âge, le tabac, le diabète et la fonction rénale l’élèvent.
- Elle prédit un risque dans les études, sans seuil consensuel pour une personne.