Ce que mesure l’analyse
Le NGAL, ou lipocaline associée à la gélatinase des neutrophiles, est une petite protéine d’environ 25 kilodaltons. Elle a d’abord été isolée dans les neutrophiles, des globules blancs (Kjeldsen et al., 1993). Son rôle premier est de défense : elle capte les sidérophores, de petites molécules que certaines bactéries utilisent pour voler le fer, et freine ainsi leur croissance (Goetz et al., 2002).
Le NGAL est aussi produit par les cellules immunitaires, le foie et les cellules des tubules du rein, les petits canaux qui transforment le filtrat en urine (Schmidt-Ott et al., 2007). Quand ces cellules sont agressées, sa production explose. Chez la souris, le NGAL urinaire vient surtout de la partie terminale du néphron, l’unité de filtration du rein (Paragas et al., 2011).
D’où son intérêt : la créatinine, le marqueur habituel, reflète la filtration et monte avec retard. Le NGAL, lui, signale une atteinte des cellules du rein, parfois avant toute baisse de la filtration.
Comment se passe le prélèvement
Le NGAL se dose dans les urines, sur un échantillon simple, ou dans le sang. Pour le test urinaire autorisé aux États-Unis, l’échantillon se conserve un jour à température ambiante et trois jours au réfrigérateur (FDA). Une autre étude a trouvé des résultats stables après 48 heures à 4 °C ou à 25 °C (Parikh et al., 2014). Pour le sang, une hémolyse peut fausser certains dosages (Pedersen et al., 2010).
Signalez une infection urinaire, une infection récente ou une maladie rénale connue. Évitez aussi un effort très prolongé dans les 24 heures qui précèdent.
Comment lire le résultat
Le NGAL s’exprime en nanogrammes par millilitre (ng/mL), équivalents aux microgrammes par litre (µg/L). Il n’existe pas de valeur de référence universelle : chaque trousse a les siennes.
Dans les urines, chez l’adulte sain, le 95e percentile se situait à 107 ng/mL sur l’automate Abbott Architect, avec des valeurs plus élevées chez la femme (Cullen et al., 2012). Dans le plasma, une étude sur le même automate a obtenu un intervalle de 38,7 à 157,6 ng/mL chez l’homme et de 24,4 à 142,5 ng/mL chez la femme (Makris et al., 2015).
Le seuil le mieux encadré concerne l’enfant. La FDA a autorisé le test ProNephro AKI (BioPorto) chez les enfants de 3 mois à moins de 22 ans admis en réanimation, dans les 24 premières heures. Au-delà de 125 ng/mL dans les urines, le risque d’insuffisance rénale aiguë modérée à sévère dans les 48 à 72 heures augmente. La sensibilité était de 72,3 % et la spécificité de 86,3 % ; surtout, un résultat sous le seuil s’accompagnait d’une absence d’insuffisance rénale modérée à sévère dans 96,9 % des cas. Chez l’enfant en bonne santé, le 97,5e percentile atteignait 50 ng/mL chez les garçons et 96 ng/mL chez les filles (Baker et al., 2025).
Ce qui compte vraiment
Le NGAL n’est pas spécifique du rein. Une infection urinaire ou des globules blancs dans les urines l’élèvent (Decavele et al., 2011). Une infection grave élève le NGAL du sang, même sans atteinte rénale (Mårtensson et al., 2010). Il augmente enfin à mesure que la fonction rénale chronique baisse (Bolignano et al., 2009).
Ce que dit la science
Le NGAL est un marqueur prometteur, mais son usage reste limité et discuté. Niveau de preuve : émergent.
L’étude fondatrice portait sur des enfants opérés du cœur. Deux heures après la circulation extracorporelle, le NGAL urinaire passait de 1,6 à 147 µg/L en moyenne, alors que la créatinine ne permettait le diagnostic qu’un à trois jours plus tard (Mishra et al., 2005). Une méta-analyse de 19 études et 2 538 patients a confirmé une bonne capacité à prédire l’insuffisance rénale aiguë, meilleure chez l’enfant que chez l’adulte (Haase et al., 2009).
Le consensus international ADQI suggère d’associer marqueurs d’atteinte, comme le NGAL, et marqueurs de fonction, comme la créatinine, avec le contexte clinique. Il rappelle aussi que, dans deux essais randomisés, le NGAL plasmatique n’a pas amélioré le choix du moment de la dialyse (Ostermann et al., 2020).
En France, les recommandations formalisées d’experts de la SFAR et de la SRLF déconseillent d’utiliser les biomarqueurs rénaux pour diagnostiquer précocement une insuffisance rénale aiguë (Ichai et al., 2016).
Côté sport, le NGAL a beaucoup servi à étudier le rein des coureurs. Après un marathon, le NGAL urinaire passait en moyenne de 8,2 à 47,0 ng/mL et revenait à la normale en 24 heures (McCullough et al., 2011). Dans une autre cohorte, 82 % des marathoniens avaient une hausse de créatinine compatible avec une insuffisance rénale aiguë, avec un pic des marqueurs à l’arrivée (Mansour et al., 2017). Après 60 km, le NGAL était multiplié par 7,7 dans les urines et par 1,6 dans le sang (Lippi et al., 2012). Sur un trail de 120 km, les marqueurs urinaires montaient sans baisse significative de la filtration (Poussel et al., 2020). Enfin, sur une course de 161 km, finir bien hydraté semblait limiter la hausse des marqueurs d’atteinte rénale (Linder et al., 2025).
Les analyses à associer
- Créatinine : le marqueur classique de la filtration, qui monte plus tard ;
- Cystatine C : un autre marqueur de la filtration, moins lié à la masse musculaire ;
- Examen cytobactériologique des urines : écarte une infection urinaire ;
- Protéine C réactive : signale une inflammation, qui peut élever le NGAL du sang.
À retenir
- Le NGAL signale une agression des cellules du rein, parfois avant la créatinine ;
- Ses valeurs dépendent de la trousse et du sexe ; il n’existe pas de norme universelle ;
- Infection urinaire, infection grave et maladie rénale chronique l’élèvent aussi ;
- Un marathon le fait monter pendant quelques heures ;
- En France, il n’est pas recommandé pour diagnostiquer tôt une insuffisance rénale aiguë.