Ce que mesure l’analyse
Un calcul urinaire est un agrégat de cristaux formé dans les reins ou les voies urinaires. Son analyse cherche à savoir de quoi il est fait et comment il s’est construit. La lithiase urinaire, c’est-à-dire la maladie des calculs, touche environ 10 % de la population française (Daudon et al., 2023), soit près de 2 millions de personnes, deux hommes pour une femme (Collège français d’urologie).
La méthode de référence, dite morphoconstitutionnelle, associe deux étapes. Le biologiste observe d’abord la surface et la coupe du calcul à la loupe : c’est le typage morphologique. Il identifie ensuite chaque cristal par spectrophotométrie infrarouge, ou par diffraction des rayons X. Le Comité Lithiase de l’Association française d’urologie (AFU) recommande cette analyse complète (Daudon et al., 2023).
Le noyau, la partie intermédiaire et la surface sont analysés séparément (Daudon et al., 2016). Le noyau raconte la cause initiale, la surface les conditions plus récentes.
Comment se passe le prélèvement
Il n’y a pas de prise de sang : c’est le calcul lui-même qui est analysé. L’AFU recommande d’analyser tous les calculs expulsés ou récupérés après une colique néphrétique ou un geste urologique. Après une fragmentation, filtrez vos urines pour récupérer les fragments (CLAFU, 2022).
Le calcul doit voyager sec. Un laboratoire américain refuse les calculs placés dans du formol, un gel ou un liquide, et ceux collés avec du ruban adhésif (Université de Washington). Mayo Clinic Laboratories fait sécher les calculs au moins 24 heures avant l’analyse (Mayo).
La fragmentation au laser pose une difficulté nouvelle : réduits en poussière, les calculs perdent une partie de l’information utile (Almeras et al., 2023). Une étude lituanienne de 75 patients trouvait toutefois une concordance totale entre poussière et fragments dans 82,4 % des cas (Snicorius et al., 2022).
Comment lire le résultat
Le compte rendu donne la proportion de chaque constituant, en pourcentage, et le type morphologique. La classification de Michel Daudon distingue sept grands types (Corrales et al., 2021 ; Daudon et al., 2016) :
- Type I, whewellite (oxalate de calcium monohydraté) : excès d’oxalate dans les urines ; le sous-type Ic évoque une hyperoxalurie primitive, une maladie génétique ;
- Type II, weddellite (oxalate de calcium dihydraté) : excès de calcium dans les urines ;
- Type III, acide urique et urates : urines trop acides, syndrome métabolique, diabète de type 2 ;
- Type IV, phosphates : la struvite signe une infection par des germes qui dégradent l’urée, et une forme de carbapatite est propre à l’acidose tubulaire rénale distale ;
- Type V, cystine : cystinurie, maladie héréditaire ;
- Types VI et VII : protéines, médicaments et autres constituants rares.
En France, le constituant principal est la whewellite dans 50 % des calculs, la weddellite dans 20 %, les phosphates de calcium dans 15 %, l’acide urique dans 10 %, la struvite et la cystine dans 1,5 % chacune. Les phosphates de calcium sont plus fréquents chez la femme (Collège français d’urologie).
Ce que dit la science
L’analyse est recommandée par l’AFU et par l’Association européenne d’urologie. Niveau de preuve : validé.
Les recommandations européennes demandent d’analyser le calcul de toute personne qui en fait un pour la première fois, par diffraction des rayons X ou spectroscopie infrarouge. L’analyse chimique est jugée obsolète. Il faut la refaire en cas de récidive malgré un traitement préventif, de récidive précoce ou de récidive tardive (EAU).
La qualité des laboratoires reste inégale : dans une évaluation européenne, seuls 56 % d’entre eux satisfaisaient aux exigences de qualité (Siener et al., 2016).
L’analyse du calcul s’accompagne d’un bilan des urines de 24 heures. Le référentiel des urologues français y mesure la créatinine, le volume, l’urée, le calcium, le sodium et l’acide urique. La prévention générale passe par une diurèse de plus de 2 litres par jour, pas plus de 8 g de sel, une limitation des protéines animales et un apport en calcium normal, selon l’AFU. Celle-ci suggère aussi d’éviter les compléments de vitamine C : chez des hommes suédois, leur prise à forte dose était associée à un risque de calcul presque doublé (Thomas et al., 2013), un lien retrouvé plus modestement, et seulement chez les hommes, dans de grandes cohortes américaines (Ferraro et al., 2016).
Chaleur, sport et déshydratation
Les urines concentrées favorisent la cristallisation. Dans cinq villes américaines, le risque de consulter pour un calcul augmentait avec la température (Tasian et al., 2014). Chez 50 Marines déployés dans le désert, le volume d’urine baissait de 68 %, et le risque de cristallisation de l’acide urique augmentait de 153 % (Masterson et al., 2013). Lors de l’opération Serval au Mali, les coliques néphrétiques représentaient 11,7 % des rapatriements de militaires français (Abdourahman et al., 2014).
Les analyses à associer
- Calciurie : recherche un excès de calcium urinaire ;
- Oxalurie : recherche un excès d’oxalate urinaire ;
- Citraturie : un citrate bas favorise les calculs ;
- Uricurie : utile devant un calcul d’acide urique.
À retenir
- Tout premier calcul devrait être analysé, par spectrophotométrie infrarouge et typage morphologique ;
- Chaque type de cristal oriente vers une cause et donc une prévention précise ;
- Le calcul doit être envoyé sec, sans liquide ni ruban adhésif ;
- Les kits chimiques ne sont plus recommandés ;
- La chaleur et le manque de boisson favorisent les calculs, notamment chez les sportifs.