Ce que mesure l’analyse
La bêta-2-microglobuline (β2M) est une petite protéine, d’environ 11 000 daltons (Gejyo et al., 1985). Elle forme une partie des molécules HLA de classe I, présentes à la surface de presque toutes les cellules. En se renouvelant, ces cellules libèrent la β2M dans le sang. Sa production augmente quand le système immunitaire est très actif, ou quand certaines cellules du sang se multiplient de façon anormale.
Le rein l’élimine. Elle traverse le filtre rénal, puis les cellules du tubule proximal, la première partie des canaux du rein, la réabsorbent presque entièrement. Deux lectures en découlent. Dans le sang, la β2M monte quand le rein filtre moins : son taux augmente à mesure que la maladie rénale chronique progresse (Drüeke et Massy, 2009). Dans les urines, elle monte quand le tubule ne la réabsorbe plus : c’est un test classique de la fonction tubulaire (Davey et Gosling, 1982).
Comment se passe le prélèvement
Pour le sang, une prise de sang simple. Le dosage se conserve bien : 28 jours au réfrigérateur selon Mayo Clinic Laboratories.
Le dosage urinaire est plus délicat. La β2M se dégrade dans une urine acide, sous pH 6 ; une protéase urinaire, la cathepsine D, est en cause (Yamamoto et al., 2000). Une fiche de laboratoire américaine demande donc de vider la vessie, de boire au moins un demi-litre d’eau, puis de recueillir l’urine dans l’heure. Le laboratoire ajuste ensuite le pH de l’échantillon entre 6 et 8, et refuse une urine conservée à température ambiante (Université de Washington).
Comment lire le résultat
La β2M s’exprime en milligrammes par litre (mg/L). Dans le sang, le laboratoire des University Hospitals Sussex, sur automate Roche, retient 0,8 à 2,4 mg/L avant 60 ans, et 3,0 mg/L au plus après 60 ans (UH Sussex). Une étude chez des donneurs de sang confirme que la β2M augmente avec l’âge : 1,02 à 2,46 mg/L entre 29 et 49 ans, 1,29 à 2,70 mg/L entre 50 et 75 ans (Mátrai et al., 2009).
Dans les urines, le laboratoire suisse Viollier, en néphélométrie, retient moins de 0,30 mg/L chez l’homme et moins de 0,20 mg/L chez la femme (Viollier).
Ce qui compte vraiment
Une β2M sanguine élevée se lit d’abord avec la créatinine. Si la filtration rénale est réduite, la hausse peut venir du rein seul. Sinon, une inflammation, une infection, une maladie auto-immune ou une maladie du sang sont à discuter avec le médecin, selon Mátrai et ses collègues. Une gammapathie à IgM, c’est-à-dire un excès d’anticorps de type IgM, peut aussi fausser le dosage, précise le laboratoire de Sussex.
Ce que dit la science
Le dosage est recommandé dans la classification internationale du myélome multiple, un cancer des plasmocytes de la moelle osseuse. Niveau de preuve : validé.
Établie sur plus de 10 000 patients, la classification ISS distingue trois stades. Le stade I associe une β2M inférieure à 3,5 mg/L et une albumine d’au moins 35 g/L ; le stade III correspond à une β2M d’au moins 5,5 mg/L ; le stade II regroupe les autres cas (Greipp et al., 2005). La version révisée, R-ISS, y ajoute des anomalies génétiques et la LDH (Palumbo et al., 2015). Dans la leucémie lymphoïde chronique, une β2M au-delà de 3,5 mg/L fait partie de l’indice pronostique international (CLL-IPI, 2016).
Chez les personnes dialysées depuis longtemps, la β2M s’accumule et peut former des dépôts dans les articulations : c’est l’amylose de la dialyse, dont elle est le principal constituant (Gejyo et al., 1985 ; Drüeke et Massy, 2009). Des équations estiment aussi la filtration rénale à partir de la β2M, mais seule, elle s’est montrée moins précise que la créatinine ou la cystatine C (Inker et al., 2016).
Côté sport, la β2M urinaire réagit surtout à l’intensité. Après un 400 m couru à fond, son excrétion était multipliée par 164 (Poortmans et al., 1997). Après deux minutes d’effort supramaximal sur vélo, elle l’était par 97 (Poortmans et al., 1988). Après un 100 m, la hausse n’était que de 3,5 fois (Poortmans et al., 1996). Lors d’un demi-triathlon, elle n’a pas changé (Poortmans et al., 2015), et un marathon ne réduisait pas sa réabsorption par le tubule (Irving et al., 1986).
Les analyses à associer
- Créatinine : dit si une β2M sanguine élevée s’explique par le rein ;
- Albumine : avec la β2M, elle définit le stade ISS du myélome ;
- Électrophorèse des protéines sériques : recherche la protéine anormale d’un myélome ;
- Lactate déshydrogénase : complète la classification R-ISS.
À retenir
- Dans le sang, la β2M reflète la filtration rénale et l’activité de certaines maladies du sang ;
- Dans les urines, elle signale une atteinte des tubules du rein ;
- Elle est au cœur du stade ISS du myélome, avec l’albumine ;
- Une urine acide ou mal conservée donne un résultat faussement bas ;
- Un sprint ou un 400 m peuvent la faire grimper dans les urines pendant quelques heures.