Ce qui se passe dans le corps
Pendant les règles, la muqueuse de l’utérus libère des prostaglandines. Ce sont des substances qui font se contracter le muscle de l’utérus. Les femmes qui ont des règles douloureuses en produisent davantage, rappelle la revue Cochrane de 2015. Ces contractions donnent des crampes dans le bas-ventre, qui peuvent s’étendre au dos et aux cuisses.
Les médecins parlent de dysménorrhée. Elle est dite primaire quand aucune maladie ne l’explique, et secondaire quand une maladie en est la cause. Selon le NHS, la douleur commence autour du début des règles et dure en général jusqu’à trois jours.
Les causes les plus fréquentes
Le plus souvent, la douleur est primaire : elle vient des contractions de l’utérus, sans autre maladie. La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC, 2017) souligne qu’elle est fréquente et souvent insuffisamment traitée, alors que des traitements efficaces et peu coûteux existent.
Parfois, une maladie est en cause. Le NHS cite :
- l’endométriose : un tissu proche de la muqueuse de l’utérus se développe en dehors de celui-ci ;
- l’adénomyose : ce tissu s’installe dans le muscle de l’utérus ;
- les fibromes, des tumeurs bénignes de l’utérus ;
- une infection de l’utérus, des trompes et des ovaires.
Un stérilet peut aussi rendre les règles plus douloureuses, surtout pendant les trois à six premiers mois. En France, la HAS et le CNGOF ont publié en 2017 des recommandations sur l’endométriose. Elles insistent sur un parcours de soins coordonné et sur l’information des patientes.
Ce qui aide, selon les études
Les médicaments, avec un professionnel
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) bloquent la fabrication des prostaglandines. Dans 80 essais réunis par la Cochrane, ils soulagent mieux qu’un placebo et que le paracétamol. En contrepartie, ils donnent plus souvent des troubles digestifs, des maux de tête ou de la somnolence. Leur usage se discute avec un médecin ou un pharmacien.
La pilule contraceptive combinée (œstrogène et progestatif) semble aussi réduire la douleur. Une autre revue Cochrane juge toutefois ces preuves limitées. Le choix d’une contraception se fait avec un professionnel de santé.
Ce que vous pouvez faire vous-même
L’activité physique régulière est une option intéressante. Dans une revue Cochrane de 2019, des séances de 45 à 60 minutes, au moins trois fois par semaine, ont réduit la douleur d’environ 25 points sur une échelle de 0 à 100. L’intensité comptait peu : étirements, yoga, renforcement ou cardio. Les preuves sont de qualité faible, mais le sport a peu d’effets indésirables et bien d’autres bénéfices.
La chaleur sur le bas-ventre (bouillotte, patch chauffant) a soulagé dans six petits essais, parfois autant que des antidouleurs. Les auteurs de cette méta-analyse publiée en 2018 réclament des études plus solides. Une méta-analyse est une étude qui regroupe les résultats de plusieurs essais.
Les remèdes populaires
Le gingembre en poudre, pris les premiers jours des règles, a réduit la douleur dans quatre petits essais contre placebo (Daily et al., 2015). C’est encourageant, mais peu solide. Pour les autres compléments (vitamine E, huile de poisson, zinc, fenouil, camomille…), la Cochrane ne trouve aucune preuve de bonne qualité. La vitamine E n’a montré aucun effet.
Ce que propose la médecine chinoise (une tradition)
La médecine chinoise est une tradition, pas une preuve. Elle décrit la douleur des règles (tong jing) comme un blocage : stagnation du Qi et du Sang, Froid accumulé dans l’utérus, ou au contraire manque de Qi et de Sang. Les ouvrages de référence, comme la Materia Medica de Bensky ou le traité de gynécologie de Maciocia, citent l’angélique de Chine (dang gui), l’agripaume de Chine (yi mu cao), le souchet (xiang fu) ou le gingembre séché (gan jiang).
Côté science, seul le gingembre a fait l’objet de quelques essais. L’acupuncture a été évaluée par la Cochrane en 2016 : les données sont insuffisantes pour dire si elle soulage. Les plantes chinoises peuvent interagir avec des médicaments : parlez-en à votre médecin ou pharmacien avant d’en prendre.
Quand consulter
Consultez sans attendre si la douleur est intense ou pire que d’habitude et que les antidouleurs n’agissent pas. Le NHS conseille aussi de prendre rendez-vous si :
- vos règles deviennent plus douloureuses, plus abondantes ou irrégulières ;
- la douleur vous empêche de mener vos activités ;
- vous avez mal pendant les rapports, en urinant ou en allant à la selle ;
- vous saignez entre les règles ;
- votre ventre gonfle, vous perdez l’appétit ou du poids sans raison.
Consultez aussi rapidement en cas de fièvre, ou si une grossesse est possible.
À retenir
- Les règles douloureuses viennent surtout des prostaglandines, qui font se contracter l’utérus.
- Le sport régulier et la chaleur sont des options simples, étudiées et peu risquées.
- Les anti-inflammatoires sont le traitement le mieux étudié, à discuter avec un professionnel.
- Aucun complément n’a de preuve solide ; le gingembre reste à confirmer.
- Une douleur qui change, s’aggrave ou résiste aux antidouleurs doit faire consulter.

