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Étude · Comprendre la nutrition

L’inflammation pourrait rendre les aliments sains plus difficiles à choisir

Par · Diététicienne nutritionnistePublié le Relu par THAI Jimmy, Rédacteur en chef
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inflammation pourrait rendre les aliments sains plus difficiles a choisir
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire6 parties
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Et si le problème n’était pas seulement ce que l’on a envie de manger, mais l’effort que l’on est capable de fournir pour l’obtenir ?

L’idée paraît étrange. Pourtant, une nouvelle étude vient de mettre en évidence un mécanisme qui pourrait changer la manière dont on regarde certains comportements alimentaires associés à l’obésité.

Des chercheurs néerlandais ont découvert que l’inflammation chronique de faible intensité, fréquente chez certaines personnes souffrant d’obésité, est associée à une plus grande aversion pour l’effort. Et ce détail est loin d’être anodin.

Car entre préparer un repas équilibré et commander un repas livré, la différence n’est pas forcément une question de goût. C’est aussi une question d’effort.

Quand choisir devient déjà un effort

Pour comprendre le phénomène, les chercheurs ont utilisé une expérience assez particulière.

Des femmes présentant un IMC supérieur à 27 kg/m² ont participé à une tâche de décision pendant laquelle elles devaient choisir si elles acceptaient de fournir plus ou moins d’effort pour obtenir différents aliments. L’expérience comprenait notamment des aliments comme le concombre ou les M&M’s.

Le principe était simple : plus la récompense alimentaire demandait d’effort, moins les participantes étaient susceptibles de l’accepter.

Mais toutes les participantes ne réagissaient pas de la même manière.

Chez celles présentant davantage de signes d’inflammation, la volonté de fournir un effort diminuait davantage lorsque l’effort demandé augmentait. Autrement dit, l’inflammation était associée à une plus forte tendance à choisir la solution qui demandait le moins d’effort.

C’est là que l’étude devient particulièrement intéressante.

Dans la vie réelle, les aliments qui demandent le moins d’effort ne sont pas nécessairement ceux qui composent les repas les plus intéressants sur le plan nutritionnel.

Un plat préparé se réchauffe en quelques minutes. Une livraison nécessite quelques clics. À l’inverse, acheter les ingrédients, cuisiner et préparer un repas demande davantage de temps et d’énergie.

Le comportement observé en laboratoire pourrait donc avoir une conséquence très concrète dans la vie quotidienne.

Le cerveau semble lui aussi impliqué

Les chercheurs ne se sont pas contentés d’observer les choix alimentaires.

Ils ont également utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, ou IRMf, pour observer l’activité cérébrale associée à l’effort.

Une région du cerveau appelée cortex préfrontal dorsomédian, impliquée notamment dans certaines décisions nécessitant un effort, présentait une activité différente lorsque les participantes devaient fournir davantage d’effort.

L’inflammation était associée à une modification de cette réponse cérébrale. Plus précisément, les analyses suggèrent que l’inflammation pourrait expliquer une partie du lien observé entre l’IMC et cette activité cérébrale liée à l’effort.

Cela ne signifie évidemment pas que l’inflammation “commande” directement de manger de la malbouffe.

Le résultat est plus subtil.

Elle pourrait rendre les choix nécessitant davantage d’effort moins attrayants.

Et dans un environnement où la nourriture très calorique est souvent disponible immédiatement, cette différence peut compter.

Le détail qui change tout

Jusqu’ici, l’étude aurait pu rester une simple observation.

Mais les chercheurs sont allés plus loin.

Un deuxième groupe de 49 femmes présentant une obésité et une inflammation élevée a participé à un essai randomisé de 12 semaines. Les participantes ont reçu soit de la colchicine à faible dose, soit un placebo. La colchicine est un médicament anti-inflammatoire, utilisé notamment dans certaines maladies inflammatoires.

Le traitement a bien réduit les marqueurs d’inflammation.

Mais surtout, les participantes ayant reçu la colchicine étaient davantage susceptibles d’accepter les choix alimentaires nécessitant un effort plus important.

Le rapport de probabilité était de 1,32 pour les choix à effort élevé par rapport au placebo.

C’est probablement le résultat le plus intéressant de l’étude.

Car il suggère que l’inflammation ne serait pas seulement un témoin du problème. Elle pourrait participer directement au comportement observé.

Les chercheurs parlent ainsi d’un rôle causal de l’inflammation dans la tendance à privilégier les choix nécessitant moins d’effort.

L’obésité pourrait alors entretenir un cercle difficile à casser

Une hypothèse se dessine.

L’obésité peut s’accompagner d’une inflammation chronique de faible intensité. Cette inflammation pourrait à son tour favoriser une plus grande aversion pour les efforts. Les choix nécessitant le moins d’énergie deviennent alors plus faciles à accepter.

Or, dans notre environnement alimentaire, le choix le plus simple n’est pas toujours le plus favorable à la perte de poids.

Le phénomène pourrait donc contribuer à entretenir le problème :

  • l’excès de tissu adipeux peut être associé à une inflammation chronique ;
  • cette inflammation peut augmenter l’aversion pour l’effort ;
  • les choix nécessitant peu d’effort deviennent plus faciles à privilégier ;
  • certains de ces choix peuvent favoriser le maintien de l’excès de poids.

Ce mécanisme pourrait contribuer à expliquer pourquoi réduire le poids corporel n’est pas toujours une simple question de volonté.

Cela ne signifie pas qu’il faut prendre des anti-inflammatoires

C’est précisément ici qu’il faut éviter de tirer une conclusion trop rapide.

L’étude n’a pas démontré que la colchicine permettait de perdre du poids.

Elle a montré que la réduction de l’inflammation s’accompagnait d’une modification du comportement dans une tâche expérimentale mesurant l’effort nécessaire pour obtenir une récompense alimentaire.

Ce n’est pas la même chose qu’une perte de poids durable dans la vie quotidienne.

De plus, la population étudiée était exclusivement féminine et les résultats doivent donc être reproduits dans d’autres populations avant de pouvoir être généralisés.

Les chercheurs eux-mêmes restent prudents. La possibilité qu’une approche visant l’inflammation puisse un jour compléter les stratégies de prise en charge de l’obésité mérite d’être étudiée, mais cela ne signifie absolument pas qu’un traitement anti-inflammatoire doit être utilisé dans ce but aujourd’hui.

Et si le manque de volonté n’était qu’une partie de l’histoire ?

C’est finalement ce que cette étude remet en question.

Pendant longtemps, le comportement alimentaire a souvent été présenté comme une succession de décisions conscientes : choisir un aliment plutôt qu’un autre, cuisiner plutôt que commander, faire un effort plutôt que rechercher la facilité.

Les résultats de cette étude suggèrent qu’un paramètre biologique pourrait influencer cette équation.

L’inflammation ne ferait pas nécessairement préférer un aliment précis. Elle pourrait plutôt rendre l’effort nécessaire pour l’obtenir plus difficile à accepter.

Et cette nuance est importante.

Vrai ou faux ?

La colchicine a été testée comme traitement pour faire perdre du poids.

C’est faux.

Non. L’essai évaluait notamment les choix alimentaires nécessitant un effort et l’activité cérébrale liée à cet effort. Une perte de poids n’a pas été démontrée.

Parce qu’une personne qui choisit systématiquement la solution la plus facile n’est pas forcément moins motivée. Son cerveau pourrait, dans certaines circonstances, évaluer le coût de l’effort différemment.

L’étude ne permet évidemment pas d’expliquer à elle seule l’obésité. Mais elle apporte une pièce supplémentaire à un puzzle qui devient progressivement beaucoup plus complexe que la simple opposition entre “bonne volonté” et “mauvais choix”.

L’étude en brefEssai contrôlé randomisé

L’inflammation peut-elle modifier la façon dont nous choisissons nos aliments ?

  • Participants49 femmes avec obésité et CRP > 3 mg/l
  • Durée12 semaines
  • Publiée dansBrain, Behavior, and Immunity

Ce qu’elle montre

La colchicine à 0,5 mg/j a réduit l’inflammation et augmenté les choix alimentaires nécessitant un effort élevé, avec un OR de 1,32 contre placebo.

Ses limites

L’essai ne démontre pas que la colchicine entraîne une perte de poids. L’étude porte uniquement sur des femmes et les effectifs restent modestes.

Quiz

Avez-vous compris l’étude ?

3 questions
  1. Question 1 sur 3

    Quel mécanisme était principalement étudié ?

    Bonne réponse : B. L’étude évaluait la tendance à accepter ou refuser un effort pour obtenir une récompense alimentaire.

  2. Question 2 sur 3

    Quel médicament a été utilisé dans l’essai randomisé ?

    Bonne réponse : B. Les participantes ont reçu 0,5 mg/j de colchicine ou un placebo pendant 12 semaines.

  3. Question 3 sur 3

    Quel résultat a été observé avec la colchicine ?

    Bonne réponse : A. La colchicine a augmenté les choix à effort élevé par rapport au placebo, mais l’étude ne démontre pas une perte de poids.

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