Ce que mesure l’analyse
La vitamine D est une hormone fabriquée dans la peau sous l’effet des rayons UVB, ou apportée par l’alimentation (poissons gras, jaune d’œuf) et les compléments. Elle existe sous deux formes, la D2 (végétale) et la D3 (animale et cutanée). Le foie la transforme en 25-hydroxyvitamine D, ou 25(OH)D, aussi appelée calcidiol. C’est cette molécule que l’on dose.
On dose la 25(OH)D plutôt que la forme active, le calcitriol, parce que la première reflète les réserves de l’organisme : sa demi-vie est plus longue que celle de la forme active (Kafentzi et al., 2025)1. Le calcitriol, lui, est régulé de près par la parathormone et peut rester normal malgré un stock bas.
Le calcidiol est ensuite activé en calcitriol, surtout dans le rein. Cette hormone favorise l’absorption intestinale du calcium et du phosphore, et participe à la minéralisation de l’os.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une simple prise de sang, à n’importe quelle heure de la journée. La 25(OH)D varie peu au cours de la journée. Beaucoup de laboratoires ne demandent pas d’être à jeun, mais suivez leurs consignes.
Gardez en tête la saison et vos compléments. Un prélèvement en fin d’hiver donne souvent une valeur plus basse qu’un prélèvement en fin d’été. Si vous prenez de la vitamine D, signalez la forme (D2 ou D3), la dose et la date de la dernière prise : cela change l’interprétation.
Comment lire le résultat
Le résultat est rendu en ng/mL ou en nmol/L selon le laboratoire. Regardez l’unité avant de comparer à des seuils trouvés sur Internet, car l’erreur d’unité est fréquente.
Dans l’étude de Kafentzi et al., la carence est définie par une valeur sous 20 ng/mL, ce que l’on retrouvait chez 36,4 % de 184 patients atteints de maladie inflammatoire de l’intestin. D’autres textes utilisent le seuil de 50 nmol/L : dans les études d’observation, des taux inférieurs à ce seuil sont associés de façon constante à des maladies chroniques (Cianferotti et al., 2017)2. Ces repères varient selon les sociétés savantes ; votre compte rendu indique les valeurs de référence de votre laboratoire.
Pour interpréter une valeur, trois éléments comptent : la saison du prélèvement, la prise récente de compléments, et la présence de symptômes ou de facteurs de risque osseux. Un résultat isolé légèrement bas chez une personne sans risque ne se traite pas de la même manière qu’un déficit chez une personne atteinte d’ostéoporose.
Ce que dit la science
Pour l’os, le rôle de la vitamine D est solidement établi : un statut suffisant favorise la santé du squelette, et une supplémentation est recommandée chez les personnes à haut risque de fractures. Pour le reste (cœur, diabète, cancer, maladies auto-immunes, mortalité), le tableau est moins clair. Les études d’observation montrent des taux bas associés à davantage de maladies, mais les essais randomisés sont contradictoires, et les auteurs européens concluent qu’aucune recommandation de supplémentation généralisée ne peut être faite pour ces maladies extra-osseuses. Ils précisent aussi que viser des taux bien supérieurs au seuil utile pour l’os n’est pas recommandé, la sécurité n’étant pas confirmée (Cianferotti et al., 2017). Cette association observée ne prouve pas que la vitamine D en soit la cause : un taux bas peut aussi refléter une moindre activité physique ou une maladie sous-jacente.
Un autre point utile : une seule mesure de l’alimentation ne prédit pas bien le taux sanguin. Dans une cohorte de personnes âgées, l’apport en vitamine D estimé par le dernier questionnaire alimentaire n’était pas relié à la 25(OH)D plasmatique, alors que la moyenne de plusieurs questionnaires répétés sur des années l’était, ce qui soutient l’usage de la 25(OH)D comme indicateur des apports habituels (Shea et al., 2026)3.
Niveau de preuve : courante. Le dosage est utile pour des indications précises, mais le consensus sur les seuils reste partiel et le dépistage chez toute personne sans risque n’est pas recommandé par défaut.
Les analyses à associer
Le calcium total et le phosphore, pour vérifier l’effet d’un déficit sur le métabolisme minéral. La parathormone, qui monte pour compenser un manque de vitamine D. Les phosphatases alcalines, marqueur de remodelage osseux. En cas de suspicion de trouble de l’activation, le calcitriol complète le bilan, mais il ne remplace pas la 25(OH)D.
À retenir
- On dose la 25(OH)D, forme de réserve, et non le calcitriol, pour juger du stock.
- Le résultat varie avec la saison, les compléments, l’obésité et certains médicaments.
- Vérifiez l’unité (ng/mL ou nmol/L) avant de comparer à un seuil.
- Pour l’os, la vitamine D est indispensable ; pour les maladies extra-osseuses, les preuves de bénéfice d’une supplémentation restent insuffisantes.
- Une valeur basse est une piste à discuter avec un médecin, pas un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études