Ce que mesure l’analyse
Le bêta-carotène est un pigment orange présent dans les végétaux colorés : carottes, patates douces, légumes verts, fruits orangés. C’est un caroténoïde, la « provitamine A » la plus connue : l’intestin et le foie en convertissent une partie en vitamine A (Mayo Clinic Laboratories). L’analyse mesure sa concentration dans le sang. Elle reflète surtout la consommation récente et habituelle de végétaux, et beaucoup moins l’état en vitamine A.
Le taux dépend donc de ce que l’on mange, de la façon dont l’intestin absorbe les graisses et de la conversion en vitamine A.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang à jeun. Mayo Clinic Laboratories demande 12 heures de jeûne, l’abstinence d’alcool pendant les 24 heures précédentes et un sérum protégé de la lumière (flacon ambré). L’hémolyse, c’est-à-dire la destruction des globules rouges dans le tube, fait refuser l’échantillon. Le dosage se fait par HPLC (chromatographie liquide haute performance) chez Labcorp Burlington pour le compte de Mayo.
Comment lire le résultat
Le bêta-carotène s’exprime en µg/L ou en µg/dL (1 µg/dL correspond à 10 µg/L). L’intervalle de référence de Mayo Clinic Laboratories est de 3 à 91 µg/dL, soit 30 à 910 µg/L. Il est très large, ce qui reflète la variété des régimes alimentaires. Ce repère est propre à ce laboratoire et à sa méthode.
Mayo précise les limites du test. Des valeurs hautes aident à écarter une stéatorrhée (graisses dans les selles), mais les valeurs basses manquent de spécificité et la sensibilité est faible. Une consommation importante de légumes fait monter la valeur. Les valeurs sont plus basses chez les fumeurs et chez les femmes sous contraception orale. Une valeur élevée est aussi rapportée dans le diabète, l’hypothyroïdie, la néphrite chronique, le syndrome néphrotique, la maladie du foie et certaines hyperlipidémies. La carotènémie, c’est-à-dire une peau jaune-orangée due au bêta-carotène, peut être confondue avec un ictère.
Ce qui compte vraiment : le contexte alimentaire et la raison pour laquelle le test est demandé.
Ce que dit la science
Des études d’observation anciennes, citées par Mayo, ont associé un bêta-carotène sérique plus élevé à un moindre risque de cancer bronchique épidermoïde. Les essais randomisés ont donné un résultat différent avec des suppléments isolés à forte dose, chez des fumeurs.
Dans l’essai ATBC (29 133 fumeurs finlandais), le groupe bêta-carotène avait un risque de cancer du poumon plus élevé de 18 % et une mortalité totale plus élevée de 8 % (ATBC Study Group, 1994 ; NCI). Dans l’essai CARET (18 314 fumeurs, anciens fumeurs et personnes exposées à l’amiante), l’association de bêta-carotène et de vitamine A a augmenté le risque de cancer du poumon (risque relatif de 1,28) et la mortalité toutes causes (1,17). L’essai a été arrêté 21 mois plus tôt que prévu (Omenn et coll., 1996).
Ces essais portaient sur des suppléments isolés à forte dose, pas sur l’alimentation. Ils rappellent qu’un taux sanguin élevé obtenu avec des suppléments ne se compare pas à celui qui résulte d’une alimentation riche en végétaux. Niveau de preuve du dosage : émergent. À notre connaissance, aucune recommandation officielle ne prévoit son dosage de routine, et il ne mesure pas l’état en vitamine A.
Les analyses à associer
Le bêta-carotène se lit avec la vitamine A, dont il est le précurseur, le gène BCMO1 (qui code l’enzyme de conversion en vitamine A), la lutéine et la zéaxanthine, autres caroténoïdes alimentaires, et la vitamine E, autre vitamine liposoluble.
À retenir
- Le bêta-carotène sanguin reflète surtout la consommation de végétaux colorés.
- Jeûne, pas d’alcool la veille et échantillon protégé de la lumière.
- L’intervalle de Mayo (3 à 91 µg/dL) est très large et propre à ce laboratoire ; une valeur basse manque de spécificité.
- Les suppléments à forte dose ont augmenté le risque de cancer du poumon chez les fumeurs : demandez l’avis d’un médecin.