Ce que mesure l’analyse
Ce test recherche une infection de l’estomac par Helicobacter pylori, une bactérie qui vit sous le mucus de la muqueuse gastrique. Elle possède une enzyme, l’uréase, qui découpe l’urée en ammoniac et en dioxyde de carbone (CO2). L’ammoniac neutralise l’acidité autour de la bactérie et lui permet de survivre dans l’estomac.
Le test exploite cette enzyme. Vous avalez de l’urée dont le carbone est du carbone 13 (13C), un isotope stable et non radioactif. Si la bactérie est présente, son uréase libère du CO2 marqué, qui passe dans le sang puis dans l’air expiré. Un appareil compare la proportion de 13C dans votre souffle avant et après l’absorption d’urée. Une hausse nette indique qu’une bactérie active est présente quelque part dans l’estomac : le test ne dépend donc pas du point où l’on aurait fait une biopsie.
Il détecte une infection en cours. C’est ce qui le distingue de la sérologie, qui cherche des anticorps et peut rester positive après une guérison.
Comment se passe le prélèvement
Aucune aiguille n’est nécessaire. Le déroulement type est le suivant :
- un jeûne est en général demandé avant le test ;
- vous soufflez une première fois dans un tube ou un sac : c’est l’échantillon de base ;
- vous buvez la solution d’urée marquée ;
- vous soufflez une seconde fois, après le délai fixé par le laboratoire.
La dose d’urée, le délai et l’appareil varient d’un protocole à l’autre. Suivez la procédure remise par votre laboratoire.
La préparation compte plus que le geste lui-même. Les médicaments qui freinent la bactérie ou l’acidité peuvent rendre le test faussement négatif : inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), antibiotiques, sels de bismuth. Le délai à respecter avant le test dépend du médicament. Demandez-le au laboratoire ou au prescripteur, et n’arrêtez jamais un traitement de votre propre initiative. Dans une étude menée dans une clinique de gastro-entérologie, 23 % des tests négatifs avaient été réalisés dans au moins une situation susceptible de les rendre peu fiables : prise récente d’IPP, d’antibiotiques ou de bismuth, fin d’un traitement d’éradication depuis moins de 4 semaines, ou chirurgie de l’estomac (Olafsson et al., 2012)1. Un résultat négatif obtenu dans ces conditions doit donc être interprété avec prudence.
Comment lire le résultat
Le compte rendu indique « positif » ou « négatif ». En coulisses, le laboratoire calcule l’écart entre le 13C du souffle avant et après l’urée, appelé delta over baseline (DOB, exprimé en ‰), puis le compare à un seuil. Ce seuil dépend du protocole et de l’appareil : nous n’affichons donc pas de valeur de référence universelle. Les recommandations européennes soulignent d’ailleurs un manque de standardisation de la réalisation et de l’interprétation des tests respiratoires au 13C entre centres experts (Keller et al., 2021)2. Fiez-vous à l’interprétation du compte rendu plutôt qu’à la valeur brute.
La valeur numérique n’est pas un indicateur de gravité : l’information utile est la présence ou l’absence d’une bactérie active. Un résultat proche du seuil peut justifier un contrôle. Un résultat négatif obtenu sous IPP ou après des antibiotiques ne permet pas, à lui seul, d’écarter l’infection.
Ce que dit la science
Une revue Cochrane de 101 études, portant sur 11 003 personnes, compare les tests non invasifs. À spécificité fixée à 90 %, la sensibilité estimée du test à l’urée 13C est de 94 %, contre 84 % pour la sérologie et 83 % pour la recherche d’antigène dans les selles (Best et al., 2018)3. Les auteurs précisent que ces résultats valent pour les personnes sans antécédent de gastrectomie et sans antibiotiques ni IPP récents, et que la comparaison entre tests est indirecte, donc exposée à des biais.
Autrement dit, la bonne exactitude du test dépend d’un protocole respecté. C’est la raison pour laquelle les faux négatifs décrits plus haut sont le principal point de vigilance.
Sur le plan médical, l’infection est désormais reconnue comme une maladie infectieuse à part entière. Le consensus de Maastricht VI/Florence en déduit, en principe, que tous les patients infectés devraient être traités (Malfertheiner et al., 2022)4. Le choix du traitement et le contrôle de l’éradication relèvent du médecin.
Le test a aussi des limites. Il dit qu’une bactérie est présente, pas où elle se trouve ni quelles lésions elle a causées. Il ne remplace pas l’endoscopie devant des symptômes d’alarme (amaigrissement, vomissements répétés, saignement, difficulté à avaler), qui relèvent d’un examen direct de l’estomac.
Les analyses à associer
La recherche d’antigène dans les selles est l’autre test non invasif de l’infection active : elle permet de recouper un résultat douteux. La sérologie ne distingue pas une infection en cours d’une infection passée, ce qui limite son intérêt pour le contrôle après traitement. Les pepsinogènes I et II renseignent sur l’état de la muqueuse gastrique, et la ferritine sur les réserves en fer, qu’une infection gastrique peut parfois perturber.
À retenir
- Le test détecte une infection active par Helicobacter pylori à partir du souffle, sans prise de sang.
- Il utilise un isotope stable du carbone, non radioactif.
- Les IPP, les antibiotiques et le bismuth peuvent le rendre faussement négatif : demandez le délai à respecter avant de venir, sans arrêter un traitement seul.
- Le seuil dépend du protocole du laboratoire : lisez le résultat « positif » ou « négatif » du compte rendu.
- Il ne localise pas les lésions et ne remplace pas l’endoscopie en cas de symptômes d’alarme.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées3 études