Ce que mesure l’analyse
Le pepsinogène est la forme inactive de la pepsine, une enzyme qui découpe les protéines dans l’estomac. Il en existe deux types. Le pepsinogène I (PG I) est fabriqué par la muqueuse du corps et du fundus de l’estomac, la partie haute et centrale qui produit l’acide. Le pepsinogène II (PG II) est produit par l’ensemble de la muqueuse gastrique et par le début du duodénum. Une petite fraction de ces deux molécules passe dans le sang : c’est ce que le laboratoire dose.
Quand la muqueuse du corps de l’estomac s’amincit, on parle de gastrite atrophique. Les cellules qui fabriquent le pepsinogène I disparaissent, et son taux sanguin baisse. Le pepsinogène II baisse beaucoup moins. Le rapport entre les deux, noté PG I/PG II, chute donc. C’est un marqueur indirect : il ne regarde pas la muqueuse, il en déduit l’état à partir de ce qu’elle laisse passer dans le sang.
L’intérêt est de repérer l’atrophie, qui s’installe sans symptôme pendant des années et qui s’accompagne d’un risque plus élevé de lésions précancéreuses. Selon les laboratoires, l’intitulé Gastrotest désigne un panel qui peut regrouper d’autres marqueurs : vérifiez sa composition sur votre compte rendu.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique. Certains laboratoires demandent d’être à jeun, d’autres non : suivez la consigne qu’ils vous donnent. Signalez vos traitements, en particulier ceux qui réduisent l’acidité de l’estomac (inhibiteurs de la pompe à protons, anti-H2). N’arrêtez pas un traitement prescrit pour préparer le prélèvement sans avis médical.
Le sérum est séparé rapidement et analysé sur la trousse du laboratoire. Les résultats varient d’une méthode à l’autre, ce qui compte pour la lecture des seuils.
Comment lire le résultat
Le pepsinogène I s’exprime en µg/L, ce qui équivaut à des ng/mL, unité que l’on trouve dans les articles scientifiques. Le rapport PG I/PG II n’a pas d’unité.
Il n’y a pas de grille unique de valeurs « normales ». Dans les études de dépistage, le seuil le plus utilisé associe un pepsinogène I de 70 µg/L ou moins à un rapport de 3 ou moins. Une revue sur le sujet note que plusieurs seuils ont été proposés, mais que cette combinaison est la plus largement acceptée (Bang et al., 2019)1. Il s’agit d’un protocole de revue, qui décrit la littérature sans en donner les résultats.
Ces seuils ont été établis dans des cohortes précises, souvent asiatiques, avec des trousses particulières. Votre laboratoire peut donc afficher d’autres bornes. Lisez toujours votre résultat avec les valeurs de référence imprimées sur votre compte rendu, et jamais avec celles d’un article.
- PG I et rapport bas : évoque une atrophie de la muqueuse gastrique.
- PG I élevé, rapport normal : peut refléter une muqueuse active ou un traitement antiacide, sans atrophie.
- Valeurs dans les limites du laboratoire : rassurantes sur l’atrophie étendue, sans exclure d’autres maladies gastriques.
Ce que dit la science
En France, ce dosage n’est pas un examen de dépistage de routine : son niveau de preuve est celui d’une analyse émergente. Il est mieux implanté dans des pays où le cancer de l’estomac est fréquent.
Performance du test
Une méta-analyse de 42 jeux de données, dont 27 issus de dépistages en population (296 553 personnes), a évalué ce dosage pour détecter les cancers gastriques, la dysplasie et la gastrite atrophique chronique. Avec un pepsinogène I de 70 ou moins et un rapport de 3 ou moins, la sensibilité groupée est de 77 % pour un taux de faux positifs de 27 %. Avec un pepsinogène I de 50 ou moins et un rapport de 3 ou moins, elle est de 68 % pour 31 % de faux positifs. Les valeurs prédictives positives vont de 0,77 à 1,25 %, et les valeurs prédictives négatives de 99,08 à 99,90 % (Dinis-Ribeiro et al., 2004)2.
La sensibilité est la part des personnes malades correctement repérées. La valeur prédictive positive est la probabilité qu’un test positif corresponde à une vraie lésion : très faible ici, parce que le cancer est rare dans une population générale. La valeur prédictive négative, très élevée, signifie qu’un test normal rend un cancer improbable.
Un outil de tri, pas de diagnostic
Un auteur qui a analysé les mêmes données conclut que ce test sert à repérer les personnes à risque plutôt qu’à dépister le cancer lui-même, et propose de le combiner à la sérologie Helicobacter pylori pour séparer les groupes à faible et à haut risque (Miki, 2006)3. Les personnes dont le test est positif passent ensuite une endoscopie.
Limites
Le taux de faux positifs reste élevé et les seuils dépendent de la trousse et de la population étudiée. L’endoscopie avec biopsies reste la seule façon de confirmer une atrophie ou une lésion précancéreuse. Les valeurs peuvent aussi être modifiées par les traitements antiacides ou par une infection active à Helicobacter pylori.
Les analyses à associer
La gastrine augmente quand l’estomac produit peu d’acide, ce qui complète l’information des pepsinogènes. La sérologie Helicobacter pylori indique si la bactérie a infecté l’estomac. Les anticorps anti-cellules pariétales gastriques orientent vers une gastrite auto-immune, et la vitamine B12 permet de repérer les conséquences d’une atrophie sur l’absorption.
À retenir
- Le dosage reflète indirectement l’état de la muqueuse de l’estomac.
- Un pepsinogène I bas avec un rapport bas évoque une atrophie : c’est un signal à confirmer, pas un diagnostic.
- Les seuils d’études ne remplacent pas les valeurs de référence de votre laboratoire.
- Les traitements antiacides et une infection à Helicobacter pylori peuvent modifier le résultat.
- Le test sert à trier les personnes à risque ; l’endoscopie avec biopsies tranche.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées1 étude