Ce que mesure l’analyse
La calprotectine est une protéine présente dans le cytosol, c’est-à-dire le contenu liquide, des cellules de l’inflammation, surtout les neutrophiles, un type de globule blanc. Quand la muqueuse de l’intestin est enflammée, ces cellules affluent vers la paroi et la lumière intestinales, et la protéine passe dans les selles. Son dosage sert donc de marqueur de la présence et du degré d’inflammation de l’intestin (Oord et al., 2014)1.
Le signal est local. Une prise de sang reflète les réactions de l’ensemble de l’organisme, alors que la calprotectine fécale renseigne sur ce qui se passe dans le tube digestif lui-même. En revanche, elle ne dit pas d’où vient l’inflammation. Une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique), une infection ou une autre atteinte de la muqueuse peuvent toutes la faire monter.
Elle est surtout demandée dans deux situations : orienter le médecin devant des symptômes digestifs qui durent (diarrhée, douleurs, fatigue), et suivre l’activité d’une MICI déjà connue.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait chez vous, sur une petite quantité de selles placée dans le flacon fourni par le laboratoire. Aucun jeûne ni régime particulier n’est en principe nécessaire ; la notice du laboratoire fait foi.
Quelques précautions limitent les erreurs :
- recueillir les selles sur un support propre pour éviter tout contact avec l’urine ou l’eau de la cuvette ;
- remplir le flacon sans dépasser le trait indiqué ;
- noter la date et l’heure du recueil ;
- rapporter l’échantillon au laboratoire dans le délai demandé.
Les conditions de conservation comptent. D’après une étude pédiatrique, la protéine reste stable dans les selles jusqu’à sept jours (Oord et al., 2014)2. Le délai et la température de conservation à respecter restent toutefois ceux de votre laboratoire.
Signalez au laboratoire et à votre médecin les traitements en cours (notamment les anti-inflammatoires et les médicaments contre l’acidité gastrique), la présence de sang visible, une diarrhée aiguë ou un épisode infectieux récent. Ces éléments aident à interpréter le résultat.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/g de selles, ou en mg/kg, ce qui revient au même. Chez l’adulte, le seuil de 50 est le plus employé : au-dessous, l’inflammation de la muqueuse est peu probable ; au-dessus, elle devient possible et justifie un avis médical. Chaque laboratoire et chaque trousse de dosage ont toutefois leurs propres valeurs de référence : comparez toujours vos résultats successifs dans le même laboratoire.
Chez l’adulte avec des symptômes de côlon irritable
Le côlon irritable est un trouble fonctionnel : l’intestin gêne, mais sa paroi n’est pas enflammée. Dans une méta-analyse portant sur des adultes qui avaient ce type de symptômes, une calprotectine inférieure ou égale à 40 µg/g rendait la probabilité d’une MICI inférieure ou égale à 1 % (Menees et al., 2015)3. Une valeur basse aide donc surtout à écarter une MICI.
Chez l’enfant
Les petits ont des valeurs plus élevées. À partir de 75 échantillons de selles d’enfants en bonne santé de 0 à 4 ans, des seuils ont été fixés au 97,5e percentile : 538 mg/kg avant 6 mois, 214 mg/kg entre 6 mois et 3 ans, 75 mg/kg entre 3 et 4 ans (Oord et al., 2014)4. Un résultat d’enfant se lit donc toujours avec l’âge.
Ce qui compte vraiment
Un résultat est un instantané. Il se lit avec les symptômes, l’histoire de la personne et les autres examens. Une valeur légèrement au-dessus du seuil, sans signe associé, appelle souvent un nouveau dosage avant toute conclusion. Une valeur très élevée, ou accompagnée de sang dans les selles, d’un amaigrissement ou d’une fièvre, justifie une consultation rapide.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un test courant : il est largement utilisé, les études sont globalement favorables, mais les seuils varient et il ne remplace pas l’endoscopie.
Une méta-analyse de 19 études (2 499 patients) a évalué trois marqueurs chez des personnes ayant des symptômes de MICI, en prenant l’endoscopie comme référence de l’activité de la maladie. La calprotectine fécale avait une sensibilité de 0,88 et une spécificité de 0,73, contre 0,49 et 0,92 pour la protéine C réactive sanguine (Mosli et al., 2015)5. En clair, la calprotectine repère bien l’inflammation active (peu de cas manqués), mais un résultat positif ne confirme pas à lui seul une maladie, car une partie des résultats élevés correspondent à d’autres causes. Les auteurs notent aussi qu’elle détecte mieux l’inflammation dans la rectocolite hémorragique que dans la maladie de Crohn.
La même méta-analyse sur les adultes avec symptômes de côlon irritable montre une limite importante : aucun des marqueurs étudiés ne distinguait de façon fiable les personnes ayant un côlon irritable des personnes en bonne santé (Menees et al., 2015)6. Une calprotectine basse n’est donc pas la preuve d’un côlon irritable : elle écarte surtout une inflammation franche.
Ce qui est démontré : le lien entre calprotectine élevée et inflammation de la muqueuse, et son intérêt pour écarter une MICI. Ce qui ne l’est pas : sa capacité à identifier la cause d’une inflammation, ou à dépister des maladies sans inflammation. Les performances varient aussi selon la trousse et le seuil choisis.
Les analyses à associer
- Protéine C réactive : reflet de l’inflammation générale, utile en complément, mais moins sensible que la calprotectine pour l’activité intestinale.
- Lactoferrine fécale : autre marqueur fécal des neutrophiles, parfois dosé en parallèle.
- Sang occulte dans les selles : recherche un saignement invisible, ce que la calprotectine ne mesure pas.
- Vitesse de sédimentation : marqueur sanguin d’inflammation, aussi aspécifique que la CRP.
À retenir
- La calprotectine fécale signale une inflammation de l’intestin, pas sa cause.
- Chez l’adulte, le seuil habituel est de 50 µg/g, mais chaque laboratoire a ses propres valeurs de référence.
- Les enfants de moins de 4 ans ont des valeurs normales plus élevées : le résultat se lit avec l’âge.
- Une valeur basse aide à écarter une MICI chez une personne qui a des symptômes de côlon irritable.
- Un résultat élevé n’est pas un diagnostic : il se discute avec un médecin, souvent avec une endoscopie.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées1 étude