Ce que mesure l’analyse
La lactoferrine est une glycoprotéine capable de fixer le fer. Elle est portée en grande quantité par les neutrophiles, des globules blancs qui interviennent dans la défense de l’organisme, et elle est aussi présente dans certaines sécrétions. Quand la muqueuse de l’intestin est enflammée, les neutrophiles affluent vers la paroi et la lumière intestinale. La lactoferrine passe alors dans les selles, où on peut la doser.
Comme la calprotectine, la lactoferrine fécale est donc un marqueur d’inflammation locale de l’intestin. Une prise de sang reflète une réaction d’ensemble ; ce dosage renseigne sur ce qui se passe dans le tube digestif lui-même. Il ne renseigne pas sur la cause : une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, une infection ou d’autres atteintes de la muqueuse peuvent toutes l’augmenter.
Malgré son nom, elle ne mesure pas le fer de l’organisme. Pour les réserves en fer, d’autres analyses existent, notamment la ferritine.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait chez vous, sur une petite quantité de selles placée dans le flacon fourni par le laboratoire. Aucun jeûne ni régime n’est en principe demandé ; la notice du laboratoire fait foi.
- Recueillez les selles sur un support propre, sans contact avec l’urine ni l’eau de la cuvette.
- Remplissez le flacon sans dépasser le trait indiqué.
- Notez la date et l’heure du recueil.
- Rapportez l’échantillon dans le délai et à la température indiqués par le laboratoire.
Signalez les traitements en cours, la présence de sang visible, une diarrhée aiguë récente ou une infection digestive récente. Ces éléments modifient l’interprétation du résultat.
Comment lire le résultat
L’unité varie selon la trousse de dosage (le plus souvent des µg par gramme de selles). Aucun seuil unique n’est établi dans les sources vérifiées pour cette fiche : chaque laboratoire fournit le sien, et il peut s’exprimer en positif ou négatif, ou en valeur chiffrée. Votre compte rendu précise la valeur de référence de la méthode utilisée.
Ce qui compte vraiment, c’est de lire le résultat avec le contexte. Une valeur élevée indique qu’une inflammation de l’intestin est possible. Elle justifie un avis médical, souvent un dosage de calprotectine et, selon les symptômes, des examens complémentaires. Une valeur basse rend l’inflammation active moins probable, mais ne règle pas tous les cas, car la sensibilité du test n’est pas parfaite, comme le montrent les études ci-dessous.
Les résultats doivent être comparés dans le même laboratoire et avec la même trousse. Changer de laboratoire peut changer la valeur sans que votre intestin ait changé.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un marqueur émergent : plusieurs méta-analyses le décrivent comme utile, mais les résultats varient selon les études, et il est moins standardisé et moins utilisé que la calprotectine.
Pour distinguer une maladie inflammatoire de l’intestin d’un côlon irritable, une méta-analyse de sept études (1 012 patients) a trouvé une sensibilité de 0,78 et une spécificité de 0,94 pour la lactoferrine fécale (Zhou et al., 2014)1. Autrement dit, quand elle est positive, une maladie inflammatoire est probable ; quand elle est négative, la maladie n’est pas exclue.
Pour évaluer l’activité d’une maladie inflammatoire déjà connue, une autre méta-analyse de dix études (773 patients) a trouvé une sensibilité de 0,81 et une spécificité de 0,82 dans la rectocolite hémorragique, et de 0,82 et 0,71 dans la maladie de Crohn (Dai et al., 2020)2. Les auteurs concluent que la performance semble meilleure dans la rectocolite hémorragique que dans la maladie de Crohn.
Quand on compare les marqueurs entre eux sur l’activité endoscopique, la lactoferrine fécale a une sensibilité de 0,82 et une spécificité de 0,79, contre 0,88 et 0,73 pour la calprotectine (Mosli et al., 2015)3. Les deux marqueurs ont donc des performances proches, avec un léger avantage de sensibilité pour la calprotectine.
Un point reste débattu. Une méta-analyse centrée sur les adultes avec symptômes de côlon irritable n’a trouvé qu’une utilité clinique limitée de la lactoferrine pour écarter une maladie inflammatoire, alors que la calprotectine y était plus informative (Menees et al., 2015)4. Cette analyse ne reposait que sur deux études pour la lactoferrine, ce qui limite sa portée.
En résumé, ce qui est démontré : un lien entre lactoferrine fécale élevée et inflammation de l’intestin, avec des performances modestes à bonnes selon les études. Ce qui ne l’est pas : un seuil universel, ou la capacité à poser un diagnostic seule.
Les analyses à associer
- Calprotectine fécale : marqueur fécal de référence, souvent demandé en première intention.
- Protéine C réactive : reflète l’inflammation générale, que la lactoferrine ne mesure pas.
- Coproculture : cherche la bactérie en cause quand la diarrhée est inflammatoire.
- Examen parasitologique des selles : recherche les parasites intestinaux.
À retenir
- La lactoferrine fécale signale une inflammation de l’intestin, pas sa cause.
- Elle ne mesure pas le fer de l’organisme.
- Les seuils dépendent de la trousse et du laboratoire : comparez vos résultats dans le même laboratoire.
- Les performances sont proches de celles de la calprotectine, mais la preuve est moins solide pour écarter une maladie inflammatoire.
- Un résultat anormal se discute avec un médecin ; il ne pose pas un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées