Ce que mesure l’analyse
Le monoxyde d’azote (NO) est un gaz que produisent de nombreuses cellules, dont celles qui tapissent les bronches. Une enzyme, la NO synthase inductible, en fabrique davantage lorsque les voies aériennes sont le siège d’une inflammation dite « de type 2 », c’est-à-dire allergique ou éosinophilique. Ce gaz diffuse dans l’air des bronches et se retrouve dans le souffle.
Le FeNO (fraction exhalée de monoxyde d’azote) est la concentration de NO dans l’air expiré, exprimée en parties par milliard (ppb). Selon les recommandations de l’American Thoracic Society (ATS), cette mesure simple, rapide et sans danger apporte une information que les tests respiratoires habituels ne donnent pas : elle reflète directement l’inflammation des voies aériennes, alors que la spirométrie ou les tests de provocation ne l’évaluent qu’indirectement (Dweik et al., 2011)1.
Comment se passe le prélèvement
Aucun prélèvement de sang n’est nécessaire. Assis, vous inspirez à fond dans l’appareil, puis vous soufflez de façon régulière pendant quelques secondes. Un affichage guide le débit d’expiration, car la mesure en dépend. Le résultat est immédiat avec un appareil portable ; la mesure est répétée si la manœuvre n’est pas conforme.
Le laboratoire ou le cabinet peut vous demander d’éviter certains aliments, le tabac ou l’effort intense avant le test, et de signaler tout traitement en cours. Suivez ces consignes : la valeur est sensible aux conditions de mesure.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ppb. Chez l’adulte, les seuils de l’ATS distinguent trois zones : un FeNO faible (moins de 25 ppb), intermédiaire (de 25 à 50 ppb) et élevé (plus de 50 ppb). Dans une étude de validation menée chez 144 adultes asthmatiques, une valeur supérieure à 25 ppb prédisait une inflammation éosinophilique dans l’expectoration (au moins 3 % d’éosinophiles) avec une valeur prédictive positive de 45 %, et une valeur supérieure à 50 ppb avec 77 %. La valeur prédictive négative était de 88 % et de 83 %. La sensibilité chutait de 70 % à 37 % avec le seuil de 50 ppb. Près d’un quart des patients (24 %) se situaient dans la zone intermédiaire, ce qui limite l’utilité des seuils en pratique (Jeppegaard et al., 2018)2.
Pour le suivi, la même étude retient, en suivant l’ATS, un changement significatif lorsque la valeur varie de plus de 20 %, ou de 10 ppb si elle est inférieure à 50 ppb. Ce qui compte, c’est donc l’évolution chez vous, mesurée avec le même appareil.
Ce dernier point est essentiel : tous les appareils ne donnent pas les mêmes valeurs. Chez 1 369 adultes, l’analyseur portable NIOX VERO affichait des valeurs environ 30 % plus basses que l’analyseur fixe NOA280i (médianes de 29 et de 41 ppb), avec une forte corrélation entre les deux (Tanabe et al., 2018)3. Comparez donc des résultats obtenus avec le même matériel.
Le FeNO n’est pas propre à l’asthme. Dans une étude chez des patients atteints de BPCO, la valeur médiane était de 27 ppb contre 14 ppb chez des témoins appariés (75 personnes dans chaque groupe), et les valeurs les plus hautes étaient associées à des antécédents d’atopie (Chatterjee et al., 2025)4.
Ce que dit la science
Les recommandations de l’ATS retiennent quatre usages dans les maladies inflammatoires chroniques des voies aériennes, dont l’asthme : détecter une inflammation éosinophilique, estimer la probabilité de réponse aux corticoïdes, suivre l’inflammation pour décider d’un éventuel traitement, et démasquer une mauvaise observance des corticoïdes. C’est un test complémentaire : il ne pose pas à lui seul le diagnostic d’asthme et ne remplace pas la spirométrie.
Ses limites sont claires. Un FeNO bas n’exclut pas un asthme, car certains asthmes ne sont pas de type éosinophilique. Un FeNO élevé n’est pas spécifique de l’asthme. Enfin, les zones intermédiaires sont fréquentes et difficiles à trancher. Le niveau de preuve est donc « courant » : l’examen est utilisé en pratique, recommandé par une société savante, mais son interprétation reste nuancée.
Les analyses à associer
Le taux de polynucléaires éosinophiles dans le sang et le dosage de l’ECP (une protéine libérée par ces cellules) permettent de recouper l’hypothèse d’une inflammation éosinophilique. Les IgE totales et les IgE spécifiques aident à repérer un terrain allergique et les allergènes en cause. L’ensemble se lit avec les symptômes et la spirométrie par un médecin.
À retenir
- Le FeNO mesure, dans le souffle, une inflammation bronchique de type allergique ; il ne mesure pas le volume d’air que vous soufflez.
- Chez l’adulte, les seuils de l’ATS sont : moins de 25 ppb, de 25 à 50 ppb, plus de 50 ppb.
- Deux appareils différents peuvent donner des valeurs différentes d’environ 30 % : comparez les résultats mesurés avec le même matériel.
- Un FeNO bas n’exclut pas un asthme, et un FeNO élevé n’est pas spécifique de l’asthme.
- Le résultat se lit avec les symptômes, la spirométrie et, si besoin, les éosinophiles et les IgE.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études