Ce que mesure l’analyse
Votre organisme ne fabrique ni hydrogène ni méthane par ses propres cellules. Ces gaz sont produits par des micro-organismes de l’intestin quand ils fermentent des sucres. Une partie passe dans le sang, atteint les poumons et ressort dans l’air expiré, où l’on peut la mesurer.
Le test respiratoire consiste à boire une solution sucrée, puis à souffler à intervalles réguliers dans un embout relié à un analyseur. Le résultat est exprimé en ppm, c’est-à-dire en parties par million. Le sucre utilisé dépend de la question posée. Le glucose ou le lactulose servent à chercher un SIBO, une prolifération de bactéries dans l’intestin grêle. Le lactose, le fructose ou le sorbitol servent à chercher une malabsorption de ces sucres, c’est-à-dire un sucre mal digéré qui arrive dans le côlon.
Le méthane n’est pas produit par des bactéries mais par des micro-organismes appelés archées. Un excès de méthane est de plus en plus décrit sous le terme d’excès de méthanogènes intestinaux, distinct du SIBO au sens strict.
Comment se passe le prélèvement
La préparation conditionne la qualité du résultat. Elle varie selon le laboratoire et selon le sucre utilisé, donc suivez scrupuleusement la notice qui vous est remise. En général, elle comprend un régime pauvre en fibres et en aliments très fermentescibles la veille, un jeûne avant le test, l’arrêt des laxatifs et de certains compléments, un délai après un antibiotique ou une coloscopie, et l’absence de tabac et d’effort intense le jour du test. Le délai précis de chaque consigne est fixé par le laboratoire.
Pendant le test, vous soufflez une première fois à jeun pour mesurer la base, puis vous buvez la solution. Des échantillons sont ensuite prélevés à intervalles réguliers pendant une durée qui dépend du laboratoire. Restez au calme, sans manger, sans fumer, sans marcher vite : l’hyperventilation et l’effort modifient les gaz de l’air expiré. Notez vos symptômes pendant le test si on vous le demande.
Comment lire le résultat
Le consensus nord-américain, publié par des experts en gastro-entérologie, fixe des repères. Une hausse d’hydrogène de 20 ppm ou plus à 90 minutes pendant un test au glucose ou au lactulose est considérée comme positive pour un SIBO, et un taux de méthane de 10 ppm ou plus est considéré comme positif pour le méthane (Rezaie et al., 2017)1. Pour une malabsorption, une hausse d’hydrogène de 20 ppm ou plus par rapport à la base est considérée comme positive.
Le même consensus propose des doses : 10 g de lactulose, 75 g de glucose, 25 g de fructose et 25 g de lactose (Rezaie et al., 2017)2. Tous les laboratoires ne les appliquent pas, et les seuils varient : regardez toujours le protocole indiqué sur votre compte rendu avant de comparer deux tests.
Le protocole a un poids réel. Dans une étude sur 3 102 patients testés selon le protocole nord-américain et 3 193 selon l’ancien protocole, les tests au glucose étaient positifs dans 39,5 % des cas avec le premier, contre 29,7 % avec le second, surtout à cause d’une plus grande fréquence de résultats positifs au méthane (Baker et al., 2021)3. Une autre étude sur 725 patients a observé que 75 g de glucose donnaient plus de résultats positifs que 50 g (36 % contre 22 %), et que 10 g de lactulose en donnaient moins que 16 g (42 % contre 53 %) (Pitcher et al., 2022)4. Un résultat « positif » dépend donc du protocole autant que de votre intestin.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « courant » : le test est largement utilisé et validé par un consensus d’experts, avec un accord sur 26 des 28 énoncés soumis au vote. Le consensus considère le test au glucose ou au lactulose comme l’alternative la moins invasive pour diagnostiquer un SIBO, et le juge utile pour la malabsorption des glucides, pour la constipation associée au méthane et pour évaluer ballonnements et gaz (Rezaie et al., 2017)5. Il ne le recommande pas pour évaluer le transit oro-cæcal, et rappelle d’exclure un SIBO avant de tester la malabsorption d’un sucre pour éviter de faux positifs.
Le consensus est cependant un compromis entre experts, pas une vérité définitive. Avec le protocole nord-américain, les symptômes survenant pendant le test étaient plus fréquents après le glucose, chez les personnes à test positif comme chez celles à test négatif, et les auteurs soulignent que les conséquences pour la décision de traiter par antibiotique attendent des études prospectives (Baker et al., 2021)6. Un symptôme pendant le test n’est donc pas, à lui seul, une preuve de SIBO.
Le méthane est un chapitre à part. Dans une étude rétrospective de 196 patients, ceux qui avaient un excès de méthane isolé présentaient un transit colique plus long que ceux dont le test était négatif, de 44 heures 23 minutes contre 28 heures 51 minutes (Talamantes et al., 2024)7. Cette association ne dit pas si le méthane ralentit le transit ou si un transit lent favorise les méthanogènes.
Ce que la science ne démontre pas dans les sources retenues : qu’un test positif prédise une amélioration par un traitement donné, ou qu’un test négatif écarte toute cause intestinale à vos symptômes. Toute décision de traitement revient à votre médecin.
Les analyses à associer
Les tests respiratoires au lactose et au fructose précisent une éventuelle malabsorption de ces sucres, à interpréter une fois le SIBO écarté. Le test respiratoire au sulfure d’hydrogène complète la recherche quand les gaz mesurés ne correspondent pas aux symptômes. La calprotectine fécale écarte une inflammation de l’intestin quand les ballonnements s’accompagnent de diarrhée.
À retenir
- Le test mesure l’hydrogène et le méthane de l’air expiré après un sucre, gaz produits seulement par des micro-organismes intestinaux.
- Selon le consensus nord-américain, une hausse d’hydrogène de 20 ppm ou plus à 90 minutes ou un méthane de 10 ppm ou plus est positif.
- Le protocole (dose, sucre, seuils) change la proportion de tests positifs : regardez-le avant de comparer.
- La préparation (régime, jeûne, médicaments, absence d’effort et de tabac) est décisive : suivez la notice du laboratoire.
- Un résultat positif est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic isolé.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études