Ce que mesure l’analyse
Le silicium est un élément très abondant dans l’environnement. Dans l’alimentation, il vient surtout des aliments d’origine végétale, sous forme d’acide orthosilicique, une forme soluble absorbable par l’intestin. Le dosage sérique mesure la concentration de silicium dans le sérum, la partie liquide du sang débarrassée de ses cellules.
Il ne faut pas confondre ce qui circule dans le sang et ce qui est stocké dans l’os ou dans la peau. Le résultat ne dit rien de la quantité de silicium présente dans ces tissus, ni de leur état.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse. Le silicium est présent dans le verre, la poussière et certains matériaux de prélèvement : la contamination est la première source d’erreur. Demandez au laboratoire quel tube il utilise et s’il impose le jeûne ; les consignes varient.
Signalez les compléments contenant du silicium (silice, acide orthosilicique, prêle, bambou) ainsi que votre consommation d’une eau minérale riche en silice. Ne les arrêtez pas sans avis médical. Pour comparer deux bilans, gardez le même laboratoire et des conditions identiques.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime ici en µg/L ; certains laboratoires utilisent le µmol/L. Cette fiche ne donne pas de repère chiffré : aucune étude indexée que nous ayons pu vérifier ne publie d’intervalle de référence utilisable pour le silicium sérique. Chaque laboratoire a ses propres normes, et c’est l’intervalle de votre compte rendu qui compte.
Attention à ne pas mélanger deux notions. Les chiffres que l’on trouve dans la littérature décrivent le plus souvent l’apport alimentaire, en mg par jour, pas la concentration dans le sang. Chez 400 jeunes hommes coréens de 19 à 25 ans, l’apport moyen était estimé à 37,5 ± 22,2 mg par jour (Choi et al., 2016)1. Cet apport ne se convertit pas en valeur sérique attendue.
Un résultat isolé, haut ou bas, ne permet pas de conclure. Une valeur élevée évoque d’abord une contamination ou un apport récent important. Une valeur basse n’a pas de signification clinique établie.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un intérêt non démontré pour le dosage sérique. Les travaux sur le silicium portent surtout sur l’os et sur l’apport alimentaire.
Dans la cohorte d’Aberdeen, qui suivait 3 198 femmes de 50 à 62 ans, la densité osseuse du col du fémur était inférieure de 2 % dans le quart des femmes ayant l’apport en silicium le plus faible, par rapport au quart ayant l’apport le plus élevé. Le lien n’apparaissait que chez les femmes dont le statut en œstrogènes était préservé (préménopause tardive ou traitement hormonal), ce qui suggère une interaction avec les œstrogènes (Macdonald et al., 2011)2.
Chez les jeunes hommes coréens, l’apport total en silicium n’était pas corrélé à la densité osseuse ni aux marqueurs du remodelage, une fois les facteurs de confusion pris en compte. Seul l’apport issu des légumes était associé à la phosphatase alcaline totale, un marqueur de formation osseuse (Choi et al., 2016). Les auteurs demandent une confirmation sur un échantillon plus large.
Chez le rat, des femelles recevant du silicium dans l’eau de boisson avaient un silicium sérique plus élevé, associé à de meilleurs paramètres de qualité osseuse ; cette association n’apparaissait pas chez les mâles (Jugdaohsingh et al., 2015)3. Il s’agit de résultats animaux, qui ne se transposent pas automatiquement à l’humain.
Aucune de ces études ne valide un seuil de silicium sérique, ni n’établit qu’un complément améliore la santé osseuse.
Les analyses à associer
- Calcium total et vitamine D : ils décrivent le métabolisme minéral de l’os avec des repères établis.
- Ostéocalcine : marqueur de formation osseuse.
- Télopeptide C-terminal du collagène de type 1 : marqueur de résorption osseuse.
À retenir
- Le silicium sérique mesure ce qui circule, pas ce qui est stocké dans l’os.
- Le prélèvement est très exposé à la contamination ; le résultat est à interpréter avec prudence.
- Aucun seuil de carence ni intervalle de référence vérifié : fiez-vous aux normes de votre laboratoire.
- Les études sur l’os portent sur l’apport alimentaire, avec des résultats nuancés, et sur l’animal.
- Un résultat isolé ne justifie pas de prendre un complément.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études