Ce que mesure l’analyse
Le dosage du cadmium mesure un métal toxique présent dans le sang ou l’urine. Le cadmium n’a pas de rôle utile dans l’organisme. Il entre par l’inhalation (fumée de tabac, fumées industrielles) et par l’alimentation, puis il se stocke surtout dans le rein et le foie, où il reste très longtemps.
Cette longue rétention explique son profil de risque. Le cadmium s’accumule dans les cellules du tube rénal proximal, partie du rein qui réabsorbe les petites protéines. À forte dose ou après une exposition prolongée, il peut abîmer ces cellules et perturber la fonction rénale ; il est aussi classé parmi les cancérogènes. Il interfère par ailleurs avec le métabolisme d’autres minéraux comme le zinc et le calcium.
Le dosage dépend du support. D’après une revue de référence sur les biomarqueurs des métaux, le sang total est un bon marqueur d’exposition pour le cadmium, au même titre que pour l’arsenic, le plomb, le mercure et l’étain. L’urine est le support le plus utilisé tous métaux confondus. Les auteurs insistent aussi sur le fait que de nombreux biomarqueurs reflètent des expositions récentes, alors que la plupart des populations sont exposées de façon chronique à des niveaux faibles à modérés (Martinez-Morata et al., 2023)1. Le choix du support doit donc correspondre à la question posée.
Comment se passe le prélèvement
Selon l’ordonnance, il s’agit d’une prise de sang, d’un recueil d’urine, ou des deux. Pour le sang, le tube doit être adapté aux métaux ; demandez au laboratoire s’il fournit un tube spécial. Pour l’urine, un flacon propre sans trace de métal est fourni. Le recueil se fait souvent sur la première urine du matin, selon la consigne.
Signalez au laboratoire votre statut tabagique, votre profession et d’éventuelles expositions récentes. Évitez de boire de façon excessive juste avant le recueil : une urine très diluée change la valeur brute. Le laboratoire peut aussi doser la créatinine sur le même échantillon, pour exprimer le résultat par gramme de créatinine et corriger cet effet.
Le flacon et le tube se conservent selon la consigne du laboratoire, en général au frais. Si vous venez d’un atelier ou d’un chantier, lavez-vous les mains avant le prélèvement pour éviter toute contamination par les poussières.
Comment lire le résultat
Le compte rendu donne une concentration, avec l’unité propre au support. Je ne propose pas ici de repère chiffré : les seuils varient selon la population, l’âge et la réglementation, et je n’ai pas pu en vérifier un dans une publication indexée. Chaque laboratoire fournit ses propres normes, qu’il faut utiliser avec le même laboratoire pour comparer deux résultats.
Ce qui compte vraiment : le contexte. Un résultat plus élevé chez un fumeur est attendu ; il traduit surtout l’exposition au tabac. Chez un travailleur de l’industrie, il oriente vers la source professionnelle. Chez un non-fumeur sans exposition évidente, on cherche du côté de l’alimentation, du logement ou de l’environnement. Les causes sont des pistes à discuter avec un médecin.
Si une valeur élevée est confirmée, le médecin évalue le rein, par exemple avec la créatinine et le rapport albumine sur créatinine urinaire. La mesure principale à retenir est la suppression de la source d’exposition, en premier lieu l’arrêt du tabac.
Ce que dit la science
Les données épidémiologiques associent le cadmium à plusieurs atteintes. Une analyse de la grande enquête américaine NHANES sur près de douze mille adultes a trouvé qu’un cadmium sanguin plus élevé était associé à une plus grande fréquence d’insuffisance cardiaque, avec un odds ratio de 1,35 ; l’étude suggère que cet effet passe en partie par la maladie des artères coronaires (Lin et al., 2025)2. Il s’agit d’un lien statistique, qui ne prouve pas la causalité.
Chez des travailleurs exposés, une étude transversale a trouvé un cadmium urinaire nettement plus élevé que chez des témoins, avec une testostérone totale et une FSH plus basses, et des marqueurs vasculaires (ADMA, SDMA) plus hauts. Le cadmium urinaire était inversement corrélé à la testostérone et à la FSH (Özkan Vardar et al., 2026)3. L’étude est transversale et porte sur un contexte professionnel : elle décrit une association, pas un effet démontré à des niveaux d’exposition courants.
En résumé, le niveau de preuve du dosage est correct pour documenter une exposition, surtout en médecine du travail. Pour les effets à faible dose dans la population générale, les données restent des associations observées, qui ne justifient ni traitement ni complément. Toute interprétation doit tenir compte du tabac, première source d’exposition hors travail.
Les analyses à associer
- Créatinine : ajuste le dosage urinaire et estime la fonction rénale.
- Rapport albumine sur créatinine urinaire : dépiste une atteinte rénale précoce.
- Cotinine : objective l’exposition au tabac.
- Plomb : autre métal souvent recherché dans un même profil.
À retenir
- Le cadmium se stocke surtout dans le rein ; le tabac en est la première source hors travail.
- Le sang total est un bon marqueur d’exposition ; l’urine est le support le plus utilisé.
- Corrigez le dosage urinaire par la créatinine pour tenir compte de la dilution.
- Les liens observés avec le cœur ou les hormones sont des associations, sans causalité démontrée.
- Une valeur élevée se discute avec un médecin ; aucun complément ni chélateur n’est justifié de votre propre initiative.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études