Boire son urine pour améliorer sa santé ? Cette idée peut sembler saugrenue, voire répugnante. Pourtant, l’urinothérapie – aussi appelée urophagie – est une pratique ancestrale(1) qui perdure encore aujourd’hui. Des célébrités comme Bear Grylls, Juan Manuel Márquez ou l’ancien Premier ministre indien Morarji Desai ont vanté ses mérites. Mais qu’en est-il réellement ? Les bénéfices sont-ils prouvés scientifiquement ? Éléments de réponse.

Une pratique millénaire aux prétendues vertus thérapeutiques
L’urinothérapie consiste à boire son urine ou celle d’un animal, dans un but thérapeutique. Cette pratique remonte à l’Antiquité. On en trouve des traces dans de nombreuses civilisations :
- En médecine ayurvédique indienne, l’urine était utilisée pour traiter l’asthme, les allergies, les rides et même le cancer.
- Le poète romain Catulle pensait que l’urine aidait à blanchir les dents, sans doute grâce à sa teneur en ammoniac.
- Avant les bandelettes urinaires modernes, les médecins goûtaient l’urine de leurs patients diabétiques pour en évaluer la teneur en sucre.
Au XXe siècle, le naturopathe britannique John W. Armstrong a publié en 1945 un livre intitulé “The Water of Life: A Treatise on Urine Therapy” . Il y affirmait que boire sa propre urine et s’en masser la peau pouvait guérir des maladies graves.
Aujourd’hui encore, certains prêtent à l’urinothérapie de nombreuses vertus. Au Nigeria, des cas d’utilisation d’urine pour traiter les convulsions chez les enfants ont été rapportés. En Chine, la China Urine Therapy Association affirme que boire de l’urine et s’en laver peut soigner la constipation et les plaies cutanées.
Des bénéfices hypothétiques liés au “recyclage” des déchets
Comment expliquer que boire un déchet corporel comme l’urine puisse être bénéfique ? Les partisans de l’urinothérapie avancent plusieurs arguments.
L’urine est composée à 95 % d’eau et à 2 % d’urée, un déchet azoté produit par le foie. Elle contient aussi de la créatinine issue du métabolisme musculaire et des sels minéraux. Mais on y trouve également, en petites quantités :
- Des vitamines et minéraux en excès éliminés par les reins ;
- Des hormones ;
- Des protéines ;
- Des anticorps.
Boire son urine permettrait de “recycler” ces précieux composants au lieu de les gaspiller. Les anticorps présents renforceraient le système immunitaire, prévenant ainsi les réactions allergiques et régulant les maladies auto-immunes.
Certains affirment même qu’en buvant son urine de façon continue, celle-ci s’éclaircit progressivement, signe d’une élimination des toxines. Le sang serait purifié, améliorant la santé globale.
Enfin, les influenceurs santé sur les réseaux sociaux louent les propriétés cicatrisantes de l’urine sur la peau. La présence d’urée, souvent ajoutée aux produits cosmétiques pour ses vertus hydratantes, en serait responsable. Mais sa concentration dans l’urine est probablement trop faible pour avoir un réel effet. L’urine contient aussi de la DHEA, une hormone aux supposées propriétés anti-âge, mais dont l’efficacité manque encore de preuves scientifiques.
Des risques avérés pour la santé qui l’emportent sur les bénéfices
Malheureusement, aucune étude scientifique rigoureuse n’a pu démontrer à ce jour les bénéfices de l’urinothérapie. En revanche, plusieurs risques pour la santé ont été identifiés.
Contrairement à une idée reçue, l’urine n’est pas stérile(2). Des recherches ont montré qu’elle contient naturellement de faibles niveaux de bactéries, qui peuvent proliférer une fois sortie du corps. Boire son urine expose donc à des infections, notamment gastro-intestinales(3).
De plus, l’urine s’enrichit en minéraux à chaque “cycle” . Les reins doivent travailler plus pour filtrer cet excès de sels, ce qui les sollicite davantage. Paradoxalement, boire son urine accélère la déshydratation, un peu comme boire de l’eau de mer. Il faut éliminer plus d’eau qu’ingérée pour évacuer les déchets.
Autre danger : certains médicaments comme les antibiotiques ou les traitements cardiaques sont éliminés dans les urines. Les boire peut faire monter leur concentration dans l’organisme jusqu’à un seuil toxique.
Pour toutes ces raisons, la communauté médicale ne cautionne pas l’urinothérapie. Boire de petites quantités d’urine est sans doute peu nocif, mais pour obtenir de réels bénéfices santé, mieux vaut se tourner vers des thérapies ayant fait leurs preuves scientifiquement. Les risques l’emportent clairement sur les bénéfices hypothétiques.
Sources éditoriales et fact-checking