Ce que mesure l’analyse
L’aluminium est le métal le plus abondant de l’écorce terrestre. Il n’a aucun rôle biologique connu chez l’humain. Nous en absorbons de petites quantités surtout par l’alimentation. En dehors des antiacides et de certaines aspirines tamponnées, la nourriture est la principale source chez la plupart des personnes en bonne santé. L’absorption est faible : environ 0,28 % depuis l’eau et 0,1 % depuis les aliments (Willhite et al., 2012)1.
Une fois absorbé, l’aluminium se dépose surtout dans l’os, mais aussi dans le cerveau, le foie et le rein. Le rein l’élimine. C’est pourquoi la fonction rénale est le facteur clé : quand elle est altérée, l’aluminium sérique et urinaire augmentent proportionnellement à l’exposition. Les groupes à risque sont les prématurés, les nourrissons atteints d’une insuffisance rénale congénitale et les enfants et adultes atteints d’une maladie rénale.
L’analyse dose l’aluminium dans le sérum ou les urines. Le sérum reflète l’exposition récente et sert surtout à la surveillance des dialysés. L’urine est moins standardisée.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang, ou un recueil d’urine. Comme l’aluminium est omniprésent dans le matériel, le laboratoire doit employer un tube prévu pour les métaux. Un prélèvement dans un tube ordinaire peut être contaminé et donner un résultat faussement élevé.
Aucune préparation particulière n’est universelle. Signalez au laboratoire les antiacides, le sucralfate, une dialyse en cours et toute exposition professionnelle. Suivez ses consignes de conservation, qui varient.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/L. Les repères de la fiche viennent d’une étude du système de santé des vétérans américains sur des patients dialysés : au-dessous de 20 µg/L, la valeur n’est pas considérée comme élevée. Ces seuils ne s’appliquent pas à la population générale en bonne santé, pour laquelle les laboratoires donnent leurs propres normes.
Dans cette étude de 45 480 résultats, la proportion de valeurs élevées (20 µg/L ou plus) est passée de 31,5 % en 2000 à 2,0 % en 2015. Parmi les 216 patients retestés après un résultat à 60 µg/L ou plus, 38,4 % repassaient sous 20 µg/L. Une valeur très élevée isolée est donc à confirmer avant toute conclusion (Schifman et al., 2018)2.
Un autre seuil fait référence pour l’os : un aluminium sérique de 100 µg/L ou plus a une valeur prédictive positive de 75 à 88 % pour une maladie osseuse liée à l’aluminium (Willhite et al., 2012)3. Le chiffre est utile chez le dialysé, il n’a pas été établi comme repère pour la population générale.
Dans une enquête sur 2 000 adultes du nord de la France, les concentrations urinaires moyennes d’aluminium étaient plus élevées chez les femmes que chez les hommes. Le sexe est donc un facteur de variation à connaître (Nisse et al., 2016)4.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : b. L’intérêt du dosage sérique est bien établi chez les patients dialysés. Il y est devenu rare de trouver une toxicité : dans une étude de dialysés à Philadelphie, 2,1 % des 1 410 mesures étaient anormales (Jaffe et al., 2005)5.
L’aluminium peut aussi s’accumuler chez l’enfant en insuffisance rénale aiguë. Chez des enfants de réanimation traités par sucralfate, la valeur médiane était de 2,86 µmol/L chez ceux dialysés par voie péritonéale, contre 0,55 µmol/L chez les autres (Thorburn et al., 2001)6.
Ce qui n’est pas démontré : un lien entre l’aluminium présent dans l’alimentation et l’eau et la maladie d’Alzheimer. Les experts ne trouvent aucune preuve à ce sujet aux niveaux consommés en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest. Le dosage chez une personne sans insuffisance rénale ni exposition particulière a un intérêt non démontré.
Les analyses à associer
- Créatinine : la fonction rénale conditionne l’élimination.
- Parathormone, calcium total et phosphore : pour replacer l’aluminium dans le bilan osseux et minéral de l’insuffisance rénale.
À retenir
- L’intérêt du dosage est surtout établi chez le dialysé et l’insuffisant rénal.
- Les seuils de 20, 60 et 100 µg/L viennent d’études menées en dialyse.
- Une valeur très élevée isolée doit être confirmée par un second prélèvement.
- Un tube adapté est indispensable pour éviter la contamination.
- Un résultat anormal se discute avec le médecin, selon la fonction rénale et les expositions.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études