Ce que mesure l’analyse
La cotinine est le principal produit de transformation de la nicotine par le foie. Elle persiste plus longtemps que la nicotine elle-même dans l’organisme : c’est ce qui en fait un meilleur témoin d’une exposition récente. On peut la doser dans le sang (plasma), les urines ou la salive. Les trois prélèvements ne sont pas interchangeables : leurs seuils d’interprétation diffèrent.
La cotinine mesure la nicotine, pas la fumée. Elle monte aussi avec le vapotage contenant de la nicotine, les sachets, le snus et les substituts nicotiniques, et ne dit pas combien de substances toxiques ont été inhalées. Un autre marqueur, le NNAL, métabolite d’une nitrosamine propre au tabac, est parfois utilisé en complément dans les études (Peacock et al., 2022)1.
Comment se passe le prélèvement
Selon le laboratoire, il s’agit d’une prise de sang, d’un recueil d’urines ou d’un prélèvement de salive. Aucune préparation particulière n’est démontrée, mais précisez à votre médecin et au laboratoire toute source de nicotine (cigarette, vapotage, patch, sachets, snus), la date de la dernière prise et le type de prélèvement demandé. Pour la salive, suivez la consigne du laboratoire sur le moment et la manière de recueillir l’échantillon.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mL. Le cadran ci-dessus ne reprend qu’un repère publié, pour les urines : dans une cohorte américaine de 1 396 femmes enceintes, un seuil de cotinine urinaire de 1,8 ng/mL séparait les fumeuses actives avec une aire sous la courbe ROC de 0,90 (Peacock et al., 2022)2. Cette aire sous la courbe mesure la capacité du dosage à bien classer : 1 serait parfait, 0,5 équivaut au hasard.
Pour le tabagisme passif, le seuil calculé était de 1,2 ng/mL, mais l’aire sous la courbe n’était que de 0,52. Le pouvoir de discrimination restait donc à peine meilleur que le hasard, même si les auteurs indiquent que seule la cotinine, des deux marqueurs étudiés, peut servir à repérer ce tabagisme passif. La moyenne géométrique de la cohorte était de 0,99 ng/mL, dans une population où 72 % des femmes se déclaraient non fumeuses et 6,2 % fumeuses actuelles (Peacock et al., 2022)3.
Ces seuils viennent d’une population précise (femmes enceintes, États-Unis, faible prévalence du tabagisme) et d’un seul type de prélèvement. Nous n’avons pas retenu de repère pour le sang ni pour la salive, faute d’article vérifié. Un laboratoire peut utiliser d’autres seuils : demandez-lui lesquels et pour quel prélèvement.
Ce que dit la science
Aucun marqueur de tabagisme n’est parfait. Dans l’étude PURE, portant sur 1 000 participants de 14 pays, le thiocyanate urinaire montrait une meilleure relation dose-réponse que la cotinine urinaire pour séparer fumeurs actuels et jamais-fumeurs. Chez les non-fumeurs, son niveau de fond dépendait toutefois de l’alimentation (légumes, fruits, produits laitiers), ce qui brouillait la détection du tabagisme passif (Mathiaparanam et al., 2023)4.
La cotinine aide aussi à lire d’autres analyses. Dans une étude cas-témoins hospitalière, les niveaux urinaires de cotinine étaient plus élevés dans le groupe atteint de carcinome urothélial, et les métabolites de COV, dont le t,t-MA et le SPMA, augmentaient avec la cotinine. Les participants dont les niveaux urinaires de cotinine, d’AAMA, de t,t-MA, de SPMA et de 8-OHdG étaient élevés avaient un risque de carcinome 3,5 à 6 fois plus élevé que les autres (Chung et al., 2020)5. Cette étude observationnelle ne prouve pas la causalité et ne permet pas d’utiliser la cotinine pour prédire un cancer chez un individu.
Niveau de preuve : courante (b). La cotinine est un marqueur largement utilisé et validé pour confirmer l’exposition à la nicotine, mais ses seuils dépendent de la population, du prélèvement et du laboratoire. Un résultat ne remplace pas l’entretien avec un professionnel de santé, et il ne dit rien de la quantité de toxiques inhalée.
Les analyses à associer
- Composés organiques volatils : leurs métabolites urinaires augmentent avec la cotinine.
- Hydrocarbures aromatiques polycycliques : le 1-hydroxypyrène est plus élevé chez les fumeurs.
- Cadmium : le tabac est une source connue de ce métal, à lire avec la cotinine.
À retenir
- La cotinine mesure l’exposition récente à la nicotine, pas à la seule fumée de tabac : vapotage, sachets et patch la font monter aussi.
- Le seuil de 1,8 ng/mL en urines séparait les fumeuses actives dans une cohorte de femmes enceintes américaines (AUC de 0,90).
- Pour le tabagisme passif, le seuil de 1,2 ng/mL n’était guère meilleur que le hasard (AUC de 0,52) dans cette étude.
- Sang, urines et salive ne s’interprètent pas avec les mêmes seuils : demandez ceux de votre laboratoire.
- Un résultat se discute avec un médecin, notamment avant une chirurgie ou dans un suivi de sevrage.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études